Consultation sur l'information scientifique,
le 30 avril 2001
Cette consultation portait expressément sur les problèmes
et les préoccupations de la collectivité qui travaille avec
l'information scientifique. Le présent sommaire met en relief les
principaux points soulevés lors des discussions, à chacune
des tables rondes et durant les séances plénières.
Participants (15)
Affaires
indiennes et du nord Canada
Agence canadienne d'inspection des aliments
Agence de promotion économique du Canada atlantique
Agriculture et agroalimentaire Canada
Centre de recherches en communications
Conseil de contrôle des renseignements relatifs aux matières
dangereuses
Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada
Conseil national de recherches Canada
Défense nationale
Diversification de l'économie de l'Ouest Canada
Environnement Canada
Musée canadien de la nature
Pêches et océans Canada
Ressources naturelles Canada
Santé Canada
Points litigieux, préoccupations et changements suggérés
Au
cours de la consultation, les participants étaient priés
de signaler les questions ou les points litigieux qui, s'ils étaient
réglés, feraient une différence notable sur le plan
de l'accès à l'information. Voici les principaux messages
transmis au Groupe d'étude par les membres de la collectivité
scientifique du gouvernement fédéral.
Les participants étaient
fortement d'accord avec la nécessité de protéger
l'intégrité de l'information gouvernementale obtenue en
vertu de la Loi sur l'accès à l'information (LAI)
afin de garantir aux Canadiens et aux Canadiennes un accès
à de l'information exacte et fiable qui a une incidence directe
sur leur vie, leur santé et leur bien-être.
Les participants ont reconnu les tiraillements qu'engendrent
le besoin de protéger les secrets commerciaux et la nécessité
de protéger l'intérêt public. Souvent, a-t-on
fait remarquer, les scientifiques du gouvernement eux-mêmes ne peuvent
ni consulter ni diffuser certains renseignements exclusifs comme des listes
d'ingrédients pouvant être nocifs pour le public, et il serait
utile de pouvoir établir une distinction entre les renseignements
confidentiels de recherche-développement qui doivent être
protégés et l'information concernant la santé et
la sécurité publiques qui devrait être rendue publique.
La communication prématurée de données est
une source d'inquiétude et les participants ont recommandé
de protéger contre la divulgation les versions préliminaires
ou les ébauches de rapports de recherche. Non seulement
les conclusions des études peuvent-elles changer après avoir
été vérifiées et soumises au contrôle
de pairs, mais elles risquent aussi d'être citées hors contexte.
La divulgation prématurée d'information peut aussi conférer
un avantage commercial injuste au requérant. De plus, le gouvernement
pourrait être accusé de se livrer à une manipulation
politique des conclusions finales, lorsque plusieurs personnes se penchent
sur une étude et que des changements sont apportés à
un rapport pour arriver à un résultat final pouvant soutenir
l'examen approfondi du milieu scientifique. La divulgation prématurée
de rapports de recherche peut donc avoir des répercussions défavorables
sur la qualité de l'analyse et la crédibilité du
gouvernement, peut interférer gravement avec le travail des ministères
et, en fait, induire le public en erreur.
On a suggéré de publier de manière routinière
les décisions finales des organismes de réglementation en
y incluant les opinions divergentes.
La protection conférée par les articles 18 a) et c) de
la LAI étant jugée insuffisante, on a aussi
recommandé de mieux protéger le droit des chercheurs du
gouvernement de publier leurs travaux au complet et en temps
opportun. Les participants ont signalé qu'il est souvent difficile
de prouver que des renseignements ont une « valeur importante »
aux termes de l'article 18 (a) au début du processus de recherche.
Les participants estimaient que les 90 jours alloués dans
l'article 26 pour la publication de l'information protègent
mal le droit de publication des travaux scientifiques, puisque après
l'acceptation d'un article par une revue scientifique le processus de
publication de résultats d'études scientifiques peut souvent
prendre de nombreux mois. Ils recommandaient plutôt de prolonger
cette exemption à au moins 180 jours.
Certains ont dit craindre que des demandeurs d'information commerciale
se servent de la Loi pour s'espionner mutuellement,
faire de l'espionnage industriel ou modifier les données reçues
afin de s'en assurer le droit d'auteur pour fins de gain financier. Les
participants prévoyaient une augmentation du nombre de demandes
d'information scientifique et technologique (IST). Ils ont fait remarquer
que les rapports des responsables des inspections dans les entreprises
ne sont pas protégés par l'article 16 de la Loi
qui couvre les enquêtes policières. Il pourrait donc
arriver qu'une entreprise rivale soumette une demande d'accès pour
« toutes les enquêtes menées sur l'entreprise Y ».
Les participants étaient fortement d'accord avec la nécessité
de continuer à protéger de manière raisonnable l'information
sensible de nature commerciale. Autrement, les entreprises refuseront
de traiter ouvertement avec le gouvernement et de fournir de l'information
sur le vrai problème, ce qui affectera les façons de faire
du gouvernement. L'établissement d'une relation de confiance est
également nécessaire avec les provinces, qui échangent
de l'information sensible avec le gouvernement fédéral,
notamment sur la surveillance de données épidémiologiques.
L'ajout d'une disposition destinée à protéger
les renseignements confidentiels d'ordre commercial et l'information scientifique
et technique pendant une période donnée, par exemple 3 à
5 ans, serait jugé profitable. Une telle disposition
devrait être conçue de manière à protéger
les titres, les résumés et les descriptions de projets,
etc. (l'information à garder confidentielle serait définie
en consultation avec les tiers). On a fait remarquer que dans le monde
des affaires, les entreprises en démarrage ne veulent pas révéler
le titre de leurs projets au cours de leurs cinq premières années
d'existence, car un titre descriptif peut tout dévoiler de l'entreprise
et équivaut à un secret commercial. On a aussi recommandé
l'ajout d'une disposition à la Loi pour protéger
pendant un certain temps les rapports de consultants qui auraient une
valeur commerciale.
La propriété intellectuelle est un enjeu très
important en sciences, surtout en biotechnologie. Des demandes
de brevets peuvent être déposées pour des séquences
de gènes, entre autres, mais si l'information est rendue publique,
le scientifique risque de ne pas pouvoir obtenir de brevet. Les participants
ont recommandé de protéger l'information brevetable en vertu
de la LAI, à l'instar des autres secrets commerciaux.
On a suggéré l'application d'un barème distinct
pour les requérants qui tirent un profit financier de l'information
scientifique reçue au titre de la LAI, barème qui
serait corrélé directement aux coûts, y compris le
coût de l'examen des documents et le coût des consultations
menées auprès de tiers. On a fait remarquer que la recherche
scientifique pouvait souvent générer des recettes, par exemple
dans le cadre d'entreprises dérivées. Des participants ont
dit s'attendre à une augmentation du nombre de demandes d'information
scientifique et technologique (IST) et ont avancé que des requérants
tentaient parfois d'utiliser les scientifiques du gouvernement comme un
« service de recherche bon marché ».
Les délais fixés par la loi sont remis en question.
De nombreux participants les jugent trop courts dans le cas des demandes
d'information scientifique. L'information est souvent si technique que
parfois seuls les scientifiques eux-mêmes sont en mesure d'en faire
l'examen. Il peut être difficile pour les scientifiques de se rendre
disponibles pour examiner l'information si, par exemple, ils ont d'autres
priorités conflictuelles, si leur ministère est décentralisé
ou s'ils travaillent loin ou à l'étranger. Une amélioration
proposée consisterait à remplacer le délai de 30 jours
civils par un délai de 30 jours ouvrables. Les participants
ont aussi recommandé de prolonger le délai pour les requêtes
visant de l'information plus complexe ou volumineuse.
Les requêtes volumineuses et répétitives
de l'ordre de la « prospection de données »
soulèvent un problème particulier lorsqu'elles exigent des
recherches dans de vastes bases de données. Les participants ont
fait remarquer que, lors de sa promulgation, la Loi visait les
documents papier, qui étaient examinés un fichier à
la fois, et on traitait l'information d'un tiers à la fois. Maintenant,
les ministères traitent des milliers de tiers à la fois
pour des requêtes exigeant des recherches dans de vastes bases de
données qui recueillent des renseignements confidentiels d'ordre
commercial provenant de milliers d'entreprises. Les participants ont recommandé
que des prolongations spéciales soient accordées pour la
recherche et l'examen d'information technique volumineuse et pour la consultation
de nombreux tiers.
Une solution proposée serait que le gouvernement élabore
des lignes directrices générales pour les tiers
précisant quels types de renseignements sont du domaine public,
lesquels peuvent être protégés et, le cas échéant,
pendant combien de temps. Chaque ministère pourrait ensuite s'inspirer
des lignes directrices générales pour élaborer des
lignes directrices adaptées à son type de renseignements.
On pourrait mettre en place un mécanisme fournissant un « consentement
éclairé » initial pour la divulgation par les entreprises
tout en conservant les dispositions actuelles de protection des renseignements
confidentiels d'ordre commercial.
Les participants ont recommandé que les coordonnateurs
de l'accès à l'information travaillent en étroite
collaboration avec les scientifiques dans leurs institutions pour mieux
gérer les demandes d'accès et pour faire en sorte
que les deux parties arrivent à une meilleure compréhension
de leurs besoins et problèmes respectifs. À l'heure actuelle,
l'ampleur des requêtes et les échéances déraisonnablement
serrées provoquent parfois des conflits. Les scientifiques sentent
souvent le besoin d'obtenir des précisions sur les demandes d'information
en s'adressant directement aux requérants. On estime que rares
sont les personnes vraiment qualifiées pour appliquer des exemptions
à l'information scientifique puisque cela nécessite d'abord
une compréhension de l'information et ensuite une compréhension
des risques associés à sa divulgation éventuelle.
On a suggéré d'obtenir une signature d'approbation des personnes
chargées de l'examen scientifique avant toute divulgation. Compte
tenu du temps considérable que prend parfois l'examen scientifique
de l'information faisant l'objet de demandes d'accès, les participants
estimaient que les secteurs de programme devraient être partiellement
remboursés pour les ressources consacrées à cette
activité. Une autre préoccupation du même ordre avait
trait à la divulgation possible d'information sensible lorsque
celle-ci doit être fournie à un bureau central pour fins
d'examen et de traitement. Même si certaines dispositions de la
Loi peuvent protéger ce genre d'information, la circulation
de l'information au cours des multiples étapes du processus accroît
le risque de divulgation involontaire.
Tous les fonctionnaires doivent connaître la Loi
et toujours la garder à l'esprit lorsqu'ils gèrent des données
et de l'information. Les participants ont souligné que tous les
fonctionnaires doivent comprendre la divulgation d'information comme un
bien public. Un gros effort du côté de la formation sur les
principes de l'accès à l'information pour tous les fonctionnaires
a été recommandé, de même que des outils conviviaux,
notamment des manuels et des fiches d'information sur le site Web interne
du gouvernement. On a suggéré de remanier le formulaire
de demande d'accès à l'information de manière pour
qu'il contribue à définir plus précisément
l'objet des demandes.
L'accès
en vertu de la LAI doit être mieux coordonné aux
autres mécanismes d'accès à l'information gouvernementale,
ont mentionné les participants. Les autres méthodes d'accès
comprennent la divulgation systématique d'information qui fait
l'objet de requêtes répétées, la diffusion
proactive d'information présentant un intérêt pour
le public, notamment par le truchement de sites Web, de communiqués
et de conférences de presse du gouvernement. Des demandes d'accès
sont souvent faites en parallèle avec des demandes de divulgation
au préalable des exercices en prévision de poursuites devant
les tribunaux. Comme les attentes du public face à l'accès
sont grandes, les participants ont recommandé que les ministères
analysent sous un angle stratégique leur infrastructure d'information
et les manières dont l'information non sensible présentant
un intérêt pour le public et les requérants commerciaux
peut être diffusée le plus efficacement possible sans avoir
à faire l'objet de demandes officielles en vertu de la LAI.
L'absence d'accès du public à quantités
d'information sur les spécimens des collections scientifiques
pose problème et cette information doit être versée
dans des bases de données qui fourniraient un accès au public.
Étant donné que les institutions gouvernementales manquent
invariablement de ressources pour entreprendre des projets de numérisation
de grande envergure qui permettraient au public d'avoir accès à
ces collections, il conviendrait d'allouer des fonds spéciaux à
ces projets.
De l'avis général des personnes consultées,
le cadre de gestion de l'information gouvernementale doit être amélioré
et consolidé. Le manque de solutions de gestion des documents
électroniques était perçu comme un problème
dans les ministères. On craint que l'absence de politiques, de
normes et de protocoles sur la gestion de l'information entraîne
la perte de pans importants de l'histoire des ministères. Il convient
d'examiner comme un tout cohérent la myriade de lois, de politiques
et de règlements fédéraux qui sont corrélés
dans le domaine de l'information, par exemple, la Politique sur la gestion
des renseignements détenus par le gouvernement, les politiques
sur les communications, la sécurité, la protection des renseignements
personnels et la protection de données, et des lois comme la Loi
sur les archives nationales, la Loi sur les brevets, la
Loi sur les inventions des fonctionnaires et la Loi sur le
droit d'auteur, entre autres. Il y a parmi ces instruments des « zones
grises » ou des « vides » qui doivent être abordés
dans les directives opérationnelles pour mieux habiliter les ministères
à aider et conseiller leurs clients sur des questions comme celle-ci :
« un tissu humain est-il un document? ». Les participants ont
aussi fait valoir que la fonction de gestion de l'information devrait
consister en partie à tenir les dossiers prêts afin de permettre
au gouvernement de donner suite aux demandes d'accès à l'information.
Certains participants ont signalé le
besoin d'améliorer les mécanismes par lesquels le gouvernement
fédéral accède à l'information gouvernementale
d'autres administrations publiques et vice versa. Parfois, l'accès
à l'information entre administrations de santé publique
et organismes fédéraux est plus ardu que l'accès
à l'information gouvernementale par les membres du public en vertu
de la LAI, d'où la nécessité d'envisager
les aspects intergouvernementaux de la question et les lois, règles
et interprétations des autres compétences.
Il faut évaluer l'incidence que la divulgation d'information
peut avoir sur une collectivité, ont mentionné
les participants. Par exemple, dans les collectivités éloignées
du Nord, la divulgation d'information peut avoir une incidence profonde.
Il faut être sensible à la vulnérabilité des
petites collectivités. Par exemple, lorsqu'il est question de contamination
des aliments ou de niveaux de BPC, un protocole devrait régir la
divulgation d'information et garantir que les collectivités touchées
seront les premières averties. Une autre préoccupation connexe
concernait la vulnérabilité des espèces en danger
de disparition et des ressources surexploitées, qui risqueraient
l'anéantissement complet advenant la publication de données
permettant de les localiser avec précision.
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