Rapport 7 - Groupe d'étude de l'accès à l'information
L'INFORMATION : GESTION ET ACCÈS
REGARDS SUR L'AVENIR
10. L'environnement de la gestion de l'information
Les sections précédentes du présent rapport ont
mis en relief les tendances et les enjeux qui ont une incidence sur l'orientation
prise par le gouvernement fédéral en vue de créer
une infrastructure durable permettant d'assurer l'accès à
l'information du gouvernement à l'heure actuelle et à l'avenir.
La section suivante se divise en deux parties. La première partie
décrit les facteurs dont le gouvernement doit tenir compte avant
de prendre des décisions au sujet du type d'infrastructure à
mettre en place pour se conformer aux principes de la " transparence"
et de " l'information partout et à tout moment ". La
deuxième partie est une explication des composantes de l'infrastructure
qui sont déjà mises en place afin d'accélérer
les progrès du gouvernement vers une infrastructure globale, pertinente
et efficace de gestion de l'information.
10.1 Facteurs externes
10.1.1 Facteurs sociaux
En 1999, John Seely Brown, qui était alors Chercheur principal
auprès de la société Xerox et Directeur du Centre
de recherche à Palo Alto, avait présenté une communication
à la Conférence sur l'enseignement supérieur de l'American
Association for Higher Education Conference on Higher Education.13
Dans ce rapport, il abordait la question du Web et son incidence sur les
organisations et le personnel employé par ces dernières.
En comparant l'avènement de l'électricité à
celui du Web, il faisait remarquer qu'il avait fallu près de 30
ans pour créer l'infrastructure (sociétés de services
publics, centrales et câblages électriques) et transformer
le comportement social avant d'introduire l'électricité
dans les quartiers d'habitation. Il considère que nous sommes à
présent aux stades préliminaires de ce genre de transformation
pour ce qui est de l'implantation du Web.
Le Web offre de nouvelles possibilités sur le plan de la création,
transmission et gestion de l'information, alors que les infrastructures
de soutien se trouvent au stade de la "transition ". Le gouvernement
devra reconnaître qu'en même temps que les changements s'accélèrent
quant à la façon dont la société accède
et utilise l'information du gouvernement, ces changements peuvent se révéler
lents à pénétrer et à modifier la culture
et le comportement sous-jacents qui influencent le mode et l'ampleur de
l'accès à l'information par le citoyen.
Des mesures doivent être prises pour s'assurer que les stratégies
de gestion de l'information du gouvernement sont créées
et mises en uvre à un rythme qui s'harmonise avec la nature
de cette transformation sociale et que les initiatives de gestion du changement
organisationnel tiennent compte de ces constatations.
10.1.2 La mondialisation
L'harmonisation apportée par la Loi sur la protection des renseignements
personnels et les documents électronique 14 a créé
un précédent en éliminant les frontières traditionnelles
entre le secteur public et le secteur privé, ainsi qu'entre les
administrations publiques fédérale et provinciales. De plus,
elle n'était pas motivée par les exigences du Canada mais
par la mondialisation du commerce et des affaires.
Les initiatives sur le plan de la mondialisation couvrent une large gamme
de domaines qui influencent la création d'une infrastructure de
gestion de l'information. L'organisation internationale de normalisation
(ISO) publiera en septembre une norme pour la gestion des documents, qui
sera adoptée par le Canada et qui constituera la base des politiques
et pratiques de la collectivité de gestion des documents. Elle
figure dans la norme I Information électronique à titre
de preuve de l'Office des normes générales du Canada,
et elle a été adoptée par un certain nombre d'institutions
comme point de départ pour la création de programmes de
gestion de l'information.
Cette norme, créée à l'origine pour être utilisée
à titre de norme complémentaire avec les séries de
documents ISO 9000 et 14000, comporte un cadre qui
- définit les exigences en matière de gestion des documents;
- fournit des renseignements détaillés sur la conception
et la mise en uvre d'un système de classement documentaire;
- décrit les processus et contrôles de la gestion des documents;
- traite de l'accès et de la récupération;
- examine la surveillance et la vérification;
- aborde la formation.
On s'attend à ce que la norme soit utilisée comme document
de référence pour la gestion de l'information dans les institutions
du gouvernement et comme document d'appui à l'amélioration
de l'accès à l'information.
Il est permis de penser que dans les 10 prochaines années, à
mesure que les infrastructures de gestion de l'information deviendront
compatibles avec l'environnement local et global et qu'elles seront implantées
dans de multiples administrations publiques pour refléter l'homogénéité
sur le plan de la conception et du niveau d'intégrité, les
mêmes phénomènes se produiront dans l'environnement
de l'accès.
10.1.3 Facteurs intergouvernementaux
À l'heure actuelle, l'information est gérée dans
les silos du gouvernement, à travers les niveaux fonctionnels,
au sein des ministères et aux niveaux provincial et municipal.
À mesure que la responsabilité concernant les services gouvernementaux
sera partagée entre différents paliers de gouvernement,
le public ne saura plus à quel palier de gouvernement est détenue
l'information qu'il recherche. Les citoyens voudront accéder à
l'information à partir d'une seule source, quel que soit le palier
de gouvernement qui leur fournit le service. Ces exigences auront une
forte incidence sur la conception et l'administration de l'infrastructure
de gestion de l'information et feront appel à une participation
intergouvernementale pour la création et la mise en uvre
de cette dernière.
L'un des principaux aspects de l'accès à l'information
est la façon dont le public recherche l'information. Le public
n'étant pas familiarisé avec l'infrastructure du gouvernement,
il aura tendance à faire ses recherches de façon thématique,
en accédant à l'information par sujet, quel que soit l'endroit
où elle se trouve dans l'infrastructure du gouvernement (ou dans
les multiples infrastructures gouvernementales). Par conséquent,
il faudra aménager des points d'accès par thème/par
sujet, en plus de permettre la recherche par ministère.
À l'heure actuelle, toute personne désirant se renseigner
au sujet de la Loi sur l'accès à l'information et
sur toute ressource connexe doit connaître l'institution gouvernementale
responsable de cette fonction et trouver le site approprié dans
le site Web du ministère. Un site d'" accès à
l'information " dans le site Web O Canada serait de loin préférable,
car il offrirait un accès plus facile aux ressources telles que
la Loi, la foire aux questions, la façon de rechercher l'information,
etc., sans que l'on ait à naviguer à travers l'entité
organisationnelle.
Le public faisant ses recherches par sujet, il faudra normaliser la terminologie
et se pencher sur les questions spécifiques de langage. Il se
peut qu'il faille créer des outils tels que systèmes de
classification et répertoires, thésaurus et vocabulaires
contrôlés, afin de faciliter la recherche et la récupération
des ressources d'information du gouvernement.
Mais qu'arrive-t-il si tous les mécanismes sont en place et si
les utilisateurs ne peuvent se servir des outils parce qu'ils ne savent
pas lire? Peut-on envisager une telle éventualité?
10.1.4 L'alphabétisation
Dans le discours du Trône, en janvier 2001, la Gouverneure générale
annonçait le lancement d'une initiative ayant trait à l'apprentissage
et aux compétences (" Learning and Skills Initiative ")
qui précisait entre autres :
" À l'heure actuelle au Canada, bon nombre
d'adultes n'ont pas toutes les capacités de lecture et d'écriture
avancées qu'exige la nouvelle économie. Le gouvernement
du Canada invitera donc les provinces et les territoires, ainsi que le
secteur privé et les organisations bénévoles, à
lancer une initiative nationale destinée à augmenter de
façon importante la proportion des adultes possédant ces
compétences avancées. "
L'alphabétisation peut présenter un défi de taille
et devenir un facteur déterminant lors de l'adoption d'initiatives
reliées à la gestion de l'information et à l'accès,
surtout à la lumière des études démontrant
que les Canadiens analphabètes ont de la difficulté à
naviguer dans les sites Web. Le téléphone demeure leur canal
d'accès privilégié. Mais cela ne constitue qu'un
seul aspect du défi en question.
Qu'est-ce que l'alphabétisation? Le rapport final de l'Enquête
internationale sur l'alphabétisation des adultes (EIAA) 15
de 1994, publié en juin 2000 par Statistique Canada et l'Organisation
de coopération et de développement économiques (OCDE),
définissait l'alphabétisation comme suit :
" La capacité des adultes d'utiliser des renseignements
écrits pour fonctionner en société, pour atteindre
des objectifs ainsi que pour améliorer leurs connaissances et leur
potentiel. "
Le Canada figurait parmi les 20 pays ayant participé à
cette enquête qui a mesuré la lecture courante, la capacité
de lecture de textes schématiques et la capacité de lecture
de textes au contenu quantitatif18 . L'enquête a permis
de constater que 22 p. 100 des Canadiens éprouvent de la difficulté
à lire, que 26 p. 100 ont des compétences limitées,
qu'ils peuvent lire avec difficulté et qu'ils ne peuvent aborder
qu'un matériel simple et clairement présenté.
Le gouvernement doit tenir compte de ces statistiques lors de l'établissement
de ses objectifs en rapport avec la création d'une infrastructure
de gestion de l'information destinée à améliorer
l'accès à l'information, notamment par l'utilisation de
canaux d'accès en direct.
10.1.5 Canaux d'accès à l'information du gouvernement
En offrant l'accès aux ressources d'information du gouvernement
à l'avenir, il faudra aborder des questions telles que l'alphabétisation,
l'accès par l'Internet et les besoins spécifiques des personnes
handicapées, dans le cadre de la création de l'infrastructure
de gestion de l'information. Quant aux moyens de diffusion de l'information,
il faudra tenir compte non seulement des coûts mais aussi des besoins
divers des Canadiens qui ont tous le droit d'accéder aux ressources
d'information du gouvernement. Étant donné l'évolution
constante de la technologie, il est impossible d'envisager une solution
en particulier. Les mécanismes d'accès peuvent comprendre
la voix, les demandes en personne, les kiosques interactifs dans les bureaux
d'accès régionaux, les demandes en direct, etc. Quoi qu'il
en soit, on peut d'ores et déjà affirmer qu'en raison de
la diversité qui caractérise le Canada, aucun point d'accès
ne pourra satisfaire tous les besoins et que le gouvernement devra
investir dans les canaux multiservices toujours souhaités par les
Canadiens. Par conséquent, il devra aussi investir dans une infrastructure
de gestion de l'information pouvant assurer les diverses formes d'information
que l'on s'attend à voir générer par l'utilisation
de ces canaux multiservices.
10.2 Infrastructure : les composantes
Les facteurs décrits plus hauts sont importants pour un gouvernement
soucieux de créer une culture d'ouverture et de transparence, fondée
sur le principe que l'information du gouvernement doit être accessible.
Cependant, pour se conformer à ces grands principes sociaux, le
gouvernement devra se doter d'une infrastructure qui assure l'accès
à une information authentique, fiable, pertinente et complète.
De nombreuses composantes sont déjà en place et devraient
être exploitées en vue d'accélérer le rythme
de la mise en uvre d'une solide infrastructure de gestion de l'information.
Les consultants ont passé en revue les initiatives en cours ou
envisagées, qui ne manqueront pas d'avoir une incidence sur la
capacité du gouvernement de progresser vers une solide infrastructure
de gestion de l'information, comme le fait ressortir le rapport McDonald.
10.2.1 Principes de la GI
De nos jours, même si tous les fonctionnaires sont des gestionnaires
de l'information, ils ne sont pas imputables quant à la gestion
des ressources d'information qui leur sont confiées; ils ne possèdent
pas les compétences pertinentes en matière de gestion de
l'information et ils ne bénéficient pas de programmes de
formation appropriés.
L'objectif à l'avenir devrait consister à former tous
les fonctionnaires afin de leur procurer toutes les compétences
et connaissances qui leur permettront d'organiser et de gérer l'information,
conformément à un ensemble de normes et de lignes directrices
en matière de gestion de l'information.
Les normes et lignes directrices les aideront dans leur travail, leur
procureront les compétences nécessaires à la gestion
de l'information du gouvernement et assureront que l'accès à
l'information demeure une partie intégrante du processus.
Cependant, l'amélioration de l'accès à l'information
ne peut être assurée que si l'environnement de gestion de
l'information, où l'information est créée, gérée
et récupérée, est lui aussi bien organisé,
structuré et assujetti à l'application de principes en vertu
desquels le gouvernement :
- rend son information entièrement accessible pour les fins du
gouvernement, des entreprises et de la collectivité;
- soutient l'amélioration continue des services et assure un
accès aux ressources d'information en temps opportun et de façon
économique;
- partage facilement l'information au sein des institutions et à
travers ces dernières;
- améliore le flux de l'information en vue d'encourager la collaboration
à travers les institutions gouvernementales et avec les autres
paliers de gouvernement;
- protège la vie privée;
- crée une information qui est authentique, fiable, exacte et
complète;
- permet l'accès à cette information;
- veille à ce que la formation relative à la gestion de
l'information et à l'" l'accès à l'information
" soit intégrée à une infrastructure culturelle
plus solide, qui reconnaisse la nécessité de la gestion
de l'information et qui facilite l'accès à l'information
du gouvernement, conformément aux lois et règlements en
vigueur.
10.2.2 Infrastructure de la GI
Comme le précise le rapport du Conseil du Trésor, intitulé
Gestion de l'information au sein du gouvernement du Canada : Analyse
de la situation :
"L'infrastructure de la GI n'est pas un élément
indépendant. L'infrastructure de gestion du gouvernement
est primordiale et établit le contexte pour d'autres infrastructures
de soutien. L'infrastructure de la GI soutient les exigences de
l'infrastructure de la gestion en matière d'information - elle
alimente et documente les fonctions de gestion et les activités
de soutien. L'infrastructure de la technologie de l'information
sert principalement à soutenir l'infrastructure de l'information.
Ces trois infrastructures doivent leur création, leur existence
et leur raison d'être à l'infrastructure des ressources
humaines du gouvernement. "
Au cours des dernières années, transition des documents
sur papier aux documents électroniques, les communications par
courrier électronique, l'utilisation accrue de l'Internet et les
réductions des ressources affectées à la gestion
des documents ont créé une situation où l'information
est mal gérée à travers de nombreux secteurs du gouvernement.
Les répercussions dues à la réduction de l'expertise
dans le domaine de la gestion des documents et l'absence de règles
opérationnelles sur le plan de la GI sont exacerbées par
un manque de contrôle centralisé des ressources d'information
et l'incapacité conséquente de la part des institutions
gouvernementales de fournir de l'information exacte et en temps opportun.
De nos jours, l'information est créée, diffusée
et éliminée sans trop se soucier des normes et lignes directrices.
De plus, lorsque différents paliers de gouvernement s'occupent
d'assurer différents aspects d'un service au public, les documents
peuvent se trouver en divers endroits et stockés sur une grande
variété de médias.
Cette situation risque de s'aggraver si des initiatives telles que le
gouvernement en ligne ne considèrent pas la gestion efficace du
contenu de l'information électronique comme faisant partie de la
conception et mise en uvre globales de l'environnement en direct.
Les institutions gouvernementales ne disposeront pas de copies papier
comme solution de rechange. À mesure que l'information électronique
s'accroît, le besoin de gérer les versions électroniques
deviendra plus critique. De plus, les objectifs de l'accès à
l'information ne seront pas atteints en l'absence d'un plan de gestion
de l'information durant son cycle de vie, indépendamment du média
sur lequel elle est offerte.
Le rapport de John McDonald, intitulé Gestion de l'information
au sein du gouvernement du Canada - Analyse de la situation, à
l'intention du dirigeant principal de l'information, au Secrétariat
du Conseil du Trésor, et de l'Archiviste national du Canada renfermait
21 recommandations divisées en trois catégories : le gouvernement
en direct, les documents du gouvernement et la création d'une infrastructure
durable. Depuis l'adoption du rapport en juin 2000, un certain nombre
d'initiatives ont été lancées pour donner suite à
ces recommandations, parmi lesquelles on remarque la création éventuelle
d'une infrastructure de gestion de l'information pour les institutions
gouvernementales. Le cadre de travail incorpore diverses stratégies
destinées à aborder les questions reliées aux politiques,
aux normes et pratiques, aux systèmes et au personnel. Une fois
mis en uvre, ce cadre de travail fera migrer les institutions gouvernementales
vers l'établissement d'une solide culture qui reconnaisse l'importance
de l'information en tant que bien organisationnel.
En outre, le cadre de travail reconnaîtra le lien étroit
qui existe entre l'infrastructure de l'information et l'accès à
l'information du gouvernement.
10.2.3 Les politiques
Une étude entreprise en 1998 révèle que la Politique
de gestion des renseignements détenus par le gouvernement (GRDG)
est en vigueur depuis quelques années, mais qu'elle n'est toujours
pas appliquée. La gestion de l'information a généralement
reçu une priorité faible dans un environnement caractérisé
par la rareté des ressources humaines et financières. Aucun
incitatif n'encourageait non plus les cadres supérieurs à
mettre en uvre la politique dans ce genre d'environnement. En l'an
2000, une initiative concernant l'examen de la politique a été
lancée, et une nouvelle politique concernant la gestion de l'information
du gouvernement devrait être promulguée avant la fin de l'année.
La nouvelle politique concernant la Gestion de l'information gouvernementale
(GIG) a pour objet " d'assurer que l'information détenue par
le gouvernement du Canada est gérée de façon efficace
durant son cycle de vie ". Elle fait état de dispositions
s'appliquant à un large éventail de sujets, allant de l'imputabilité
quant à la gestion de l'information, en passant par le rôle
des organismes centraux et principaux, jusqu'aux exigences sur le plan
de la gestion de l'information, de sa création à son élimination
définitive. L'une des principales dispositions de la proposition
faisait état de la nécessité de faciliter l'accès
à l'information de manière à favoriser la confiance
des citoyens et à optimiser la réutilisation et le partage
de l'information, dans le respect des obligations conférées
par les lois et les politiques.
La publication et la promotion de cette nouvelle politique, parallèlement
à la création et à la mise en uvre du nouveau
cadre de travail de la GI dirigé par le SCT, sont appelées
à jouer un rôle de catalyseur pour accroître la sensibilisation
et mieux faire comprendre l'importance de la gestion de l'information
parmi les fonctionnaires, notamment aux échelons supérieurs.
Le Secrétariat du Conseil du Trésor, de concert avec
les organismes principaux tels que les Archives nationales (AN) et la
Bibliothèque nationale (BN), devrait tirer parti de l'avènement
de cette nouvelle politique pour encourager un changement culturel susceptible
de mieux faire comprendre le rôle de l'information, non seulement
sur le plan de l'exécution des programmes et de la prestation des
services du gouvernement mais aussi sur celui de la facilité d'accès
à l'information du gouvernement.
L'infrastructure de gestion de l'information constitue toujours l'une
des grandes préoccupations du Commissaire à l'information.
Au chapitre 2 du rapport annuel du Commissaire à l'information
pour 200116, une série de mesures étaient proposées
afin de " raviver la gestion de l'information " au sein du gouvernement
du Canada par suite des recommandations contenues dans le rapport McDonald.
Le rapport du Commissaire à l'information renferme plusieurs recommandations
au sujet des mesures à adopter en vue d'améliorer le processus
de gestion de l'information. Il décrit aussi plusieurs éléments
clés d'une politique de GI, ainsi que les principes qu'elle devrait
sous-tendre :
" Un cadre ou une politique en matière de
gestion de l'information peut tenir en un seul document présentant
les éléments essentiels, ou alors constituer un ensemble
interdépendant de principes, d'objectifs, de politiques, de normes
et de lignes directrices. Peu importe la forme qu'il prend, il doit clairement
indiquer aux responsables et aux employés des institutions gouvernementales
l'importance d'une saine gestion de l'information ainsi que les mesures
à prendre pour assurer sa mise en application.
Il doit communiquer une vision de l'administration publique
qui est centrée sur la gestion responsable de même que l'utilisation
judicieuse de l'information et des connaissances et qui appuie les objectifs
de gestion et de reddition de comptes. Il devrait se fonder sur les principes
de base en matière d'information, comme les suivants :
- Disponibilité : les renseignements et les données doivent
être créés, obtenus et conservés de manière
à bien documenter les activités et les décisions
importantes;
- Accessibilité : l'information doit être accessible et
transmise aux personnes qui ont besoin et qui ont le droit de la consulter;
- Intendance : les ministères doivent être tenus responsables
de voir à l'exactitude, la véracité, la pertinence
et la fiabilité de leurs sources d'information;
- Création et conservation : l'information du gouvernement ne
doit être créée, obtenue et conservée que
pour répondre à des besoins valables liés aux activités,
aux affaires juridiques, aux politiques, à la reddition de comptes
et aux archives;
- Confidentialité et sécurité : la sécurité
de l'information doit être garantie pour assurer la protection
des renseignements personnels, la confidentialité et l'intégrité
des renseignements, conformément aux exigences administratives,
juridiques et stratégiques en la matière;
- Gestion du cycle de vie : l'information de tout média et format
doit être gérée en tant que ressource stratégique
tout le long de son cycle de vie (du moment où elle est créée
ou recueillie jusqu'à ce qu'elle soit utilisée, puis éliminée
ou archivée). "
L'examen de la politique et le processus de développement, le
développement du cadre de la GI et les recommandations contenues
dans le rapport annuel du Commissaire à l'information offrent la
possibilité d'établir un ensemble clair de priorités
et de focaliser la gestion de l'information au sein des institutions gouvernementales.
De plus, et à mesure que ces politiques et cadres de travail
sont développés, d'autres possibilités s'offrent
à nous d'accroître la sensibilisation non seulement sur le
plan des politiques mais aussi sur celui des rôles et responsabilités
des fonctionnaires quant à leur mise en uvre en vue d'améliorer
les pratiques de gestion de l'information à travers le gouvernement.
10.2.4 Normes et pratiques
Les normes et pratiques sont essentielles pour assurer le succès
de la mise en uvre au niveau de l'homogénéité
des documents et des programmes de gestion de l'information. Les normes
et pratiques relatives à la gestion de l'information sont en cours
d'élaboration à la fois au sein du gouvernement, par le
biais du Forum sur la gestion de l'information à l'échelle
du gouvernement, et par des groupes du secteur privé qui ont un
intérêt bien défini vis-à-vis des programmes
de GI.
Les organismes principaux tels que les Archives nationales du Canada
et la Bibliothèque nationale du Canada, sous l'impulsion
du Secrétariat du Conseil du Trésor, doivent jouer un rôle
de premier plan dans l'établissement de normes et de pratiques
en vue de la gestion de l'information au sein des institutions gouvernementales.
Bien que nombre de ces normes et pratiques aient été promulguées
en collaboration avec le Forum sur la gestion de l'information à
l'échelle du gouvernement, il en existe bien d'autres qui se trouvent
au stade de la conception ou qui doivent encore être identifiées
à des fins de développement.
Malheureusement, le programme de développement de normes destinées
à l'infrastructure de gestion de l'information et requises pour
une exécution efficace des programmes (sans compter un meilleur
accès à l'information), dans un environnement électronique
en direct, reste encore à créer. De plus, les normes et
pratiques GI doivent encore être reconnues comme préoccupation
sérieuse parmi les cadres supérieurs responsables du gouvernement
en ligne et de la gestion globale de l'infrastructure GI/TI du gouvernement.
Pour atteindre les objectifs du gouvernement en direct et de l'accès
amélioré à l'information, une plus grande attention
devra être accordée à cette dimension primordiale
de l'infrastructure de gestion de l'information.
10.2.5 Systèmes et technologies
Au cours des 20 dernières années, les gouvernements ont
migré d'un environnement largement dépendant du papier vers
un environnement où les ressources d'information sont électroniques.
Même si la technologie continue d'évoluer, le succès
de tout programme de gestion de l'information à l'avenir dépendra
d'une infrastructure technologique à l'échelle de l'entreprise.
Le Système de gestion des dossiers, des documents et de l'information
(SGDDI), un système partagé acquis en vue de son utilisation
par un large éventail de ministères et actuellement au stade
de la mise en uvre, sera intégré aussi bien à
l'infrastructure technologique du gouvernement qu'à son infrastructure
globale de gestion de l'information au cours des dix prochaines années.
Par l'intégration de toutes les ressources d'information du
gouvernement sur une plate-forme commune et l'application de normes pour
la création, l'utilisation et l'élimination de l'information,
le système permettra un meilleur contrôle sur les ressources
d'information ainsi qu'un accès plus facile.
Avec l'évolution de la technologie et le lancement de nouvelles
initiatives, le succès de la mise en uvre des programmes
de gestion de l'information dépendra du soutien assuré par
les plates-formes communes, comme dans le cas de l'initiative du Système
de gestion des dossiers, documents et information (SGDDI). Pour que l'accès
à l'information du gouvernement devienne plus transparent; il faudra
que les ressources d'information ainsi que les infrastructures habilitantes
de la technologie de l'information soient gérées selon un
ensemble convenu de principes et de pratiques, qui prenne en considération
les besoins opérationnels du gouvernement, la protection de la
vie privée des citoyens et les attributs et qualités d'un
gouvernement transparent.
10.2.6 Le personnel
Dans un environnement papier, les secrétaires, les adjoint(e)s
administratif(ve)s et les commis au classement classaient et conservaient
l'information. Par suite de la création d'un volume sans cesse
croissant d'information électronique sur les ordinateurs de bureau,
la responsabilité et l'imputabilité en vue d'assurer la
gestion appropriée de l'information du gouvernement réclament
la présence de spécialistes de l'information. Le rôle
du spécialiste en gestion de l'information se transforme pour passer
de celui de gardien d'objets physiques (documents actifs et inactifs)
à celui de facilitateur et conseiller procurant orientation et
soutien au spécialiste de l'information.
Plusieurs études démographiques ont été entreprises
pour démontrer les répercussions dues à la retraite
de la génération issue de l'explosion démographique
sur les fonctions du gouvernement fédéral. Dans le domaine
de la gestion de l'information, au cours des 10 prochaines années,
près de 60 p. 100 des CS-05 et 80 p. 100 des EX-01 et EX-02 seront
admissibles à la retraite17. Pour répondre à
cette situation, le Bureau de gestion du changement (BGC) du Secrétariat
du Conseil du Trésor déploie des efforts afin de s'assurer
que la fonction publique disposera des compétences requises pour
soutenir le gouvernement en direct et améliorer le service aux
Canadiens.
Dans cette étude, le BGC a dégagé une série
de fonctions considérées comme se trouvant à la base
de la gestion de l'information :
- planification, développement, architecture et maintenance des
services d'information;
- services informatiques;
- télécommunications;
- gestion des connaissances/de l'information dans un environnement automatisé;
- accès à l'information et services dans un environnement
automatisé;
- sécurité de l'information dans un environnement automatisé.
Le chevauchement des fonctions entre les divers secteurs fait ressortir
le besoin d'un futur professionnel de la gestion de l'information qui
réunisse des compétences relevant de la bibliothéconomie,
des archives, de la gestion des documents, de la TI et des collectivités
d'accès et qui jouera le rôle de créateur/éditeur
de contenu, conseiller en GI, producteur en GI et concepteur de processus.
Le rôle des coordonnateurs de l'accès à l'information
doit être soigneusement évalué dans ce contexte afin
de s'assurer que la fonction de coordonnateur est clairement définie
et bien alignée sur les fonctions de la collectivité de
gestion de l'information.
Reconnaissant le besoin d'un effectif spécialisé en gestion
de l'information, possédant un nouvel ensemble de compétences,
dans les 10 prochaines années, à mesure que les professionnels
de la GI prendront leur retraite, le gouvernement devra développer
une série de processus de planification et collaborer avec le secteur
privé ainsi qu'avec les établissements d'enseignement pour
s'assurer qu'il y aura des effectifs compétents en mesure de relever
les défis de la gestion de l'information et de l'accès à
cette dernière.
Il faudra prendre des mesures pour surveiller, aussi bien à l'intérieur
qu'à l'extérieur du gouvernement fédéral,
les initiatives comme celles qui ont trait aux questions de compétences
et aptitudes dans le nouvel environnement où se déroule
la gestion de l'information. À titre d'exemple, Développement
des ressources humaines Canada collabore avec les collectivités
responsables de la gestion d'archives, bibliothèques et documents
par le truchement du Conseil des ressources humaines du secteur culturel
afin de développer les profils de compétences pour le secteur
de gestion des ressources d'information. Les résultats de cette
collaboration ainsi que ceux d'initiatives connexes devraient faire l'objet
d'une étude en vue de leur application au sein du gouvernement
fédéral du Canada.
10.2.7 La culture organisationnelle
Tout au long du rapport, les consultants ont fait allusion à la
culture organisationnelle et au nouvel environnement créé
par suite de l'introduction de la technologie. Mais qu'est-ce que la culture
organisationnelle et pourquoi est-il si important de lui intégrer
la gestion de l'information?
Random House définit le terme " culture " comme étant
les comportements et croyances spécifiques à un groupe déterminé.
La culture organisationnelle est la somme des comportements officiels
et officieux qu'une organisation adopte et qui constituent la base de
sa façon d'opérer. Une culture organisationnelle qui soutient
une infrastructure efficace de gestion de l'information est une culture
caractérisée par le partage de l'information. La gestion
de l'information la moins réussie se retrouve dans les organisations
où la culture est dominée par le cumul et l'accaparement
de l'information. Pourquoi gérer l'information si elle n'est pas
destinée à être partagée?
L'un des principaux défis que doivent relever les gouvernements
est la gestion de la transformation obligatoire de la culture organisationnelle
en une culture fondée sur une entente parmi le personnel à
tous les niveaux au sujet du rôle et de l'importance de l'information
et des responsabilités qu'impose une gestion efficace. Les initiatives
relatives aux ressources humaines à l'échelle du gouvernement,
y compris celles dirigées par le Bureau de gestion du changement
(BGC), encouragent les changements à ce niveau, mais les défis
demeurent de taille.
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