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Groupe d'étude de
l'accès à l'information
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Rapport 2 - Groupe d'étude de l'accès à l'information
VALEURS DES CITOYENS, INFORMATION ET VIE DÉMOCRATIQUE
Publié: mars 2001
Neil Nevitte
Tables des Matières
Information et démocratie
Èvolution des valeurs
Les preuves empiriques
Preuves canadiennes
Implications
Notes
Sources
Information et démocratie
L'hypothèse voulant que les démocraties soient mieux servies
quand les citoyens sont informés et qu'ils font preuve d'intérêt
et d'engagement à l'égard de la vie publique est bien établie
(Berelson et autres, 1954; Nie et autres, 1996). Chacun de ces éléments
- l'information, l'intérêt et l'engagement - est important
pour des raisons différentes et tous trois fonctionnent de concert
en s'appuyant réciproquement. L'information est parfois considérée
comme la monnaie d'échange de la vie démocratique (Delli
Carpini et Keeter, 1996)1. Armés d'information,
les citoyens sont mieux en mesure de faire des choix raisonnés
concernant le monde politique. Ils sont aussi mieux équipés
tant pour monter que pour évaluer des arguments pondérés.
L'intérêt est important en tant que condition nécessaire
- c'est lui qui donne aux citoyens la motivation qu'il faut pour acquérir
l'information. Les citoyens non intéressés sont moins susceptibles
d'être informés. L'engagement, finalement, entraîne
certaines formes de comportement des citoyens, comme la participation
aux scrutins qui, dans les sociétés industrialisées
avancées, signifie généralement l'expression de l'appui
au régime et l'acceptation de la légitimité de l'ordre
politique.
Si l'information constitue la monnaie d'échange de la vie démocratique,
la définition des gens qui détiennent l'information, de
ceux qui y ont accès et de l'étendue de la distribution
de l'information devient cruciale. Il n'est pas difficile de voir pourquoi
ces questions constituent un élément récurrent des
divers stades de l'évolution des sociétés démocratiques
modernes.
À l'époque féodale, seule une poignée de
gens était alphabétisée; l'information concernant
le monde et l'État était concentré dans les mains
de très peu de gens, ordinairement des membres du clergé.
La transition vers l'économie industrielle s'est accompagnée
de l'élargissement des segments de la société détenteurs
d'information, une évolution qui a, proportionnellement, réduit
le monopole informationnel du clergé. Les économies industrialisées
ne peuvent " décoller ", ni se soutenir, en l'absence
de niveaux au moins modestes d'alphabétisation, d'instruction et
de compétence de la main-d'uvre, aussi n'est-ce pas par accident
que l'expansion des économies industrielles dans tout l'univers
occidental s'est accompagné de la propagation de l'alphabétisation
et de l'instruction. Les sociétés en voie d'industrialisation
sont devenues plus démocratiques par suite de la combinaison des
modifications survenues dans les structures et les valeurs et l'un des
grands résultats de cette transformation a été le
rétrécissement de l'écart informationnel entre les
élites et les citoyens.
La transition du stade industriel au stade postindustriel s'est accompagnée
d'un autre ensemble de transformations des structures et des valeurs (Bell,
1973; Huntington, 1974; Inglehart, 1990). Les sociétés postindustrielles
se définissent ordinairement comme les États où plus
de 50 p. 100 de la main-d'uvre rémunérée est
employée par les secteurs technique, professionnel et financier.
Quelque huit économies d'Europe occidentale, tout comme le Canada
et les États-Unis, ont franchi ce seuil au début des années
1980. La transformation de ces économies fondées sur le
savoir et l'information s'est accompagnée, là encore, d'un
élargissement supplémentaire des occasions d'apprendre et
de hausses correspondantes de la taille de la main-d'uvre compétente
au chapitre de l'information.
Une importante conséquence de la transition à la postindustrialisation
est le fait que plus d'information soit accessible que jamais auparavant.
Une évolution structurelle connexe, nommément l'expansion
de la possibilité pour des segments toujours plus vastes de la
population d'accéder aux hautes études, est d'importance
déterminante sous au moins trois grands angles. D'abord, la scolarité
est un indicateur prévisionnel puissant de l'engagement car elle
réduit le coût cognitif et matériel de la participation
(Wolfinger et Rosenstone, 1980). Il ne s'agit pas seulement de disponibilité
de l'information, mais aussi de la capacité de tri de cette information
et de son organisation significative. Un niveau élevé de
scolarité est déterminant parce qu'il rehausse la capacité
des citoyens de naviguer dans des environnements à forte densité
d'information.
Deuxièmement, la scolarité élevée est associée
à ce que l'on appelle " la démocratie éclairée
", qui se constitue des qualités civiques encourageant la
compréhension des normes et principes de la vie démocratique
et l'adhésion à ces normes et principes. Voilà qui
est déterminant au sens où des niveaux élevés
de scolarité permettent aux citoyens de comprendre les compromis
démocratiques à long terme (Nie et autres, 1996).
Troisièmement, des niveaux croissants de scolarité sont
associés à des niveaux plus élevés d'intérêt
envers la vie publique. Si l'intérêt est crucial parce qu'il
fournit aux gens la motivation nécessaire à la recherche
d'information, alors on peut s'attendre, d'abord, à ce que les
demandes d'information proviennent des segments de la société
qui sont plus instruits et, deuxièmement, à ce que le volume
de ces demandes augmente au rythme des changements structurels précités.
Sous certains angles, les glissements structurels associés au
passage de l'ère industrielle à l'ère postindustrielle
peuvent être interprétés comme un prolongement de
ceux qui se sont produits lors du passage de l'ère féodale
à l'ère industrielle. Le vaste " écart informationnel
" qui séparait autrefois l'élite des citoyens a perdu
en importance lors de la transition de la féodalité à
l'industrialisme. Cet écart s'est réduit plus dramatiquement
encore lors du passage de l'industrialisme au postindustrialisme, à
l'image même de l'écart des compétences. Il n'y a
guère lieu de supposer que les publics contemporains - qui jouissent
de niveaux sans précédent de scolarité - soient moins
aptes que leurs élites correspondantes à acquérir
de l'information, à l'organiser, à lui donner un sens et
à la déployer au service d'arguments pondérés.
Selon ces critères, les gens sont plus raffinés que jamais.
Évolution des valeurs
Les types exacts d'information que recherchent les citoyens dépendent
de ce qu'ils considèrent important, de ce qui est précieux
à leurs yeux. Il existe un corpus croissant de preuves empiriques
voulant que des glissements dans les valeurs essentielles aient accompagné
le passage structurel de l'industrialisme au postindustrialisme. Les Enquêtes
mondiales sur les valeurs et les Enquêtes européennes sur
les valeurs constituent des sources de données sont particulièrement
utiles car elles produisent des preuves directement comparables qui, dans
le cas de certains pays d'Europe occidentale, remontent jusqu'au début
des années 1970.
Il y a toute une gamme de définitions différentes des valeurs
exactes les plus essentielles à la compréhension du passage
au postindustrialisme. Certains analystes se concentrent sur les démarches
de sécurisation et d'individualisation comme axe clé du
changement des valeurs sociales (Ester et autres, 1993) tandis que d'autres
attirent l'attention sur les modèles changeants d'autorité
et sur le concept d'autonomie (Nevitte, 1996). Ces interprétations
ne sont pas incompatibles. Selon Huntington (1974), une caractéristique
cruciale du passage au postindustrialisme est celle de la prégnance
croissante, au sein des divers publics, du " droit de savoir ".
Aux yeux d'Huntington, ce droit de savoir constitue le corollaire contemporain
du " droit à la propriété " et est devenu
essentiel parce que les transactions qui ont lieu au sein des sociétés
postindustrielles portent de plus en plus sur l'information2.
Si l'on s'en remet aux données tirées des Enquêtes
mondiales et européennes sur les valeurs, les universitaires de
divers pays ont suivi et documenté d'autres glissements des valeurs.
En recourant à de telles données de plusieurs pays sur une
période de vingt-cinq ans, Inglehart et ses collègues ont
discerné un déplacement progressif des orientations matérialistes
vers ce que l'on appelle les orientations " postmatérialistes
" (Inglehart 1977, 1990; Abramson et Inglehart, 1995). D'après
Inglehart, la préoccupation relative à la sécurité
physique et matérielle cède graduellement le pas à
la concentration sur les questions de " qualité de la vie
" qui donnent une priorité plus marquée aux "
aspirations d'ordre élevé ".
Les preuves empiriques
L'allégation voulant que la santé d'une démocratie
se rehausse d'une population informée, engagée et participante
soulève un certain nombre de questions empiriques d'importance.
Dans quelle mesure les gens sont-ils bien informés? Dans quelle
mesure sont-ils engagés? La détention d'information est-elle
liée à l'engagement et à la participation? Quel rôle,
exactement, les valeurs des citoyens jouent-elles? Les valeurs ont-elles
changé?
L'une des conclusions empiriques précoces les plus frappantes
sur les défis qui se présentent aux citoyens bien informés
se constitue de l'image idéalisée du citoyen démocratique
qui parcourt les pages des manuels d'instruction civique. Selon les premières
recherches de Converse aux États-Unis (Converse, 1964), la plupart
des citoyens sont loin d'être bien informés. De plus, ils
font preuve de très peu de contraintes dans leurs attitudes. Les
sujets étudiés par Converse éprouvent peu de difficultés
à avoir du monde des opinions tout à la fois logiquement
incompatibles et ancrées dans des principes concurrentiels.
Il n'existe pas de données qui nous permettent d'explorer directement
la vue qu'ont les Canadiens de l'accès à l'information détenue
par le gouvernement, mais il est possible d'accéder à des
sources de données - dont les Enquêtes mondiales sur les
valeurs, les Études sur les élections canadiennes et les
données dont disposent les maisons d'étude de marché
- qui nous permettent, de concert avec les données agrégées,
d'assembler des inférences raisonnables.
Le changement structurel sert de point de départ. Il y a des preuves
abondantes montrant que, au Canada, l'accès aux études postsecondaires
a augmenté depuis la fin des années 1960 et que la concentration
de la main-d'uvre rémunérée s'est, de fait,
éloignée des activités de fabrication et d'extraction
pour se tourner vers les activités professionnelles, financières
et axées sur le savoir. Ces glissements ont eu des répercussions
sociales et économiques importantes dont l'une des plus importantes
comprend la transformation générale de la composition hommes-femmes
de la main-d'uvre rémunérée. Le Canada se qualifie
clairement comme État industrialisé avancé. Par surcroît,
ces modifications ont eu lieu, à peu de choses près, à
la même cadence et ont pris la même direction que ceux qui
se sont produits dans les États d'Europe occidentale et aux États-Unis.
Deuxièmement, il existe un corpus appréciable de preuves
de l'avènement de modifications parallèles dans la nature
et l'orientation de l'évolution des valeurs. De toute évidence,
il y a certaines différences nationales dans la cadence des changements
survenus aux valeurs et ces variations peuvent très bien être
attribuables au concept institutionnel et aux conditions historiques (Inglehart
et Baker, 2001), mais la mesure impressionnante dans laquelle il existe
des similitudes identifiables dans les modèles fondamentaux de
changements aux valeurs est bien plus frappante. Les détails de
ces ressemblances et de ces différences ont été décrits
ailleurs (voir à ce sujet Dalton, 1988; Nevitte, 1996; Halman et
Nevitte, 1996; Abramson et Inglehart, 1996).
Troisièmement, l'une des dimensions clés des changements
de valeurs démontrés dans les analyses poussées d'Inglehart
des données des Enquêtes mondiales sur les valeurs concerne
l'abandon apparent de ce qu'il appelle les valeurs " matérialistes
" en faveur des valeurs " postmatérialistes ". Les
orientations des valeurs postmatérialistes sont systématiquement
et uniformément liées à la scolarité : les
posmatérialistes sont nettement plus instruits que leurs homologues
matérialistes. Ils montrent aussi des niveaux plus marqués
d'" intérêt envers la politique " et ont un répertoire
plus vaste de stratégies d'action politique dans lesquelles ils
sont susceptibles de s'engager. Les constatations essentielles concernant
la montée des orientations postmatérialistes ont d'abord
été signalées par Inglehart (1977). Le point d'importance,
ici, est que les enquêtes subséquentes sur les mêmes
données (et sur des données plus récentes) entreprises
indépendamment par divers universitaires dont les intérêts
théoriques diffèrent confirment, pour l'essentiel, ces constatations
initiales (Ester et autres, 1993; Halman et Nevitte, 1996; Norris, 1999;
Kaase et Newton, 1997). Il y a bien des variantes dans ce que les analystes
considèrent comme étant plus ou moins important, mais ils
demeurent d'accord sur les constatations fondamentales.
Selon les indications, les orientations des valeurs posmatérialistes
sont associées au changement de génération. Une analyse
de cohorte des données mises en commun d'une période de
vingt-cinq ans indique que les cohortes plus jeunes, celles qui ont vécu
leurs années de formation pendant des périodes de prospérité
soutenue, sont plus postmatérialistes dans leurs vues que les générations
antérieures (Abramson et Inglehart, 1995). Une interprétation
possible de ce phénomène tient au fait que les données
indiquent les effets sur le cycle de la vie, c'est-à-dire que les
orientations des valeurs postmatérialistes parmi les segments jeunes
de la population reflètent simplement une perspective " de
jeunesse ", mais cette interprétation ne semble pas solide.
Il n'y a pas à douter, dans les données des premières
Enquêtes mondiales sur les valeurs, de la présence de corrélations
relativement fortes entre l'âge et les orientations postmatérialistes
(Inglehart, 1977), mais selon les données européennes les
plus récentes, le lien statistique entre ces orientations de valeurs
et l'âge est nettement moins fort. En effet, le lien âge-valeur
s'est affaibli avec le temps. Les orientations postmatérialistes
sont désormais concentrées parmi les personnes de moins
de cinquante ans alors que les orientations matérialistes dominent
parmi les personnes de plus de cinquante ans (Nevitte, 1996). L'interprétation
la plus plausible, par conséquent, veut que les glissements de
valeurs ne reflètent pas les effets du cycle de vie. Cette interprétation
axée sur la génération laisse entendre que les gens
ne " dépassent " pas ces orientations avec l'âge.
L'implication voudrait plutôt qu'il s'agisse d'orientations durables.
Preuves canadiennes
- Les preuves de source canadienne sont conformes à pratiquement
toutes les constatations que nous venons de mentionner. Les orientations
postmatérialistes ont beaucoup augmenté entre 1981 et
1990 (Nevitte, 1996). En 1981, 16 p. 100 des Canadiens se qualifiaient
en tant que postmatérialistes, une proportion qui a augmenté
de 25 p. 100 entre 1981 et 1990. Notre étude préliminaire
des données de l'Enquête mondiale sur les valeurs de 2000,
pour le Canada, indique que des augmentations supplémentaires
ont eu lieu (voir la figure 1). Les Canadiens sont plus postmatérialistes
que jamais et ils sont plus postmatérialistes que leurs homologues
américains (Inglehart et Nevitte, 1997). Il est utile de noter
qu'il s'est produit une diminution encore plus substantielle de la proportion
de la population que l'on peut qualifier de " matérialiste
". À cet égard, le modèle canadien est semblable
au modèle ouest-européen.
- Les liens entre ces orientations de valeur et la scolarité,
l'intérêt et la participation sont également semblables
aux modèles des données européennes. Les postmatérialistes
sont plus instruits que leurs homologues matérialistes et ils
expriment des degrés plus marqués d'intérêt
envers la vie publique. Qui plus est, ils ont une tendance beaucoup
plus nette à la participation quand il est question d'activités
comme les organismes bénévoles, le vote et des formes
plus exigeantes de participation, comme la signature de pétitions
(Nevitte, 1996).
- Ces constatations laissent entendre que ces changements de valeurs,
qui sont essentiellement liés aux préférences envers
" un gouvernement plus ouvert " (Nevitte, 1996), s'associent
également aux compétences qui réduisent le coût
de la cueillette et de l'interprétation de l'information3.
En plus, dans la mesure où les postmatérialistes montrent
des niveaux plus élevés d'intérêt envers
le monde public, on peut en déduire qu'ils sont aussi plus motivés
à rechercher l'information.
- Biens que nous ne disposions, à l'heure actuelle, d'aucune
preuve directe des tendances de gens vers la recherche d'information
à l'aide des procédures d'accès à l'information,
certaines données portent sur la répartition du savoir
et elles jettent une lumière nette sur la relation entre le savoir,
l'intérêt et la scolarité.
- Les données d'évolution indiquent que, depuis 1965,
le niveau d'intérêt envers la politique semble avoir quelque
peu augmenté. Le données des Études sur les élections
canadiennes, par exemple, montrent qu'environ 14 p. 100 de la population
indique s'être beaucoup intéressée à la politique
en 1974. Ce chiffre était passé à environ 19 p.
100 en 19844.
- Des données récemment analysées tirées
de l'Étude sur l'élection canadienne (Nadeau et autres,
2001) indiquent qu'environ un quart de la population canadienne est
qualifiée d'informée et environ un quart, de complètement
non informée5.
- Une analyse du lien statistique entre certaines des variables clés
de ces données montre, comme on peut s'y attendre, que l'intérêt
a une corrélation positive avec la scolarité (r = 0,2).
Cela signifie que plus une personne est instruite, plus son niveau d'intérêt
est élevé. Si l'intérêt crée la motivation
de chercher de l'information, il faut s'attendre à découvrir
une corrélation positive entre l'intérêt et le savoir
ou l'information. En fait, la corrélation est positive et forte
(r = 0,32). Comme le laissaient prévoir les recherches antérieures
(Nie et autres, 1996), l'information s'associe aussi positivement et
fortement à la scolarité (r = 0,29).
- Ailleurs, à l'aide de données d'évolution, nous
avons démontré l'émergence de ce que l'on appelle
l'" écart d'efficacité " (Nevitte, 2000). Les
Canadiens sont moins susceptibles maintenant qu'auparavant de considérer
le système politique comme " réceptif " à
leur égard (efficacité externe). Toutefois, les mêmes
données montrent qu'il s'est produit quelques hausses de l'efficacité
interne dans le sentiment qu'ont les gens de leur propre capacité
politique. Les données montrent l'existence d'une corrélation
positive entre l'efficacité interne et la scolarité (r
= 0,29) et l'intérêt (r = 0,24). De manière significative,
il existe également une corrélation positive entre l'efficacité
interne et le savoir (r = 0,2). Plus les gens disposent d'information,
plus ils se sentent efficaces.
- Nous pouvons ajouter à ce portrait les constatations tirées
de recherches récentes de l'Étude sur l'élection
canadienne (Nadeau et autres, 2001). Ces données nous permettent
d'explorer la façon dont les variables susmentionnées
sont reliées au niveau de satisfaction des gens envers la démocratie.
Les conclusions clés, ici, sont que la scolarité (r =
0,16), l'information (r = 0,13) et l'intérêt (r = 0,15)
ont toutes une corrélation positive et significative avec des
niveaux élevés de satisfaction envers la démocratie.
Implications
Quelles implications ces constatations ont-elles sur les demandes d'accès
à l'information? Il y en a plusieurs. D'abord, des indications
très récentes montrent clairement que des changements de
valeurs importants ont eu lieu au sein de la population canadienne et
qu'ils étendent la trajectoire de changement identifiée
dans les données de 1981 et de 1990. Il est clair aussi que ces
changements n'ont pas lieu dans une égale mesure dans tous les
segments de la population. Le point d'importance est qu'ils sont plutôt
concentrés parmi ceux qui ont les niveaux de scolarité les
plus élevés.
Le deuxième point, qui est lié au premier, est le fait
que ce segment plus instruit de la population porte un intérêt
supérieur à la vie publique et, par conséquent, est
plus motivé à rechercher de l'information. C'est aussi ce
segment qui a la meilleure capacité d'organiser l'information de
façon significative.
Troisièmement, c'est la combinaison des changements survenus aux
structures et aux valeurs qui constitue une conséquence. Les postmatérialistes,
en plus d'accorder, de manière significative, une priorité
plus élevée à des valeurs comme l'autonomie et un
gouvernement plus ouvert, forment aussi le segment de la population aux
yeux duquel les coûts de la participation et la présentation
réelle de demandes sont les moins élevés. Par surcroît,
ces gens sont les plus enclins à rechercher de l'information parce
que ce sont eux qui sont les plus susceptibles de poser des arguments
pondérés.
Les postmatérialistes ont donc une capacité cognitive et
de participation marquée et ils donnent une plus grande valeur
à un gouvernement plus ouvert. Ils éprouvent aussi une confiance
moindre envers des organismes gouvernementaux particuliers et sont plus
enclins à croire que les gouvernements ne sont pas réceptifs.
Mais ces points de vue critiques ne minent pas leur évaluation
des rouages de la démocratie. En réalité, leurs niveaux
de satisfaction envers le fonctionnement de la démocratie sont
légèrement plus élevés que ceux de leurs homologues
matérialistes, ou du reste de l'ensemble de la population.
Notes
(1) Le mot " information " est souvent
utilisé en remplacement du mot " savoir ", et inversement,
bien que certains analystes trouvent souvent utile d'établir une
distinction entre ces concepts. Selon Lupia et McCubbins (1998), l'information
est cruciale en ceci qu'elle concerne " les faits " nécessaires
à la préparation d'arguments et qu'elle aide les gens à
éviter les erreurs tandis que le savoir porte sur la capacité
de prévoir les conséquences de ses gestes (1998:6).
(2) D'après Huntington, l'accent récent
porté sur le " droit de savoir " trouve son parallèle
dans le " droit à la propriété " du XIXe
siècle. Tout comme le droit de posséder des biens et le
caractère sacré correspondant des contrats étaient
essentiels à la prospérité au XIXe siècle,
le droit de savoir a un statut comparable dans les sociétés
axées sur le savoir (Huntington 1974: 165). Et tout comme l'accès
à la propriété constituait l'assise de l'influence
au XIXe siècle, les compétences entourant l'acquisition
et l'utilisation du savoir - des compétences acquises par l'accès
à une scolarité de niveau élevé - forment
la nouvelle assise de l'influence de l'ère postindustrielle.
(3) La tendance à préférer un
gouvernement plus ouvert est l'un des points de l'échelle de mesure
des orientations postmatérialistes. La version précédente
de cette échelle recourait à un index à quatre éléments
depuis lequel on demandait aux gens de hiérarchiser leurs priorités.
Les versions subséquentes de l'échelle comprennent une version
à douze éléments où l'on demande encore aux
répondants de hiérarchiser leur préférence
pour un gouvernement plus ouvert. Il n'est pas possible de comparer de
façon significative les hiérarchisations relatives d'un
gouvernement plus ouvert dans les jeux de données de 1981, 1990
et 2000 parce que le contexte des classements est différent.
(4) La formulation de la question de mesure de l'intérêt
envers la politique a quelque peu évolué depuis 1984 et,
en conséquence, les données récentes ne peuvent être
comparées de manière fiable à celles de la période
de 1974 à 1984. Dans le même ordre d'idées, la mesure
est devenue une échelle à dix éléments lors
de l'Étude sur l'élection canadienne de 1993.
(5) Cela signifie que dans le cadre d'un test à
quatre éléments, environ un quart de tous les répondants
ont répondu correctement à toutes les questions tandis qu'un
quart n'a donné une réponse correcte à aucune des
questions. S'il n'existe pas de données d'évolution significatives,
c'est largement parce que le recours aux tests de savoir, dans l'Étude
sur l'élection canadienne, est relativement récent.
Voir le graphique à barre décrivant
le matérialisme et le post-matérialisme au Canada.
(Description textuelle du graphique
à barre)
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AU SUJET DE L'AUTEUR
Neil Nevitte
Neil Nevitte est professeur de science politique à l'Université
de Toronto. Il a publié onze livres dont récemment The Decline of
Deference (1996), Political Value Change in Western Democracies (1998) et Unsteady
State (2000), ainsi que plus de 50 articles et chapitres dans des livres.
M. Nevitte est le chercheur principal pour les World Values Surveys (Canada),
le plus grand projet de recherche par sondage jamais entrepris en collaboration
avec différents pays. Il a également travaillé avec l'équipe
de recherche sur l'Étude de l'élection canadienne en 1997 et en
2000.
Neil Nevitte a un Ph.D. de l'Université Duke et a déjà
enseigné à l'Université Harvard et à l'Université
de Calgary.
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Sources
Abramson, Paul and Ronald Inglehart. 1995. Value Change In Global
Perspective. Ann Arbor, MI: University of Michigan Press.
Bell, Daniel. 1973. The Coming of Postindustrial Society. New
York: Basic Books.
Berelson, Bernard, Paul F. Lazarfeld and William McPhee. 1954. Voting:
A Study of Opinion Formation in a Presidential Campaign. Chicago:
University of Chicago Press.
Converse, Philip E. 1964. "The Nature of Belief Systems in Mass
Publics." In David Apter, ed., Ideology and Discontent. New
York: Free Press.
Dalton, Russell J. 1988. Citizen Politics in Western Democracies:
Public Opinion and Political Parties in the United States, Great Britain,
West Germany and France. Chatham, NJ: Chatham House Publishers, Inc.
Delli Carpini, Michael X. and Scott Keeter. 1996. What Americans Know
about Politics and Why it Matters. Hew Haven, CN: Yale University
Press.
Ester, Peter, Loek Halman and Ruud de Moor. 1993. The Individualizing
Society. Tilburg: Tilburg University Press.
Halman, Loek and Neil Nevitte, eds. 1996. Political Value Change in
Western Democracies: Integration, Values, Identification, and Participation.
Tilburg: Tilburg University Press.
Huntington, Samuel P. 1974. "Post Industrial Politics: How Benign
Will It Be?" Comparative Politics 6: 147-77.
Inglehart, Ronald. 1977. The Silent Revolution: Changing Values and
Political Styles in Western Publics. Princeton, NJ: Princeton University
Press.
Inglehart, Ronald. 1990. Culture Shift In Advanced Industrial Society.
Princeton, NJ: Princeton University Press.
Kaase, Max and Kenneth Newton. 1995. Beliefs in Government. Oxford
and New York: Oxford University Press.
Lupia, Arthur and Mathew McCubbins. 1998. The Democratic Dilemma:
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Cambridge University Press.
Nadeau, Richard, Andre Blais, Elisabeth Gidengil and Neil Nevitte. 2001.
"General Political Information, Issue-specific Knowledge, and
Policy Preferences." Unpublished Research Manuscript. Canadian
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Nevitte, Neil. 1996. The Decline of Deference: Canadian Value Change
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Nevitte, Neil. 2000. "Value Change and Reorientations in Citizen-State
Relations" Canadian Public Policy 26: S73-94.
Nie, Norman H., Jane Junn and Kenneth Stehlke-Barry. 1996. Education
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of Chicago Press.
Norris, Pippa, ed. 1999. Critical Citizens: Global Support for Democratic
Governance. Oxford and New York: Oxford University Press.
Wolfinger, Raymond E. and Steven J. Rosenstone. 1980. Who Votes?
New Haven: Yale University Press.
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