Rapport 6 - Groupe d'étude de l'accès à l'information
L'ACCÈS À L'INFORMATION ET LA REDDITION DE COMPTES AU PUBLIC
Publié: novembre 2001
Mary Franceschet
Table des Matières
Introduction
Section 1 Qu'est-ce que la reddition de compte?
1.1 La reddition de comptes est
priée de s'identifier
1.2 La reddition de comptes diffère de la responsabilité,
de la réceptivité et de la transparence
1.3 Les quatre composantes
1.4 Quel est l'objet de la reddition de comptes?
Section 2 Les
tendances dans l'administration publique
2.1 les
changements survenus dans le secteur public
2.2 La nouvelle gestion publique
Section 3 La
reddition de comptes et le processus d'accès à l'information
3.1 Quel
est le rôle de l'accès à l'information aux fins de
la reddition de comptes?
3.2 Quels sont les objectifs de
la Loi sur l'accès à l'information?
3.3 Quel est le problème
de l'accès à l'information?
Conclusion
Bibliographie
Introduction
La reddition de comptes est prévue dans le secteur public. Un
droit d'accès à l'information prévu par la loi et
détenu par le gouvernement constitue de façon générale
l'un des piliers d'un gouvernement obligé de rendre des comptes.
Mais qu'est-ce au juste que la reddition de comptes? C'est un terme utilisé
librement, souvent interchangeable avec d'autres termes qui ne signifient
pas la même chose, comme responsabilité, culpabilité
et réceptivité. La reddition de comptes peut être
perçue comme l'obligation de rendre compte du rendement ou le processus
qui consiste à obliger quelqu'un à rendre compte du rendement.
Il s'agit toutefois d'une conception étroite de la reddition de
comptes. Celle-ci est beaucoup plus complexe et multidimensionnelle.
Le droit d'accès à l'information n'est pas le seul moyen
d'assurer la reddition de comptes par le gouvernement. Entre autres, les
rapports ministériels au Parlement, les comparutions de ministres
et de fonctionnaires devant des comités parlementaires, la vérification,
les rapports d'observation et d'évaluation, les rapports d'organes
officiels de surveillance comme le vérificateur général
et le Commissaire à l'information font partie du cadre détaillé
de reddition de comptes du secteur public. La diffusion de documents en
vertu de la Loi sur l'accès à l'information n'est
pas non plus la principale méthode par laquelle le gouvernement
assure la libre circulation de l'information au profit des citoyens. L'article
2 de la loi précise très clairement que « la (présente)
loi vise à compléter les modalités d'accès
aux documents de l'administration fédérale ». Par exemple,
nous constatons que de plus en plus de données du gouvernement
sont disponibles jour et nuit, sept jours par semaine sur le Web.
Le présent document vise à expliquer ce que l'on entend
par reddition de comptes et à montrer comment cette notion devrait
être appliquée par rapport à celle de l'accès
à l'information. Il est important de replacer la prestation de
l'information au public et la protection du droit du public à l'information
dans le contexte du débat global entourant la nature changeante
de la reddition de comptes.
Cette étude montrera qu'il est généralement reconnu
aujourd'hui que la notion de reddition de comptes est extrêmement
hétérogène et qu'elle comporte de nombreuses facettes
en comparaison de la conception relativement étroite qui se profilait
derrière la Loi à ses débuts au Canada dans
les années 1980. Le présent document fait la synthèse
des principaux documents au sujet de la reddition de comptes et de l'accès
à l'information, ainsi que de certaines grandes conclusions tirées
d'une analyse de ces documents.
Retour à la Table des matières
Section 1 - Qu'est-ce que la reddition de comptes?
1.1 La reddition de comptes est priée de s'identifier
La reddition de comptes dans le secteur public de nos jours est un concept
plus compliqué et plus dynamique que l'intuition et le bon sens
pourraient le suggérer. La complication survient parfois de la
différence qui existe entre les objectifs formels et la responsabilité
informelle et subjective. L'usage populaire a tendance à confondre
erronément les termes « reddition de comptes » et « responsabilité
».
Le sujet de la reddition de comptes dans le secteur public et de son
sens réel est débattu depuis des décennies au Canada
et dans d'autres démocraties occidentales. « De nombreuses questions
entourent la reddition de comptes et, comme nous le verrons, il existe
très peu de réponses simples. »
(1) (traduction) Le texte qui suit est un synopsis de diverses
opinions émises au sujet du sens de la reddition de comptes. Ce
qui se précise toutefois, c'est que la reddition de comptes dans
le secteur public n'a pas un sens universel. Elle est hiérarchisée
et multidimensionnelle pour nombre de raisons, dont la nature ponctuelle
et improvisée des réformes mises en place par les administrations
publiques, censément pour renforcer la reddition de comptes. À
mesure que de nouveaux problèmes ont émergé, de nouveaux
genres d'exigences concernant la reddition de comptes ont été
mises en œuvre à titre de suppléments des approches traditionnelles,
plutôt qu'en remplacement de celles-ci.
« Comme la notion de reddition de comptes comporte de multiples facettes
et qu'elle est souvent difficile à discerner en pratique, aucune
définition exhaustive et universellement acceptée de la
notion n'a encore émergé. »
(2) (traduction) Il importe d'établir une distinction
entre la reddition de comptes et les autres mots qui lui sont substitués
erronément, comme réceptivité, responsabilité
et transparence. La plupart de ces concepts concernent dans une certaine
mesure l'accès à l'information.
La « reddition de comptes sur le rendement ou le processus consistant
à obliger quelqu'un à rendre compte du rendement » est une
définition courante de la reddition de comptes. Schafer déclare
que ce que l'on entend habituellement par reddition de comptes, c'est
qu'une personne est ouverte à l'imposition du devoir de rendre
des comptes. « Autrement dit, dans certains contextes, le sens du devoir
de « responsabilité » correspond à la notion de reddition
de comptes. » (3) (traduction)
Quand quelqu'un, dans une organisation, a la responsabilité d'accomplir
une certaine tâche, ainsi que le pouvoir et les ressources pour
l'accomplir, il devient imputable ou redevable à la personne ou
l'institution qui a autorisé l'activité.
Il est juste de dire que la reddition de comptes a été
l'inspiration pour légiférer sur l'accès à
l'information au Canada. L'idée a initialement été
déclenchée par la conviction qu'il fallait renforcer les
mécanismes de reddition de comptes du gouvernement, et la promotion
de la Loi dans les années 1980 était centrée
presque exclusivement sur cet objectif. Ce n'est que récemment
que les objectifs additionnels établis dans le Livre vert de 1977
ont été reconnus comme étant importants, comme le
fait d'accroître la compréhension du public, accroître
l'apprentissage, créer un gouvernement plus ouvert et réceptif
et appuyer la production de connaissances pour l'ensemble de la société
canadienne.
Selon le Livre vert gouvernemental de 1977 sur l'accès du public
aux documents du gouvernement, l'objet de la loi comportait trois volets :
- Une reddition de comptes efficace - repose sur la connaissance de
l'information et des options qui s'offrent aux décideurs. L'évaluation
du gouvernement dépend d'une entière compréhension
du contexte dans lequel les décisions sont prises.
- Les documents du gouvernement renferment des renseignements essentiels
à la participation des citoyens et des organisations aux décisions
publiques qui les intéressent.
- Le gouvernement est devenu le plus important dépôt de
renseignements sur notre société, ses problèmes
politiques, économiques, sociaux et environnementaux. Dans certains
domaines, il est pratiquement la seule source d'information importante.
Comme cette information est développée aux frais du public,
elle devrait être offerte à celui-ci.
(4)
(traduction)
L'accès à l'information avait donc pour objet d'atteindre
un objectif plus vaste et davantage constructif que la simple reddition
de comptes, et la reddition de comptes en soi doit être utilisée
comme un outil d'apprentissage.
Retour à la Table des matières
1.2 La reddition de comptes diffère de la responsabilité,
de la réceptivité et de la transparence
La reddition de comptes est souvent utilisée de façon interchangeable
avec la responsabilité, mais les deux sont différentes.
Gregory cite la distinction entre les deux établie par Uhr :
« La reddition de comptes consiste à se conformer à l'autorité,
tandis que la responsabilité est une question de responsabilisation
et d'indépendance. La reddition de comptes est le pôle négatif
tandis que la responsabilité est le pôle positif. Si la reddition
de comptes consiste à réduire la maladministration publique,
la responsabilité consiste à maximiser la saine administration
publique. » (5) (traduction)
La reddition de comptes consiste davantage à se conformer aux
règles et aux règlements, et elle est souvent associée
à la notion de « blâme », tandis que la responsabilité
a un sens plus positif. Cela dit, leur incidence est souvent assez semblable.
La Loi sur l'accès à l'information invoque à
la fois la reddition de comptes et la responsabilité. D'un côté,
la Loi exige des fonctionnaires qu'ils se conforment à
ses dispositions, et elle peut servir à « dénoncer » les
cas d'actes préjudiciables ou à mettre en relief des domaines
conflictuels au gouvernement, servant ainsi le principe de la reddition
de comptes.
Au cœur de la Loi se trouve également la promotion du
bien intrinsèque qui consiste pour le gouvernement à agir
judicieusement : d'une manière ouverte et transparente. Thomas
décrit la responsabilité comme « le devoir auto-imposé
de faire le bien selon les normes en vigueur ou le sens moral et l'obligation
déontologique d'une personne, ou les deux. » (traduction) Tel qu'indiqué
précédemment, la responsabilité est de nature plus
informelle et subjective que la reddition de comptes.
Agir de façon responsable et être tenu de rendre des comptes
peuvent accroître la réceptivité de différentes
parties de l'administration publique. La réceptivité englobe
à la fois la capacité et la prédisposition à
satisfaire aux besoins de personnes, de groupes ou de l'ensemble de la
société. La réceptivité peut exister sans
un rapport d'autorité en bonne et due forme. Cela ne veut toutefois
pas dire que le sens des responsabilités subjectif et que la nécessité
d'être réceptif sont moins puissants que les exigences formelles
de reddition de comptes pour ce qui est du façonnement du comportement.
Être réceptif consiste à reconnaître les besoins
des parties prenantes et à y satisfaire en fournissant les programmes
et les services opportuns. Thomas définit la réceptivité
comme une « réponse immédiate et favorable à la demande
ou au signal d'une source extérieure. »
(6) (traduction)
On s'attend à ce que les gouvernements soient réceptifs
aux divers intérêts au sein d'une société pluraliste.
La fonction publique doit être réceptive à diverses
sources - le Cabinet, le Parlement, les clients de ses programmes, d'autres
gouvernements et l'ensemble de la société. L'ouverture du
processus décisionnel au gouvernement favorise et appuie le processus
décisionnel. Autrement, la réceptivité peut en pratique
être limitée par un certain nombre de facteurs, y compris
les ressources disponibles, le volume et l'intensité des pressions
exercées sur l'organisme du secteur public et l'importance relative
qu'accorde l'organisme aux différentes exigences de réceptivité.
La transparence est une autre terme qui est confondu avec la reddition
de comptes. Gregory définit la transparence comme une plus grande
ouverture et spécificité de l'activité, des opérations
et de l'information gouvernementales.
(7) (traduction) D'après cette définition, il
y a eu une grande et importante augmentation de la transparence au sein
des organisations gouvernementales dans les dernières années,
en raison en partie de leur capacité de fournir une vaste quantité
d'information sur l'Internet.
La Loi sur l'accès à l'information peut inciter
les gens à agir de façon responsable, mais la reddition
de comptes arrive habituellement après la décision ou l'action,
ou après l'erreur ou la faute. Le but doit consister à prévenir
les éventuelles erreurs et fautes en renforçant les normes
de responsabilité observées par la classe politique et les
fonctionnaires. Comparaissant en 1973 devant le Comité permanent
de la justice et des questions juridiques, le ministre Francis Fox a soutenu
ce qui suit au sujet du projet de loi C-43 (qui allait plus tard devenir
la Loi sur l'accès à l'information) :
Le cadre réglementaire de l'accès à
l'information constituera un grand progrès pour nos institutions
politiques. Il créera des occasions en faveur d'un dialogue plus
éclairé entre les dirigeants publics et les citoyens. Il
améliorera la nature du processus décisionnel gouvernemental
en prévoyant une plus grande participation du secteur privé.
Enfin, il imposera aux ministres et aux fonctionnaires un plus grand degré
d'imputabilité et de responsabilité à l'égard
de leurs actes et de leurs décisions. (traduction)
Retour à la Table des matières
1.3 Les quatre composantes
Tout type de rapport de reddition de comptes comporte quatre principales
composantes :
- l'attribution ou la négociation de responsabilités;
- l'obligation ou le devoir de déclarer le rendement;
- la surveillance du rendement par un tiers;
- une conséquence (positive ou négative) sur le comportement.
La reddition de comptes implique des attentes, un contrôle et les
ressources nécessaires pour s'acquitter des responsabilités
attribuées. Il est injuste d'obliger des institutions ou des personnes
à rendre des comptes si elles ne contrôlent pas les décisions
et les mesures pertinentes requises pour s'acquitter des responsabilités
attribuées. Le contrôle total est plutôt rare, mais
les parties imputables doivent pouvoir contrôler le résultat
dans une grande mesure. Cela signifie qu'elles doivent avoir les pouvoirs
et les ressources nécessaires pour assumer leurs responsabilités.
Toute situation peut donner lieu à plusieurs types d'exigences
de reddition de comptes qui ne sont pas nécessairement en contradiction.
En fait, elles peuvent s'appuyer les unes sur les autres. Dans le pire
cas cependant, il peut y avoir opposition des processus et des critères
de reddition de comptes. Par exemple, le Vérificateur général
favorise l'efficience, tandis que le Commissaire à l'information
favorise l'accès à l'information. L'ouverture et la réceptivité
pourraient être perçues comme contraires ou nuisibles à
l'efficience au sens strict. Dans tout genre de rapport de reddition de
comptes, plusieurs formes de reddition de comptes peuvent se faire concurrence,
se chevaucher et se compléter (ou, dans certains cas, s'opposer
les unes aux autres). « Il en a résulté une confusion chez
les fonctionnaires à savoir ce que cela signifie d'agir de façon
responsable et devant quelles personnes ils doivent se sentir imputables.
» (8) (traduction)
Trop souvent, la troisième composante est omise au titre des facteurs
de succès d'un bon rapport de reddition de comptes. Les ministres
sont, en bout de ligne, responsables de l'application de la Loi sur
l'accès à l'information dans leur ministère.
Ils délèguent habituellement un grand nombre, voire la totalité
de leurs responsabilités aux termes de la Loi, si bien
qu'ils doivent surveiller leur ministère pour veiller à
ce qu'il se conforme aux règles et à l'esprit de la Loi
sur l'accès à l'information. Ils comptent également
sur le fait que leurs sous-ministres surveilleront périodiquement
comment leurs ministères se déchargent de leurs obligations
selon la Loi afin de veiller à ce que le processus se déroule
comme il se doit. Le Parlement a également le devoir de surveiller
l'application de la Loi, et il reçoit des rapports annuels
du Commissaire à l'information et de chaque institution publique
à cette fin.
Même en tenant compte des divers types de rapports de reddition
de comptes et de leurs composantes, la reddition de comptes ne permettra
jamais de scruter l'éventail complet des activités du secteur
public. Nous devons donc nous en remettre au sens du devoir des fonctionnaires.
Une approche stratégique en matière de reddition de comptes
doit s'appuyer sur ce sens du devoir et en tirer le maximum.
Retour à la Table des matières
1.4 Quel est l'objet de la reddition de comptes?
La reddition de comptes a été décrite comme une
« pierre angulaire de la gouvernance et de la gestion publiques », et
le « cœur de la gouvernance dans les sociétés démocratiques
». (9) (traduction) Mais quel
est son objet? Aucoin et Heintzman soutiennent que la réponse est
en trois volets :
Le premier volet consiste à contrôler l'abus
et le détournement de l'autorité publique. Le deuxième
volet consiste à fournir une assurance à l'égard
de l'utilisation des ressources publiques et de l'observation de la loi
et des valeurs publiques. Le troisième volet consiste à
favoriser l'apprentissage en vue d'une amélioration continue de
la gouvernance et de la gestion publique.
(10) (traduction)
Ces trois objets sont très semblables à ceux de l'accès
à l'information. L'aspect du contrôle est peut-être
la forme de reddition de comptes la plus reconnue. « Elle réside
au cœur de l'obligation démocratique de rendre compte dans tous
les principaux modèles constitutionnels étant donné
que chacun d'eux, à sa façon, vise à faire en sorte
que les pouvoirs autoritaires et coercitifs de l'État ne soient
pas invoqués de façon abusive ou détournée.
» (11) (traduction)
L'aspect du contrôle a toujours été considéré
comme l'objet de plus important de l'existence des rapports de reddition
de comptes. Il pourrait toutefois être avancé que nous avons
vraiment besoin de la reddition de comptes étant donné que
nous devons tirer des leçon de nos erreurs. Sans une communication
active de l'information et une forte reddition de comptes dans le secteur
public, il est possible que les mêmes erreurs se répètent
plusieurs fois, sans qu'il y ait apprentissage organisationnel et promotion
de la mémoire institutionnelle.
Retour à la Table des matières
Page suivante 
Notes de bas de page:
1. Thomas, Paul G., (1998) sur la nature changeante
de la reddition de comptes dans Réformer le secteur public,
où en sommes-nous?, (éd.) B. Guy Peters et Donald J.
Savoie, Centre canadien de gestion. p. 351.
2. Idem
3. Idem
4. Gouvernement du Canada, (1977) Livre vert :
La législation sur l'accès aux documents du gouvernement,
Ottawa.
5. Gregory, Robert, (à venir) « La reddition
de comptes » dans The Handbook of Public Administration
(Sage) 2001.
6. Thomas, (1998) p. 355.
7. Idem
8. Thomas, Paul G., (1997) Ministerial Responsibility
and Administrative Accountability in New Public Management and Public
Administration in Canada, (éd.) Mohamed Charih et Arthur Daniels,
L'Institut d'administration publique du Canada, p. 150.
9. Aucoin, Peter and Heintzman, Ralph, (2000)
«La dialectique de l'imputabilité de la performance dans la réforme
du management public» Revue internationale des sciences administratives,
vol. 66, no 1, mars, pp. 45-56; Thomas, (1998) p. 348.
10. Aucoin et Heintzman, (2000) p. 45.
11. Idem p. 47.
|