Rapport 9 - Groupe d'étude de l'accès à l'information
LA LOI SUR L'ACCÈS À L'INFORMATION
ET LA TENUE DES DOSSIERS DE L'ADMINISTRATION FÉDÉRALE
5. Résultats
On a analysé les dossiers en fonction des cinq critères
relatifs à la tenue des dossiers énumérés
précédemment (voir l'annexe 2 pour plus de détails).
5.1 Quantité
Règle générale, la quantité de dossiers était
stable avant et après l'adoption de la LAI. Il est vrai que les
dossiers sur l'immatriculation des aéronefs variaient en raison
de circonstances étayées par les documents, et non pas nécessairement
en réaction à la LAI. En ce qui a trait au Conseil du Trésor
et à d'autres organismes centraux, les autorisations de disposer
de documents établies en 1990 ont fait en sorte que moins de documents
d'archives ont été conservés. Cette mesure n'a toutefois
pas eu d'incidence sur la portée et le contenu des dossiers, ces
derniers contenant plus d'éléments. En pareil cas, la qualité
suppléait à la quantité.
5.2 Portée
Dans presque tous les cas, la portée des dossiers est restée
la même. Les mêmes enjeux et données se retrouvaient
dans une série donnée au fil du temps. Les questions qui
faisaient l'objet de dossiers rédigés avant 1983 n'ont rien
perdu de leur complexité et de leur importance depuis l'avènement
de la LAI. Il est arrivé que les thèmes abordés changent,
le temps aidant, mais les sujets communs sont restés les mêmes
(p. ex. les procès-verbaux du Conseil consultatif canadien de l'environnement
faisaient mention du projet de la mer de Beaufort et du pipeline de la
vallée du Mackenzie, mais tous les sujets traités pouvaient
être regroupés sous la rubrique des enjeux environnementaux).
La portée plus vaste des dossiers des organismes centraux, et plus
particulièrement du Secrétariat du Conseil du Trésor,
semble être davantage attribuable à l'amélioration
des pratiques de gestion des dossiers plutôt qu'à l'entrée
en scène de la LAI.
5.3 Contenu descriptif
Le contenu descriptif des dossiers est resté le même après
la promulgation de la LAI pour tous les dossiers des organismes centraux.
Tous les éléments de ces dossiers ont, du début à
la fin, été consignés de façon compréhensible
et uniforme pour tous les secteurs gouvernementaux examinés. Qui
plus est, la qualité du contenu descriptif des dossiers des organismes
centraux s'est améliorée au fil du temps. Comme nous l'avons
déjà mentionné, les dossiers gagnaient en qualité
à mesure que leur nombre allait décroissant.
5.4 Contrôle ministériel
Aucun changement n'a été observé à ce titre,
sauf pour les dossiers des organismes centraux. On a en effet pu constater
l'existence de certaines questions liées au contrôle ministériel
(p. ex. Travaux publics Canada a un système de classement fragmenté,
car l'administration centrale, ainsi que les bureaux régionaux
et de district, possèdent souvent des dossiers différents
sur des sujets pourtant identiques). Ces questions n'ont toutefois pas
évolué au fil du temps. Les organismes centraux ont eu tendance
à exercer un contrôle plus attentif sur la tenue de tous
les dossiers pendant la période qui a suivi la mise en vigueur
de la LAI.
5.5 Autres observations
Un bref examen des dossiers ministériels supplante certains commentaires
qui ont été émis sur la LAI et la tenue des dossiers.
À deux reprises, la documentation a permis de constater que l'entité
gouvernementale était bien consciente d'être assujettie à
la Loi. Tout d'abord, une enquête menée par les membres du
Conseil consultatif canadien de l'environnement visant à savoir
si le Conseil était assujetti à la LAI, ainsi qu'une missive
du ministère le confirmant, a été découverte
dans les dossiers administratifs. On s'est ensuite penché sur le
cas de Santé Canada, que nous examinerons en détails un
peu plus loin.
Au MAECI, le fait que l'on ait enseigné aux nouveaux agents à
l'étranger, pendant des décennies, les mêmes méthodes
de création de documents (qu'il s'agisse de dépêches,de
notes de service, de dossiers préparatoires ou d'autres notes diplomatiques)
permet de conclure à l'uniformité des dossiers.
Il est à noter qu'il existe des liens étroits entre le
mandat d'une institution et le contenu de ses dossiers, selon ce qui est
inclus dans le contenu descriptif. On peut simplement présumer
que ce résultat supplante habituellement toute intention que l'auteur
du document ou la personne chargée de son classement peut avoir
eu au sujet de la LAI.
5 .6 Santé Canada : questions de tenue des dossiers
Deux incidents survenus à Santé Canada ont permis d'attester
la présence de lacunes dans la tenue des dossiers déterminées
avant la présente étude. Ils sont donc d'intérêt
périphérique.
Dossiers sur le contrôle des stupéfiants (1980)
Des dossiers sur le contrôle des stupéfiants, qui proviennent
de l'ancien Bureau des drogues dangereuses du ministère canadien
de la Santé et du Bien-être social, ont été
incorrectement éliminés. Les Archives nationales avaient
émis une autorisation de disposer de documents qui permettait à
Santé et Bien-être social Canada de détruire les dossiers
portant sur le commerce du cannabis. Or, d'autres dossiers ayant trait
à des drogues dures comme l'héroïne, la cocaïne
et le LSD ont également été déchiquetés.
Le ministère avait alors fait savoir qu'il continuerait à
détruire ces dossiers, allant ainsi à l'encontre de l'autorisation
émise, car le ministre de la Santé avait déclaré
publiquement qu'il allait en être ainsi.
Cet incident a eu lieu avant l'adoption de la LAI, et ne découlait
donc pas de celle-ci. Toutefois, on peut y voir une des façons
dont le gouvernement fédéral percevait l'élimination
de documents à l'époque où on envisageait mettre
en vigueur la LAI. Dans ce cas-ci, les dossiers ont été
détruits par l'organisme qui les avait créés, à
la demande de la haute direction, laquelle avait déterminé
qu'ils n'avaient plus d'importance, peu importe la valeur que leur accordaient
les Archives nationales.
Dossiers du Comité canadien du sang (1989)
Le Comité canadien du sang a été mis sur pied en
1981 pour traiter des politiques, des enjeux et des problèmes concernant
l'utilisation du sang et des produits sanguins au Canada. Il était
composé de représentants des ministères de la Santé
fédéral, provinciaux et territoriaux . Santé et Bien-être
social Canada lui avait attribué un Secrétariat de sa création
jusqu'en 1991, année au cours de laquelle le Comité a été
remplacé par un organisme privé, l'Agence canadienne du
sang.
En 1995, des rapports de décision du Comité ont été
déposés comme éléments de preuve aux auditions
de la Commission d'enquête sur le sang au Canada (ou commission
Krever). Ces dossiers stipulaient qu'à sa rencontre du 16 mai 1989,
le Comité avait unaniment décidé de détruire
rétroactivement tous les enregistrements audio des procédures
de ses séances à huis clos, ainsi que les transcriptions
de ces séances, pour écarter la possibilité que ces
éléments puissent être consultés si des demandes
étaient déposées en vertu de la LAI.
L'enquête de la GRC n'a pas permis de conclure si ces dossiers
avaient été détruits dans une intention criminelle,
mais il semble que le motif sous-jacent à leur élimination
soit bien, dans ce cas, la LAI.
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6. Résumé des constatations
Lorsque nous avons entamé cette étude, nous nous attendions
à trouver des différences dans la façon dont les
dossiers de l'administration fédérale ont été
tenus suite à l'adoption de la LAI, en 1983. Cependant, après
une analyse exhaustive, nous avons constaté que rien n'avait vraiment
changé. Les méthodes de tenue des dossiers des organismes
gouvernementaux n'ont pas été modifiées après
la promulgation de la LAI. Tout ce que nous avons pu remarquer, c'est
que le nombre de certains documents d'archives avait diminué après
cette date. On peut y voir là un aspect négatif de la Loi
mais, en l'absence de modifications au titre des autres critères,
rien ne peut être avancé pour appuyer cette idée.
Si des changements considérables avaient été apportés
aux dossiers, on l'aurait forcément constaté à leur
contenu descriptif. Du reste, c'est précisément dans cette
catégorie qu'on aurait pu vouloir éviter de consigner des
renseignements embarrassants qui auraient pu rendre le gouvernement responsable
de tel ou tel acte. Même dans le cas des dossiers de Santé
Canada, on semble avoir été conséquent; on a beau
avoir détruit des documents avec désinvolture, la tenue
des dossiers n'en a pas été modifiée pour autant,
et ce malgré l'adoption de la Loi.
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7. Conclusion
Les résultats de notre étude nous poussent à constater
que la LAI n'a pas eu de répercussions notables, ce qui va à
l'encontre de notre hypothèse de travail. Il importe de souligner
que, bien que d'autres études aient été menées
sur des dossiers actifs et sur la manière dont les ministères
mettaient en application la LAI, la présente étude n'a porté
que sur la tenue des dossiers. Par ailleurs, nous avons dû composer
avec des contraintes, comme cela a été précédemment
mentionné. La portée de cette étude étant
unique en soi, on ne devrait donc pas être surpris de ce que les
résultats obtenus soient différents.
Que des dossiers soient créés ne veut pas nécessairement
dire qu'on pourra les consulter en vertu de la LAI. De nombreux ministères
recourent aux exemptions prévues par la Loi pour éviter
que certains de leurs documents ne soient mis à la disposition
du public (les ministères souhaitent conserver des dossiers complets
à des fins opérationnelles et administratives). Une institution
donnée peut donc continuer à créer des dossiers et
à bien le faire, sachant qu'elle pourra bénéficier
d'exemptions au titre de la LAI.
Nous avons, dans le cadre de cette étude, envisagé les
questions découlant de la LAI d'un point de vue nouveau et sans
commune mesure : celui de la tenue des dossiers. Le sujet et la démarche
utilisés sont dignes de mention. Si l'on souhaitait approfondir
la question, il faudrait y consacrer davantage de temps et de ressources.
Les preuves n'ont été concluantes que dans la limite des
paramètres que nous avions cernés. Cela ne veut pas dire
qu'aucun changement de comportement n'a eu lieu en réaction à
la LAI. On peut simplement conclure, avec justesse, qu'on n'a encore trouvé
à ce jour aucune preuve de ce que la LAI avait entraîné
des changements à la tenue des dossiers de l'administration fédérale.
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