Rapport 23 - Groupe d'étude de l'accès à l'information
DROITS EXIGIBLES EN VERTU DE LA LOI SUR L'ACCÈS À L'INFORMATION
– QUESTIONS ET OPTIONS
6. Convient-il d'établir des barèmes
différents pour différentes catégories d'utilisateurs?
Le Livre vert du gouvernement mentionnait la possibilité d'imposer
des droits plus élevés aux entreprises, aux syndicats et
à d'autres organisations (excluant les médias), mais rejetait
cette option (en grande partie parce qu'une telle exigence serait facile
à contourner et difficile à administrer).
Les coordonnateurs de l'accès à l'information estiment
qu'il y a une augmentation du nombre de demandes présentées
par les professionnels de l'accès et le monde des affaires. D'après
les données disponibles auprès du SCT, 41 % des demandes
proviennent maintenant du secteur commercial. Selon l'étude des
coûts menée par CVC, les utilisateurs de ce groupe ont tendance
à présenter des demandes multiples. La part des coûts
des services d'accès à l'information qui leur est attribuable
est en outre plus élevée que leur part du total de demandes.
(26) Cet état de choses est peut-être révélateur
d'une plus grande complexité des demandes ou d'une plus grande
tendance à présenter des demandes très générales.
Certains coordonnateurs de l'accès à l'information suggèrent
que l'on établisse un barème spécial des droits pour
les utilisateurs qui revendent l'information obtenue en vertu de la Loi.
Les États-Unis appliquent différents barèmes. En
Colombie-Britannique, les règlements permettent la facturation
des coûts réels des services aux utilisateurs du secteur
commercial. En Ontario, l'augmentation des droits imposée en 1996
a entraîné une baisse des demandes provenant des particuliers
ou du grand public, mais n'a eu aucun effet sur le nombre de demandes
du secteur commercial. La justification de l'application d'un barème
différent au secteur commercial repose sur le fait que le motif
de la demande dans ces cas est la réalisation d'un bénéfice
privé plutôt que l'intérêt public et que les
contribuables ne devraient pas avoir à payer pour les utilisateurs
qui retirent du service un avantage essentiellement personnel. Toutefois,
le Commissaire à l'information fédéral soutient que
l'on savait dès le départ que les entrepreneurs se serviraient
de la Loi pour obtenir des renseignements à des fins commerciales.
Dans une allocution prononcée devant le Comité consultatif
des sous-ministres adjoints sur l'étude de l'accès à
l'information, il a affirmé que « il est de bonne guerre,
économiquement parlant, que les entrepreneurs "exploitent" les
réserves gouvernementales de renseignements commercialisables :
premièrement, les nouvelles entreprises d'information paient des
impôts, et le système fiscal permet de recueillir des recettes
plus efficacement que ne le ferait la plus onéreuse des grilles
tarifaires pour l'accès à l'information. »
(27)
La Section du droit à l'information et à la protection
des renseignements personnels du ministère de la Justice a indiqué
que l'adoption de barèmes différents pour différentes
catégories d'utilisateurs constituerait une entorse importante
à l'objet fondamental de la Loi.
L'Australian Law Reform Commission, dans le cadre de l'examen de la loi
australienne sur l'accès à l'information, a déclaré
qu'il serait trop compliqué d'administrer un système de
droits prévoyant des droits plus élevés pour certains
utilisateurs et, finalement dans bien des cas, de devoir déterminer
les motifs de l'auteur de la demande.
Résumé : Certaines administrations ont établi
un barème de droits différents à l'intention des
utilisateurs du secteur commercial. Il semble toutefois que ce genre de
système soit difficile à administrer, facile à contourner
et s'écarte de l'intention initiale de la Loi (les motifs pour
lesquels la demande est présentée ne devraient pas influer
sur la décision d'approuver ou de refuser la communication des
renseignements).
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7. Quelles sont les lacunes de la législation?
Quelles améliorations pourraient être apportées pour
favoriser la présentation de demandes plus précises et faciliter
l'application de la Loi?
Demandes frivoles ou vexatoires
Une simplification de l'administration des droits exigés en vertu
de la Loi s'impose. Les recherches menées démontrent
que les barèmes de droits ont pour objet de diminuer les frais
généraux liés au traitement des demandes et de réduire
les cas d'abus du droit d'accès à l'information. La loi
américaine modifiée récemment, la nouvelle loi concernant
l'accès adoptée au R.-U. et la loi australienne contiennent
des dispositions visant à limiter les usages abusifs du système
d'accès à l'information. Ces lois exemptent les organismes
publics de leur obligation de répondre lorsqu'il s'agit de demandes
frivoles, répétitives ou vexatoires et permettent le regroupement
des coûts de plusieurs demandes présentées par la
même personne. La Loi sur l'accès à l'information
du Canada ne renferme pas de telles dispositions.
Il est possible que l'obligation de traiter des demandes répétitives
ou frivoles et la frustration qu'elle cause ait engendré une certaine
animosité et une attitude peu coopérative de la part des
ministères fédéraux. N'ayant aucun moyen concret
de mettre ces demandes de côté, certains ministères
peuvent finir par se servir du système d'évaluation préliminaire
des droits de façon abusive et se montrer peu réceptifs.
La loi de l'Ontario a été modifiée en 1996 pour
y incorporer des dispositions touchant les demandes frivoles ou vexatoires.
Les lois de la C.-B. et de l'Alberta prévoient elles aussi des
limites à ce sujet. L'ordonnance M-1071 rendue en Ontario reproduit
les normes établies en ce qui concerne les demandes frivoles ou
vexatoires. Selon le Commissaire de l'Ontario, la demande doit [TRADUCTION]
« refléter une conduite qui aboutit à un abus du droit
d'accès ou entrave les activités de l'institution, ou a
été faite de mauvaise foi ou à des fins autres que
l'obtention de l'accès ». (28)
L'ordonnance de l'Ontario M-1071 appuie dans une certaine mesure l'utilisation
des droits comme mesure de dissuasive dans les cas de demandes frivoles
ou vexatoires, surtout celles qui peuvent entraver les activités
de l'institution. Le Commissaire a déclaré que les dispositions
relatives aux droits appuient le principe de « l'utilisateur-payeur »,
et pourraient être employées pour réduire considérablement
toute possibilité d'entrave aux activités. L'ordonnace établit
clairement qu'une décision d'accès et une évaluation
des droits préliminaires peuvent être utilisées pour
encourager les demandeurs à mieux cibler des demandes volumineuses
ou qui sont peu susceptibles de donner lieu à la divulgation de
renseignements significatifs.
Résumé : L'adoption de dispositions visant à
limiter les usages abusifs du système d'accès à l'information,
sous une surveillance appropriée exercée par le Commissaire
à l'information, permettrait d'harmoniser le système fédéral
avec celui d'autres juridictions. De telles dispositions pourraient contribuer
à atténuer le sentiment de frustration des ministères.
Les auteurs des demandes seraient assurés d'être traités
de façon équitable grâce à l'exercice du contrôle
par le Commissaire à l'information.
Absence de dispositions concernant les frais liés
aux nouveaux supports de documents
Le règlement prévoit des coûts précis pour
les supports classiques de conservation et de diffusion des documents.
La loi fédérale ne prévoit pas de frais de recouvrement
des articles qui n'y sont pas précisés. Le règlement
devrait inclure aussi les nouveaux supports d'information comme les CD-ROM,
les bandes vidéo et les disques compacts. Dans d'autres lois, on
règle le problème en précisant que si d'autres méthodes
de reproduction ou de copie sont utilisées, les organismes devraient
facturer le coût réel de la reproduction. Cette approche
est pratique et ne nécessite pas de mise à jour périodique.
Cependant, si le modèle de l'Australian Law Reform Commission était
adopté, le barème des droits devrait peut-être être
établi indépendamment du support d'information.
Le barème des droits ne conviennent plus
Le barème de droits en vigueur ne semble plus être approprié
comparativement avec ce qui est prévu dans d'autres lois. Par exemple,
les droits de 10 $ l'heure exigés pour trouver les documents
sont, selon les coordonnateurs de l'AIPRP, inférieurs aux frais
exigés en général sur le marché. Si ces frais
étaient basés sur un salaire de 40 000 $, le tarif
imposé serait de 30 $ l'heure. Le tarif en vigueur pour les
services de programmation informatique, soit 20 $ l'heure, semble
dépassé. L'Ontario facture 60 $ l'heure et les États-Unis,
un montant permettant de recouvrer le salaire réel du personnel
ou de l'entrepreneur. (29) Les frais de
reproduction de 0,20 $ la page ne correspondent plus aux coûts
réels de ce service, qui s'élèvent au total à
près d'un million de dollars. Selon des études menées
récemment par les Archives nationales, les coûts réels
de la reproduction des documents seraient plus près de 0,26 $
la page. Un barème de droits global (voir l'analyse du modèle
proposé par l'Australian Law Reform Commission présentée
plus tôt) réglerait cette question. Au moment d'établir
le barème des droits (qui pourrait être revu et modifié
périodiquement), le calcul des « coûts de base »
moyens tiendrait compte des frais de reproduction des documents et une
échelle progressive serait prévue en fonction du volume.
Résumé : Le barème des droits devrait être
comparé aux données recueillies dans le cadre d'études
récentes menées par d'autres juridictions au sujet des coûts
de reproduction des documents.
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CONCLUSION
La plupart des Commissaires à l'information et des responsables
de l'action gouvernementale affirment que la mise en application de la
loi exige la perception de droits appropriés et que les organismes
publics ont le droit de recouvrer une partie des coûts réels
qu'ils doivent engager. Toute augmentation du barème des droits
ou limitation de l'accès doit toutefois tenir compte de l'opinion
publique concernant l'accessibilité des renseignements gouvernementaux.
C'est là un aspect important de toute décision à
ce sujet.
Le barème de droits semble avoir pour objet d'assurer le bon fonctionnement
et la viabilité du système d'accès à l'information,
en conciliant le mieux possible l'accessibilité et l'encouragement
de demandes d'accès précises. Il est en outre crucial que
le barème de droits soit considéré raisonnable par
le public et que l'application des droits soit la plus simple possible,
autrement le système ne s'en trouvera qu'alourdi par la complexité
des évaluations préliminaires engendrant retards et plaintes.
En ce qui concerne la question de la dispense des droits, les critères
actuels sont trop généraux, ce qui se traduit par des plaintes
de la part des utilisateurs, qui soutiennent que cette dispense n'est
pas appliquée de manière constante. Les ministères
et organismes ont toutefois besoin de disposer d'une certaine latitude
pour pouvoir tenir compte des circonstances particulières des diverses
demandes. Les difficultés financières et l'intérêt
public pour l'information demandée devraient être au nombre
des points visés par les nouveaux critères.
Un barème de droits plus pertinent et des critères d'admissibilité
à la dispense des droits plus précis aideraient les coordonnateurs
de l'accès à l'information à assurer une application
plus équilibrée des droits liées aux demandes.
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Références
Armstrong, Wendy, (le 28 mai 2001), entrevue avec l'Association
des consommateurs du Canada (bureaux national et de l'Alberta).
Commissaire à l'information, allocution prononcée devant
les sous-ministres adjoints (2001). Disponible sur Internet à l'adresse
suivante : http://www.atirtf-geai.gc.ca/
B.C. Information and Privacy Commissioner, (1995). Inquiry re: The
City of Vancouver's denial of the New Democrat Government Caucus's Request
for a fee waiver, ordonnance no 55-1995.
B.C. Legislative Debates (1992), Procureur général
de la C.-B., Colin Gabelmann, dans le cadre d'un débat législatif
concernant les droits, 1re session, 35e Parlement,
Hansard, vol. 24, Victoria, Imprimeur de la Reine.
Gouvernement du Canada (1977). La législation sur l'accès
aux documents du gouvernement, Approvisionnements et Services Canada,
Ottawa (Ontario), Imprimeur de la Reine.
Norman, Chris, (le 30 mai 2001), entrevue avec le directeur
de la Corporate Privacy and Information Access Branch du gouvernement
de la C.-B.
Roberts, Alasdair (1998). Limited Access, Assessing the Health of
Canada's Freedom of Information Laws, projet de recherche sur l'accès
à l'information, School of Policy Studies, Queen's University.
Disponible sur Internet à l'adresse suivante : http://www.atirf-geai.gc.ca
Notes d'allocution prononcée par l'honorable Anne McLellan
à l'Association du Barreau canadien, 2000. Disponible sur Internet
à l'adresse suivante : http://www.atirf-geai.gc.ca
Thackeray, Tom (mai 2001), entrevue avec le directeur exécutif
de l'Information Management Privacy Branch du gouvernement de l'Alberta.
Conseil du Trésor du Canada (1995). Examen des frais d'administration
reliés aux lois sur l'accès à l'information et la
protection des renseignements personnels. Disponible sur Internet
à l'adresse suivante :
http://www.tbs-sct.gc.ca/pubs_pol/dcgpubs/manbetseries/VOL7_f.html.
Conseil du Trésor du Canada. Analyse des coûts découlant
de la mise en application des lois sur l'accès à l'information
et sur la protection des renseignements personnels (AIPRP), 2000,
Ottawa (Ontario), Imprimeur de la Reine.
Ordonnances des commissaires provinciaux à l'information
et à la protection de la vie privée :
Ordonnance du commissaire de l'Alberta : 2000-011
Ordonnances du commissaire de la C.-B. : 00-19, 259-1998, 55-1995,
279-1998, 293-1999
Ordonnances du commissaire de l'Ontario : M-103, M-1018, P-1316,
P-1296, M-1071, M-1087, P-1387, PO-1682
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Notes de bas de page:
26. En 1998, environ 35 % des demandes
provenaient du secteur commercial, alors qu'approximativement 43 %
des coûts du système d'accès à l'information
étaient attribués au traitement de ces demandes. - Conseils
et Vérification Canada, rapport publié en 2000, chapitre 2.
27. Allocution du Commissaire à l'information
devant le Comité consultatif des sous-ministres adjoints du Groupe
d'étude de l'accès à l'information, le 23 février 2001.
Internet : http://www.atirf-geai.gc.ca
28. Commissaire à l'information et
à la protection de la vie privée de l'Ontario, ordonnance
M-1071.
29. Conseils et Vérification Canada,
rapport publié en 2000.
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