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Groupe d'étude de
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Rapport 10 - Groupe d'étude de l'accès à l'information CONSTRUIRE UNE CULTURE D'ACCÈS À L'INFORMATION DANS LA FONCTION
PUBLIQUE FÉDÉRALE
Publié: février 2002
Gladys L. Symons
Table des Matières
Remerciements
Introduction
Culture Organisationnelle et comment la modifier
Une culture d'accès à
l'information dans la fonction publique
Options à prendre en considération
Conclusion
Annexes
Références bibliographiques
J'aimerais remercier tous les fonctionnaires qui ont participé
à la présente étude, qui m'ont consacré leur
temps et qui m'ont fait part de leurs commentaires francs au sujet de
l'accès à l'information dans leur milieu de travail. J'aimerais
aussi remercier Lise Pigeon et Alice Régnier pour leur excellent
travail d'animation et leurs comptes-rendus des groupes de discussion.
Je suis également reconnaissante à Valerie Lasher dont les
compétences sur le plan organisationnel, la patience et la bonne
humeur ont converti le travail en une expérience agréable.
Enfin, j'aimerais remercier Andrée Delagrave, présidente
du Groupe d'étude de l'accès à l'information (GEAI),
pour son enthousiasme, ses précieux conseils et son appui constant
à ce projet.
L'une des principales tâches du
Groupe d'étude consiste à trouver des moyens
d'instaurer une culture d'accès à l'information.
Mme Andrée Delagrave,
Présidente, GEAI (2001)
I. Introduction
1. Accès à l'information et milieu de travail de la fonction
publique : l'étude
Une particularité du mandat de la fonction publique est l'obligation
d'administrer la législation sur l'accès à l'information
qui confère aux Canadiens et aux Canadiennes le droit d'accéder
à l'information contenue dans les dossiers détenus par le
gouvernement du Canada. En août 2000, un Groupe d'étude a
été créé en vue de mener une vaste étude
des aspects législatifs et administratifs de l'Accès2
à l'information. Dans le cadre de son mandat, le Groupe d'étude
se penche sur certains aspects de la culture de la fonction publique qui
ont une incidence sur l'accès à l'information dont jouissent
les Canadiens et les Canadiennes et qui influencent aussi le milieu de
travail des fonctionnaires. Cet axe de recherche reflète la préoccupation
du gouvernement du Canada d'assurer aux Canadiens accès à
l'information gouvernementale tout en offrant aux fonctionnaires qui sont
à leur service un milieu de travail à la fois positif, stimulant,
productif, encourageant et respectueux.
La présente étude a été entreprise en vue
d'examiner les différents moyens permettant d'instaurer et de renforcer
une culture d'accès à l'information qui soit compatible
avec un milieu de travail positif et encourageant pour les fonctionnaires.
Cette étude vise à déterminer dans quelle mesure
l'accès à l'information affecte le travail quotidien des
employés et employées du gouvernement du Canada et se penche
sur les perceptions des fonctionnaires quant à leur rôle
et leurs responsabilités concernant la communication de l'information
en vertu de la Loi sur l'accès à l'information. Le rapport
examine différents moyens permettant de créer un milieu
de travail positif qui soit en même temps compatible avec un meilleur
accès à l'information pour les Canadiens. La question qui
nous préoccupe est celle de savoir comment instaurer et maintenir
une culture d'accès à l'information dans la fonction publique
tout en créant un milieu de travail positif et attrayant aussi
bien pour les employés d'expérience que les nouvelles recrues.
2. Les groupes de discussion comme source d'information
Au cours du mois de septembre 2001, trente-cinq participants (vingt hommes
et quinze femmes) comprenant des agents, gestionnaires et sous-ministres
adjoints (SMA)3 ont été répartis
en six groupes de témoins (deux par catégorie). Pendant
les deux heures qu'a duré chaque groupe de discussion, on a demandé
aux participants de partager leurs expériences dans le domaine
de l'Accès à l'information et on les a encouragés
à suggérer des moyens susceptibles de faciliter la promotion
de l'accès à l'information dans leur milieu de travail.
Nous nous sommes concentrés sur la façon dont les fonctionnaires
étaient affectés par la Loi sur l'accès à
l'information plutôt que sur des propositions spécifiques
visant à la modifier.
Il convient de remarquer que l'information générée
par les groupes de discussion est de nature qualitative. Les groupes de
discussion sont une méthode de collecte de données qui a
pour objectif de générer un certain nombre d'idées
au sujet des questions à l'étude et de développer
ces idées dans toute la mesure du possible, compte tenu du temps
disponible et de la taille de chaque groupe. Le présent rapport
fait état d'un large éventail de perspectives et de préoccupations
en rapport avec l'accès à l'information au sein de l'administration
canadienne.
3. Structure du rapport
Ce rapport est divisé en cinq parties. Après l'introduction,
nous passons en revue les aspects de la culture organisationnelle qui
sont essentiels à la création d'une culture d'accès
à l'information. Les composantes idéationnelles et matérielles
de la culture sont étudiées, de même que l'aspect
" routinier " fondamental de la culture. Nous examinons les
liens qui existent entre la culture organisationnelle et l'identité
des travailleurs et des travailleuses, et nous présentons le concept
de " travail invisible ". Ces différents éléments
sont examinés en fonction de leur importance sur le plan du changement
de la culture. Ce cadre théorique oriente l'interprétation
des données et génère des suggestions au sujet des
options à prendre en considération. La troisième
partie du rapport est une synthèse en même temps qu'une interprétation
de l'information obtenue auprès des groupes de discussion. La nature
d'une culture d'accès à l'information y est examinée,
de même que les rôles et responsabilités des fonctionnaires
et le fait d'assurer l'accès à l'information en tant que
« travail invisible ». La quatrième partie
du rapport propose des options que le gouvernement devrait considérer
en vue de construire et de maintenir une culture d'accès à
l'information dans l'administration canadienne. Nous concluons en insistant
sur l'importance de rendre routiniers les processus d'accès à
l'information, de percevoir ses objectifs comme allant de soi, et d'incorporer
ces deux aspects à l'identité organisationnelle des fonctionnaires.
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II. Culture Organisationnelle et comment la modifier
Les gestionnaires et les responsables de l'action gouvernementale s'intéressent
surtout à la culture organisationnelle pour parvenir à la
contrôler et la modifier. Après un quart de siècle
de débats et d'études (Symons, 1992), il faut conclure que
le changement d'une culture n'est pas aussi simple qu'on a souvent tendance
à le croire. Ce qui ne veut pas dire qu'il soit impossible d'apporter
des changements à une culture : pour y parvenir, cependant, il
faut envisager la notion de culture organisationnelle à sa racine.
Pour commencer, posons la question : « Quels sont les éléments
fondamentaux d'une culture organisationnelle, les composantes essentielles
qui la définissent? » Une définition courante
décrit la culture comme étant l'ensemble des pratiques et
principes partagés par un groupe. La culture implique des façons
particulières d'agir, de penser, de communiquer et de percevoir,
de même que des valeurs, principes, croyances et symboles fondamentaux
partagés par les membres d'un groupe au fil du temps. Cette définition
omet, cependant, certains éléments critiques de la culture
qui non seulement la définissent, mais qui sont essentiels pour
la modifier.
1. Culture idéationnelle et culture matérielle
Sans perdre de vue que la culture organisationnelle diffère sensiblement
de la notion sociologique de culture (Symons, 1988), nous partons des
similarités des deux notions aux fins de la présente analyse.
Tout comme la culture en général, la culture organisationnelle
peut être reconnue à la fois par ses éléments
idéationnels et ses éléments matériels. La
culture idéationnelle se réfère aux idées,
symboles, valeurs, normes, principes, croyances, façons de sentir,
penser et agir, de même qu'à un ensemble de connaissances
et à une façon de percevoir le monde, construits par un
groupe et devenus conventionnels au fil du temps. La culture matérielle
se compose de ses produits matériels de même que des outils
utilisés pour fabriquer les produits en question. La culture matérielle
dans l'administration publique comprend les bâtiments ainsi que
les outils mis à la disposition des fonctionnaires pour leur permettre
de s'acquitter de leurs tâches, tels que bureaux, pupitres, classeurs,
papier, crayons, systèmes d'information, téléphones,
télécopieurs, ordinateurs et autres.
2. La culture organisationnelle comme routine
La culture organisationnelle, tout comme la culture en général,
se bâtit socialement au fil du temps. Elle découle d'un processus
d'institutionnalisation selon lequel des réponses typiques à
des actions typiques se « sédimentent » pour
devenir une routine (Berger et Luckmann, 1967). La culture consiste en
des routines tenues pour acquises dans la vie de tous les jours. Cet aspect
de « ça va de soi » de la culture, sa qualité
« présumée », constitue à la
fois son fondement et sa force. La culture est tout ce que nous ne remettons
pas en question, c'est la façon dont se présentent les choses
et la façon dont elles devraient être. Ce n'est pas seulement
« la façon dont les choses sont faites ici »,
c'est la « vraie » façon, la façon
légitime de faire les choses, de sentir et de percevoir généralement
le monde. Il n'est nullement nécessaire de remettre en question
ces pratiques, car faisant partie d'une culture, elles sont acceptées
comme légitimes. La routine n'a besoin ni d'explication ni de justification.
3. Culture organisationnelle et construction d'identité
La culture façonne les identités, qui elles-mêmes
sont générées par la participation aux normes et
valeurs culturelles ainsi que par leur intériorisation. Parmi les
multiples identités sociales au sein de notre société
complexe, celle qui nous intéresse ici est construite dans le cadre
du travail. Les identités organisationnelles émergent par
suite de la participation aux cultures organisationnelles. Lorsque les
employés disposent des outils nécessaires pour accomplir
leurs fonctions, adoptent les habitudes de travail et les routines quotidiennes
du ministère, adhèrent aux croyances, valeurs et principes
de l'organisation, et qu'ils sont encouragés et soutenus par leurs
supérieurs, ils finissent par s'identifier au groupe de travail
et adoptent une identité en accord avec la culture organisationnelle.
Les identités organisationnelles sont construites et maintenues
grâce aux routines de travail quotidiennes, auxquelles tant les
employés que leurs supérieurs attachent de la valeur. La
notion d'appréciation du travail nous mène à la question
du travail invisible au sein de la bureaucratie.
4. « Vrai travail » ou « travail invisible »
Un élément important de cet aspect « évident »
que revêtent la vie professionnelle et l'identité organisationnelle
est la valeur que les employés et les employées ainsi que
leurs supérieurs attachent à leur travail. Cette valeur
se reflète dans la croyance commune voulant que dans leurs routines
quotidiennes les fonctionnaires se verront accorder le temps, les outils
et la formation nécessaires à l'accomplissement de leurs
tâches. Les tâches relevant du poste figurent dans la description
de travail, et le titulaire est évalué en fonction d'un
niveau de performance mutuellement accepté. En échange de
leur travail, les employés et les employées reçoivent
une rémunération équitable. Cette description du
travail rémunéré apparaît comme une réalité
évidente. Elle n'est ni remise en question, ni débattue.
Le travail qui est valorisé est visible, légitime et avalisé
par les supérieurs. Les employés sont fiers du travail bien
fait, et cette satisfaction les habilite, augmente leur estime de soi
et renforce leur identité organisationnelle. C'est une situation
où tous sortent gagnants, l'organisation comme les employés
et les employées.
Juxtaposer cette situation avec celle où le travail est exécuté
en l'absence de toute reconnaissance, satisfaction ou gratification. Dans
ce dernier cas, le travail n'est pas apprécié, il n'est
pas considéré comme du " vrai " travail. Il est
invisible. Le travail invisible exige du temps et de l'énergie,
aussi bien sur le plan émotionnel que physique. Il porte atteinte
à l'estime de soi des employés, réduit leur habilitation
et rend problématique leur identité organisationnelle. Les
employés perçoivent leurs efforts comme du travail dénué
de valeur. Le travail invisible accapare du temps qui serait autrement
consacré au " vrai " travail, réduisant ainsi
le temps précieux réservé aux responsabilités
légitimes, c'est-à-dire les tâches en fonction desquelles
les employés sont évalués et pour lesquelles ils
reçoivent (espérons-le) une rémunération équitable.
Le travail invisible crée de la pression et génère
du stress, du ressentiment, de la frustration, des sentiments d'injustice
et une fatigue généralisée. Les travailleurs se sentent
prisonniers et sans défense, car le travail invisible et en plus
les tâches régulières doivent être exécutés
dans le temps alloué à l'accomplissement des seules fonctions
légitimes. En somme, le travail invisible a une incidence négative
à la fois sur les employés et sur leur milieu de travail.
5. Modifier la culture organisationnelle
Pour construire et maintenir (ou modifier, améliorer ou changer)
une culture organisationnelle, il convient d'envisager quatre importants
facteurs. Il faut examiner les aspects idéationnels et matériels
de la culture organisationnelle pour s'assurer qu'ils sont bien ancrés
dans la routine. De plus, l'identité organisationnelle doit reposer
sur une base ferme d'habitudes de travail quotidiennes, qui sont appréciées,
légitimées et pleinement reconnues. Pour construire ou modifier
une culture organisationnelle, il faut par conséquent que les pratiques
et principes deviennent routiniers et qu'ils soient légitimés
en tant qu'activités qui vont de soi, des routines de travail indiscutables,
automatiquement intégrées à la réalité
quotidienne de la vie de l'organisation.
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- Dans le reste du texte, les expression « les
Canadiens » et « les employés »
et les « travailleurs » doit s'entendre comme
comprenant tant les personnes de sexe masculin que celles de sexe féminin.
- Dans le présent document, le terme « Accès »
avec une majuscule se réfère à l'information gouvernementale
obtenue en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.
Avec une minuscule, le terme « accès »
se réfère à l'information généralement
obtenue auprès du gouvernement.
- Les ministères et organismes (énumérés
en annexe) ont été contactés en vue d'obtenir leur
participation volontaire aux groupes de discussion. Les critères
de sélection prévoyaient l'appartenance à l'un
des trois niveaux (agents, gestionnaires ou SMA) et une certaine expérience
en matière d'Accès à l'information. Les spécialistes
de l'AIPRP (Accès à l'information et protection des renseignements
personnels) n'ont pas été inclus pour deux raisons: En
premier lieu, parce que l'étude portait sur l'expérience
de l'ensemble de la fonction publique et, en second lieu, parce que
les professionnels de l'AIPRP ont déjà eu plusieurs occasions
de rencontrer le Groupe d'étude de l'accès à l'information.
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