Rapport 8 - Groupe d'étude de l'accès à l'information
L'USAGE DE LA LOI SUR L'ACCÈS À L'INFORMATION PAR LES JOURNALISTES
Entrevues avec les journalistes
Les commentaires des journalistes devraient être lus avec autant
de soin que les statistiques. Dans la présente section, nous nous
contentons de présenter ces commentaires, sans les soutenir ni
les contester.
Même si les statistiques ci-dessus peuvent sembler rassurantes
et indiquer que les médias utilisent pleinement et équitablement
la Loi, les journalistes ont à ce sujet un point de vue
très différent. En fait, leurs commentaires sur la Loi,
sa mise en uvre et l'usage qu'ils en font pourraient nous obliger
à interpréter la quasi-totalité des statistiques
précitées sous un autre jour.
Une liste des journalistes connus pour leur utilisation fréquente
des demandes d'accès à l'information a été
dressée en collaboration avec les membres du Groupe d'étude.
Nous avons communiqué avec les journalistes suivants par courriel,
puis par téléphone : David McKie (CBC Radio), Jim Bronskill
(Southam News), Mike Gordon (CBC Marketplace, président de Open
Government Canada), Dean Beeby (La Presse canadienne, Halifax), Anne Rees
(Vancouver Province) et Rob Cribb (Toronto Star, président
de l'Association canadienne des journalistes). Une entrevue reposant sur
des questions ouvertes, d'une durée d'environ 30 minutes, a été
réalisée avec chacun d'eux. Leurs commentaires, qui illustraient
leur familiarité avec la Loi, ont été très
uniformes et sont présentés par thème ci-dessous.
1. Rapport demandes-reportages
Tous les journalistes interrogés ont indiqué que certaines
demandes d'accès ne se traduiront pas par un reportage et que le
nombre des demandes est bien plus élevé que le nombre de
reportages qui en découlent. Le rapport demandes-reportages varie
de 3 ou 4 demandes par reportage à dix demandes par reportage.
Les répondants indiquent également avoir fait des demandes
assez régulièrement au cours des trois à cinq dernières
années. Un d'eux indique faire près d'une demande par jour,
un autre cinq par mois, un troisième, qui en faisait une centaine
par an, n'en présente plus qu'une cinquantaine. Un autre journaliste
en fait de 100 à 200 par an.
Plusieurs facteurs expliquent ces différences. Tous les répondants
conviennent qu'ils sont devenus de meilleurs utilisateurs de la Loi
grâce à ce qu'ils ont appris sur la Loi et par la
pratique. Ils savent donc bien mieux comment formuler les demandes, ce
qui se traduit par une baisse du nombre des demandes déposées
et une hausse du rapport demandes-reportages1.
En deuxième lieu, ces variations peuvent également être
liées au genre de reportages auxquels se livrent les journalistes.
Le journaliste intéressé par les questions de sécurité
fera des demandes dans le cadre d'enquêtes d'envergure continues.
Ses demandes sont donc moins fréquentes et moins nombreuses que
celles d'un journaliste se consacrant à un large éventail
de dossiers, qui fera très souvent des demandes. L'expérience
du journaliste, ses intérêts professionnels et les attentes
de son employeur influencent la nature, le nombre et la fréquence
des demandes.
L'expérience du recours à la Loi peut également
résulter en un usage très structuré. Par exemple,
un journaliste indique utiliser un logiciel pour produire les grandes
lignes des demandes, ce qui permet d'accélérer le processus
et de le rendre plus professionnel. Cela aide également des journalistes
moins expérimentés à se familiariser plus rapidement
avec l'utilisation de la Loi.
2. Courbe d'apprentissage et enseignement
Tous les journalistes interrogés conviennent que l'apprentissage
de l'usage de la Loi et de l'application de ses dispositions est
un processus relativement lent. Ils ont surtout appris sur le tas (c.-à-d.
en déposant des demandes). Aucun d'entre eux n'a reçu de
formation officielle ou soutenue, que ce soit à titre d'étudiant
en journalisme ou par l'entremise de leur employeur. Les deuxièmes
sources importantes d'information sur la Loi sont les colloques
sur l'accès à l'information organisés par l'Association
canadienne des journalistes (ACJ). Le Style Book de La Presse canadienne
explique également comment utiliser l'accès à l'information2.
La quasi-totalité des journalistes interrogés estiment
être devenus des spécialistes de facto de la Loi
au sein de leur organisation. La plupart d'entre eux aident d'autres journalistes
à formuler des demandes et quelques-uns animent des colloques à
ce sujet. Presque tous ont enseigné un aspect ou un autre du processus
d'accès à l'information au niveau universitaire, dans des
collèges communautaires ou à l'ACJ. Ils appuient unanimement
le besoin d'offrir de la formation plus soutenue.
À la suggestion que le gouvernement même pourrait offrir
des colloques, des trousses d'information ou des programmes de formation,
les réponses varient de la simple réticence à l'hostilité
ouverte. Le point de vue unanime est que le gouvernement adopterait une
démarse « bureaucratique », qui viserait
à instruire les journalistes sur les dispositions de la Loi,
sur la nécessité de respecter les exceptions, de formuler
des demandes claires, de faire preuve de patience, etc. Il n'aborderait
pas la Loi d'un point de vue journalistique et ne mettrait pas
l'accent sur l'inviolabilité du principe de l'ouverture de l'accès,
le perfectionnement des stratégies d'enquête, la vérification
de la concordance et des sources d'information, la prudence face aux déclarations
officielles, l'importance des échéances, etc. En fait, les
répondants suggèrent que les principales activités
pédagogiques du gouvernement s'adressent à ses propres employés
plutôt qu'aux journalistes. Ils font tous état de l'existence
d'un conflit de cultures entre le gouvernement et les journalistes.
3. Critiques à l'égard de la Loi
C'est ce thème de l'entrevue qui a mené aux réponses
les plus vives.
Les critiques les plus fréquentes concernent les retards
des réponses aux demandes. Les répondants indiquent que
le traitement des demandes connaît souvent des retards injustifiés,
au-delà de la limite des 30 jours; un journaliste affirme même
n'avoir jamais reçu d'information dans ce délai.
De nombreux répondants signalent aussi qu'une fois l'information
finalement obtenue, parfois à l'issue d'un appel, les raisons du
retard ou de la non-divulgation initiale ne leur sont pas communiquées.
Selon eux, il existe un conflit grave entre les besoins journalistiques
concernant l'opportunité de l'information et la lenteur bureaucratique
du traitement des demandes. Pour certains répondants, il semble
que la limite de 30 jours et les retards ultérieurs soient en fait
des stratégies bureaucratiques visant à " étouffer
" les affaires en les faisant traîner et perdre de leur pertinence
et à frustrer les demandeurs.
Les droits percevables constituent une autre source de conflits,
mais pas pour tous les journalistes. Certains estiment que la perception
de droits est raisonnable, mais qu'ils doivent être limités.
Ces journalistes se félicitent des possibilités de dispense
et d'appel des droits et affirment y recourir3.
D'autres sont offensés par la simple notion que l'information recueillie
aux frais des contribuables soit seulement accessible moyennant des droits
qui peuvent augmenter rapidement. Ici aussi, l'opinion générale
est que l'imposition de droits peut être un moyen de dissuader,
voire de punir les demandeurs.
La portée des exemptions prévues par la Loi est
pour tous les répondants injustifiablement vaste et ouvre la voie
aux abus. Les journalistes interrogés sont tous d'accord sur le
principe même des exemptions, mais ils sont par ailleurs unanimes
quant au fait qu'elles devraient être plus limitées, mieux
définies et utilisées moins fréquemment. Les exemptions
spécialement citées sont celles énoncées aux
articles 15, 16, 21 et 23.
Les répondants lient les objections susmentionnées et à
une perspective philosophique plus vaste, découlant de l'histoire
et du droit, du rôle et de la fonction du gouvernement, du journalisme
et de l'information. Pour les journalistes, il ne fait pas de doute que
l'accès à l'information est un droit inaliénable
acquis par des luttes historiques entre les médias et l'autorité
constituée (p. ex., le droit de publier les délibérations
du Parlement, de publier sans permis, de publier des points de vue contradictoires,
de travailler libre de toute censure). En fait, ce droit est enchâssé
dans la législation au Canada comme aux États-Unis4.
Avec la codification de la liberté de la presse, le journalisme
est devenu un élément reconnu du fonctionnement des régimes
démocratiques, et les journalistes ont commencé à
affirmer qu'ils représentaient aussi le droit de la population
à l'information dans un gouvernement libre, ouvert et démocratique.
Les médias sont ainsi devenus un instrument par lequel le public
s'assure de la transparence du gouvernement et évalue son rendement.
En conséquence, les journalistes soulignent avec ostentation que
leur demande pour plus d'accès à l'information n'est pas
le reflet de leurs désirs ou intérêts particuliers,
mais un exemple concret d'action démocratique. Ils croient que
lorsqu'ils demandent accès à des renseignements, ils ne
le font pas comme un groupe d'intérêt parmi tant d'autres,
mais en qualité de représentants du public, dont la légitimité
est enchâssée dans la constitution; considérer les
journalistes comme de simples demandeurs, au même titre que d'autres,
serait donc une atteinte à la démocratie parce que cela
rabaisserait les médias au niveau de groupe d'intérêt.
Si les médias devaient être considérés comme
un simple groupe d'intérêt, sans droit spécial à
l'information, il deviendrait plus facile pour les fonctionnaires de faire
fi d'eux. Toutefois, les journalistes soulignent que les difficultés
qu'ils éprouvent pour accéder à l'information sont
les mêmes que connaissent les autres citoyens.
Les répondants sont clairement d'avis que le gouvernement n'est
pas propriétaire de l'information qu'il détient. En fait,
selon eux, la Loi a pu avoir des effets inattendus. Ils pensent
par exemple que la simple existence de la Loi tend à créer
une atmosphère d'affrontement entre le gouvernement, qui se considère
le détenteur légitime de l'information, et le public, qui
serait en quelque sorte contraint de mendier l'accès aux renseignements.
Ils estiment que les citoyens devraient pouvoir accéder sans obstacle
aux renseignements dont ils sont en fait les propriétaires. De
plus, les répondants indiquent que l'existence de la Loi
peut avoir créé une situation dans laquelle l'information
auparavant considérée comme inoffensive et libre de controverse,
fait désormais l'objet de contrôle et de surveillance. Selon
les journalistes interrogés, le fait que la Loi établisse
des catégories pour classer l'information permet automatiquement
de limiter de diverses façons l'accès à l'information,
quelle qu'elle soit. De nombreux répondants estiment donc que la
tendance du gouvernement à se considérer détenteur
légitime de l'information, alliée à la possibilité
d'examen et de non-communication de l'information, alimentent une culture
existante de secret. Ils affirment que cela peut être à l'origine
de situations dans lesquelles les intérêts politiques influencent
le traitement de l'information. Une des conséquences perverses
de la Loi aurait été d'apprendre aux fonctionnaires
à gérer et à refuser de communiquer l'information.
Les répondants distinguent la « fonction d'information »
de la « fonction d'approbation ». À leur
avis, les lacunes de la Loi sont liées aux personnes ayant
le pouvoir d'approuver la divulgation de l'information plutôt qu'aux
coordonnateurs de l'AIPRP.
Sans que le sujet leur ait été suggéré, plusieurs
d'entre eux comparent le Canada et les États-Unis en indiquant
que les possibilités d'accès à l'information sont
bien plus grandes chez notre voisin en raison d'une « culture
générale d'ouverture », où tout le monde,
depuis le haut fonctionnaire au citoyen ordinaire, est d'accord sur le
fait que l'information devrait être amplement diffusée.
Selon ces répondants, il existerait au Canada « une
culture du secret » qui inciterait chacun à penser que
l'information devrait être retenue autant que possible et, lorsque
l'information doit être diffusée, qu'elle le soit « au
compte-gouttes ». Plutôt que de considérer l'accès
comme une menace, nous devrions y voir un instrument utile.
Du point de vue des journalistes, les statistiques présentées
ci-dessus peuvent donc fait l'objet d'une interprétation très
différente. Elles n'illustreraient pas la porosité ni la
transparence du gouvernement sous l'influence de la Loi sur l'accès
à l'information, mais plutôt l'extrême limite de
ce qui peut être communiqué. Telle la partie émergée
de l'iceberg, l'existence même des statistiques semble indiquer,
du point de vue journalistique, qu'un volume considérable d'information
demeure invisible et inaccessible.
4. Cas de bon fonctionnement de la Loi
Les répondants indiquent que les coordonnateurs de l'AIPRP auxquels
ils ont affaire font leur travail du mieux possible. Il existe à
l'évidence des écarts énormes selon le ministère,
l'expérience du coordonnateur, la complexité de la demande,
etc. Certains expriment même une certaine compassion pour les coordonnateurs,
en raison du manque de personnel nécessaire au traitement du nombre
élevé de demandes.
La réponse la plus utile désignée par l'ensemble
des répondants est le « rappel », c.-à-d.
lorsque le coordonnateur de l'AIPRP communique rapidement avec l'auteur
de la demande, passe cette dernière en revue, fait des suggestions
d'améliorations, etc. Malheureusement, cette pratique n'est pas
aussi répandue que le souhaiteraient les journalistes. Il existe
ici encore des variations extrêmes.
5. Pratiques exemplaires
Les points suivants sont considérés par les répondants
comme des « pratiques exemplaires » pour une utilisation
efficace d'accès à l'information. Les journalistes sont
d'accord sur le fait que la préparation des demandes est un art.
a) Enquêter sur le sujet avant de présenter une demande.
Les « parties de pêche » sont parfois productives,
mais constituent la plupart du temps un gaspillage de temps et de ressources.
b) Établir le ou les ministères qui détiennent probablement
l'information recherchée. Celle-ci peut résider en plusieurs
endroits. Consulter les lois pertinentes pour déterminer où
l'information doit être classée. La demande devrait être
faite à tous les endroits.
c) Déterminer la nature matérielle de l'information
est-elle conservée en version imprimée ou électronique,
ou encore sous ces deux formes?
d) Déterminer le nom exact du document ou de l'information désirée.
e) Utiliser pour formuler la demande des termes précis, qui éviteront
toute interprétation restrictive des demandes.
f) Établir des contacts au sein du ou des ministères, qui
pourraient aider à formuler les demandes, à déterminer
le nom exact des documents, à retracer la circulation de l'information,
etc.
g) Ne pas se laisser arrêter par un refus initial. Demander de
nouveau. Recourir au processus d'appel.
h) Lire les documents obtenus très soigneusement; ils peuvent
fournir d'autres pistes.
i) L'auteur devrait déposer la demande en son nom propre. Il n'y
a aucun avantage à ne pas le faire et il est difficile d'interjeter
appel au nom de quelqu'un d'autre.
6. Qu'est-ce qui incite les journalistes à utiliser la Loi?
Les répondants, qui sont de gros utilisateurs de la Loi,
sont d'accord sur le fait que l'accès à l'information est
un élément indispensable de l'arsenal à la disposition
des médias. Malheureusement, ils sont trop peu nombreux à
l'utiliser en raison de sa complexité perçue et de la frustration
bien connue qui en découle. C'est en fait leur professionnalisme
qui pousse les répondants à utiliser l'accès à
l'information. La plupart sont aussi motivés par leur détermination
à lutter pour la libre circulation de l'information et par leur
conviction que les principes démocratiques sont en jeu.
Les motivations personnelles et professionnelles sont renforcées
par des événements catalyseurs qui provoquent un recours
accru à la Loi. Les journalistes interrogés ont mentionné
à cet égard l'enquête sur la Somalie, le « scandale
» de DRHC, le lancement du National Post et la diligence
des parties d'opposition.
7. Utilisation de la Loi en conjonction avec des ressources
accessibles par le Web
Les journalistes estiment que les ressources que le gouvernement fédéral
met à la disposition du public dans le Web contiennent généralement
peu de renseignements qu'ils considèrent très utiles pour
leur travail. Selon eux, l'exploration des sites Web gouvernementaux mettrait
même en évidence la nécessité de faire des
demandes d'accès à l'information.
8. Propositions des journalistes pour la réforme de la Loi.
Les suggestions de réforme de la Loi faites par les répondants
se caractérisent par un degré élevé d'uniformité
et sont présentées par thème ci-dessous.
A. Exemptions plus limitées. Les journalistes indiquent
que les exemptions ont portée trop large et qu'elles doivent être
redéfinies.
i. Plus précisément, les articles 15 et 16 sont décrits
comme étant appliqués de façon trop serrée.
B. Diffusion proactive et communication informelle. Les journalistes
mentionnent que plus de renseignements divers devraient être divulgués,
en utilisant davantage de voies de communication. Ils citent notamment
les catégories suivantes :
i. Information concernant les raisons et les moyens envisagés du
gouvernement en matière d'élaboration de politiques et de
planification; raison d'être des projets de loi déposés
devant la Chambre
ii. Information concernant les options envisagées par le gouvernement
avant d'adopter une décision ou de mettre en uvre une politique
iii. Documents de travail, de référence et d'orientation
C. Autonomie de la fonction chargée de l'information. Les
journalistes désirent voir cette fonction séparée
de la voie hiérarchique, c.-à-d. que la diffusion de l'information
devrait être indépendante des programmes ministériels
qui détiennent l'information ainsi que du pouvoir politique. Ce
point de vue va évidemment à l'encontre du fait que la Loi
confère la responsabilité de son administration aux ministres.
En particulier, les journalistes indiquent que les demandes présentées
devraient être traitées seulement par les agents chargés
de l'accès à l'information et ne devraient pas être
soumis à une surveillance politique.
D. Amélioration du statut de l'AIPRP. Les journalistes
signalent que les coordonnateurs de l'AIPRP sont trop peu nombreux et
facilement dépassés par le volume des demandes. Leur nombre
devraient donc augmenter, leur formation s'améliorer et leur statut
être consolidé. Il devrait en outre être possible de
faire carrière avec succès dans la fonction publique tout
en défendant avec vigueur l'accès à l'information.
E. Sanctions pour non-respect. Les répondants affirment
que le non-respect de la Loi devraient faire l'objet de sanctions
supplémentaires, en particulier pour ce qui est des retards et
des refus de divulguer l'information et, qui plus est, après un
appel donnant raison au requérant. Ils sont toutefois conscients
des obstacles qui pourraient se présenter pour déterminer
la nature de la sanction et l'identité de la ou des personnes auxquelles
celle-ci s'appliquerait.
F. Rationalisation du processus d'appel. Les journalistes font
savoir que le processus d'appel est trop long et devrait être simplifié.
G. Pouvoirs du Commissaire. Les journalistes soulignent que le
Commissaire à l'information devrait avoir le pouvoir de rendre
des ordonnances relatives à la divulgation.
H. Création d'une culture d'ouverture. Pour les journalistes,
la création d'une culture d'ouverture est la responsabilité
de tous, et notamment du gouvernement. Leur préférence est
que l'information soit diffusée automatiquement et spontanément,
à moins qu'il n'existe une raison bien définie et convaincante
de ne pas le faire. Ils indiquent que l'attitude à l'égard
de l'information au sein de notre société doit changer,
que l'information ne devrait pas circuler uniquement de haut en bas et
que les avantages de l'ouverture devraient être mis en valeur.
Conclusions
Ce qui précède nous permet de tirer quelques conclusions.
Le phénomène peut-être le plus évident est
l'évolution de l'usage des demandes d'accès à l'information
par les journalistes depuis la promulgation de la Loi en 1983.
Les demandes sont plus nombreuses, mais aussi plus précises et
ciblées. L'usage de l'information est maintenant plus complexe.
Aux comptes rendus de méfaits relativement simples, se sont ajoutées
de longs reportages dans lesquels les demandes d'accès ne sont
pas nécessairement mentionnées, mais dont elles constituent
plutôt une source d'information parmi plusieurs.
Toutefois, le nombre des journalistes qui connaissent bien la Loi
et qui peuvent l'utiliser avec aisance ne représente qu'une fraction
limitée du nombre total de journalistes. Il est clair que la complexité
perçue de la Loi est un facteur en limitant l'usage. La
frustration qu'elle engendre en est un autre. Certaines initiatives qui
pourraient faire évoluer la situation - le site Web de Open Government
Canada, les colloques de l'ACJ - sont déjà en place. Il
conviendrait peut-être d'en élargir l'usage. Il faut pourtant
se garder d'exiger que tous les journalistes utilisent fréquemment
la Loi. Certains d'entre eux se concentrent en effet sur des domaines
où l'usage de la Loi ne constitue pas une priorité
(administration municipale, arts). Il n'existe de plus aucune indication
- notre expérience mise à part - de ce que pourrait être
le niveau approprié. Peut-être la situation normale
est-elle qu'il n'y ait qu'un nombre relativement réduit d'utilisateurs
fréquents des demandes.
Outre les médias et le gouvernement, les écoles de journalisme
sont elles aussi un facteur de changement important et pourraient faire
évoluer la situation. À mesure que de nouveaux diplômés
arrivent sur le marsé du travail, que les programmes d'études
évoluent et que changent les perceptions vis-à-vis de carrières
" passionnantes " en journalisme, l'usage de la Loi pourrait
lui aussi évoluer.
Finalement, l'usage de la Loi est le signe d'une saine tension
entre les médias et le gouvernement. C'est probablement la marque
d'une démocratie effective. Si les médias n'étaient
que de simples instruments de gouvernement ou si la tension entre les
médias et le gouvernement montait au point de causer une fracture
entre ces deux parties, on pourrait y voir le signe d'une démocratie
en péril. Toutefois, la situation au Canada semble se limiter à
un débat permanent, ouvert et libre sur la Loi, sur ses
exclusions et ses exemptions, ainsi que sur l'étendue de ces dernières.
Ces questions n'ont pas encore été tranchées. La
portée du principe d'accès pourrait varier au fil du temps
et le fait même qu'elle fasse l'objet d'un débat et que les
citoyens se sentent libres d'en discuter est en soi un signe d'ouverture.
Grille de codage
Les articles ont été codés au moyen de cette grille.
Les codes correspondants ont été saisis dans une base de
données.
Information technique
1. No de document
2. Journal
3. Auteur
4. Date
5. Page
6. Genre (actualités, reportage, éditorial, lettre, etc.)
Domaine
1. Politique
2. Justice
3. Affaires étrangères
4. Finances
5. Commerce
6. Questions militaires
7. Sécurité
8. Santé
9. Article consacré à la Loi
10. Référence faite à la Loi
11. Autres
Intention apparente (primaire et secondaire)
12. Patronage
13. Secret
14. Opérations intéressées
15. Inefficacité/gaspillage
16. Fonctionnement de l'appareil gouvernemental
17. Autres
Résultat social
18. Débat sur les orientations
19. Information du public
20. Nouveaux renseignements
21. Reddition des comptes
22. Autres
Questions posées aux journalistes
Les questions ouvertes suivantes ont été posées
aux journalistes lors d'une entrevue téléphonique structurée
d'une durée d'environ 30 minutes. Les réponses ont été
regroupées et présentées par thème.
Questions :
1. Combien de demandes faites-vous avant de publier un article?
1a. Environ combien de demandes présentez-vous par semaine ou
par mois?
2. Utilisez-vous davantage les demandes d'accès à l'information
actuellement que par le passé? (Anecdote à l'appui?)
3. Pensez-vous que les autres journalistes y ont davantage recours que
dans le passé? (Anecdote à l'appui?)
4. Quelle est votre principale critique à l'égard de la
Loi? De son administration?
5. Selon vous, quelle(s) partie(s) de la Loi fonctionne(nt) bien?
6. Si vous pouviez changer un des aspects de la Loi ou de son
administration, lequel choisiriez-vous? (Quel serait votre deuxième
choix?)
7. Estimez-vous que la courbe d'apprentissage relativement à l'usage
de la Loi est trop serrée?
8. Votre employeur canalise-t-il les demandes vers une seule personne
ou un petit groupe de personnes? Encourage-t-il plutôt tout le monde
à utiliser la Loi?
9. Pensez-vous que certains journalistes se sont spécialisés
dans l'usage de la Loi?
10. Avez-vous formé ou aidé d'autres personnes à
utiliser la Loi?
11. Quel est votre avis sur la formation extérieure (par le gouvernement
ou des organisations non gouvernementales) relativement à l'usage
de la Loi?
12. Quelles pratiques exemplaires recommanderiez-vous pour la présentation
des demandes d'accès à l'information?
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Retour à la Table des matières
1 Evidence for the claim of increasing
focus is also provided by a document of the Treasury Board Secretariat
titled "Review of the Costs Associated with Administering Access
to Information and Privacy (ATIP) Legislation" (1999). This document
which evaluates the cost of handling requests finds that "The next
two groups are media at 12 % of requests and Members of Parliament at
9.5% of requests. The costs associated with media are estimated at 7%
(...) Less than proportionate costs would indicate more precise and/or
specific requests." (p. 8) The document is available under Research
at http://www.atirtf-geai.gc.ca.
2 Journalists themselves are taking steps
to increase awareness of Access to Information. The CAJ regularly holds
seminars on Access to Information at its yearly meetings. Many of these
seminars are conducted by the persons interviewed for this report. Additionally,
Open Government Canada (http://www.opengovernmentcanada.org)
maintains an ongoing discussion group about access questions.
3 It may be worth noting that Professor
Alasdair Roberts in a study titled "An Evidence-based Approach to
Access Reform" (July 2001) found that "Media requests involve
no final fee assessment in 96 % of the cases"(pp. 12-13). The study
with appropriate caveats can be found at http://faculty.maxwell.syr.edu/asroberts/foi/.
4 The Constitution Act, 1982 states (art.
2) that everyone has the fundamental "freedom of thought, belief,
opinion and expression, including freedom of the press and other means
of communication". The first amendment to the US Constitution famously
states that "Congress shall make no law respecting an establishment
of religion, or prohibiting the free exercise thereof; or abridging the
freedom of speech, or of the press; or the right of the people peaceably
to assemble, and to petition the Government for a redress of grievances."
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