Rapport 25 - Groupe d'étude de l'accès à l'information
LA GESTION DES DÉLAIS DE RÉPONSE AUX TERMES DES LOIS CANADIENNES
SUR L'ACCÈS À L'INFORMATION
Publié: août 2001
David H. Flaherty
Table des Matières
1. La création d'un sain régime d'accès à l'information (AI) est un enjeu
de gestion pour les diverses parties au processus. Il n'existe pas de «
solution-miracle » qui permettrait de répondre à tous les problèmes
perçus au chapitre du non-respect des délais impartis.
2. L'application et la mise en œuvre de la Loi sur l'accès à
l'information (la Loi) exigera un leadership continu de
la part du gouvernement, du Secrétariat du Conseil du Trésor,
de la fonction publique du Canada, et du Commissaire à l'information
du Canada. Il ne sera jamais facile de réaliser cet objectif de manière
continue.
3. Le Commissaire à l'information du Canada devra jouer un rôle de chef
de file au titre de la surveillance active du respect des délais de
réponse prévus aux termes de la Loi. Dans cette optique, le Secrétariat
du Conseil du Trésor devra périodiquement recueillir et déclarer les
données pertinentes et procéder lui-même à ses travaux de
surveillance et de diagnostic.
4. Comme le montrent les observations (des divers pays et provinces) de
l'annexe 1 du présent rapport, l'un des besoins de base consiste à
appliquer une norme raisonnable à tous les aspects de la mise en
œuvre des délais prévus dans la Loi. Il se peut qu'on doive modifier la
Loi à cette fin. Seuls le Commissaire à l'information et la Cour fédérale
du Canada peuvent, en dernière analyse, appliquer ce genre de norme
au titre de la surveillance du respect des délais impartis.
5. La Cour fédérale du Canada a estimé que l'obligation d'un ministère
consiste à traiter les demandes d'accès à l'information « aussi
promptement que possible ». Cette norme est raisonnable.
6. Il y aurait lieu d'envisager au Canada l'accélération du traitement des
demandes urgentes dans l'intérêt public, ou le traitement sur plusieurs
volets des demandes d'accès à l'information, comme l'illustre surtout
l'expérience des É.-U., afin de satisfaire aux besoins précis de divers
demandeurs, en particulier les médias.
7. Comme les retards et les présomptions de refus ont habituellement
peu de visibilité et ne défraient pas les manchettes, peu
de pressions sont exercées sur les politiciens et la fonction publique
pour respecter les délais impartis, pour doter comme il se doit
les fonctions d'administration des demandes d'accès à l'information
et pour déléguer aux responsables les pouvoirs qui s'imposent.
Le risque que ces lacunes soient mises sur place publique est habituellement
peu élevé, sauf si le Commissaire à l'information
en prend l'initiative, comme l'ont fait les commissaires John Reid, Ann
Cavoukian (Ontario), et David Loukidelis (Colombie-Britannique). Ces exemples
sont à suivre.
8. La nécessité d'améliorer la gestion des documents et de l'information
semble faire le consensus parmi toutes les parties au processus d'AI.
9. Presque tous les demandeurs doivent préciser leur demande auprès du
coordonnateur de l'accès à l'information, soit en raison de la
méconnaissance presque inévitable des documents disponibles par le
demandeur, de la confusion qui règne souvent au sujet de ce que veut
faire le demandeur avec les documents, ou de l'incapacité d'assumer
les coûts de la demande d'AI. Ce processus de précision des demandes
doit être incorporé au système d'accès en précisant que les délais
prescrits ne commencent à s'écouler que lorsqu'une demande claire est
présentée.
10. Le système de « récompense » des coordonnateurs compétents et de
leur personnel doit être amélioré.
11. La décision prise par l'Ontario en 2000, qui consiste à mesurer le
rendement des sous-ministres par rapport aux normes des
programmes d'AI, y compris les délais de réponse aux demandes,
constitue une « étape importante » dans l'administration des lois
canadiennes de l'AI, et l'administration fédérale devrait en faire autant.
12. Les réformes administratives de la gestion des délais de réponse dans
l'administration fédérale sont nécessaires et souhaitables. Les détails
sont précisés tout au long du présent rapport.
13. L'application de la Loi sur l'accès à l'information doit se situer à une
extrémité du spectre de la communication de l'information
gouvernementale; elle ne doit pas constituer l'approche adoptée
systématiquement pour obtenir des renseignements du gouvernement.
Le fait de verser une plus grande quantité de ces renseignements dans
les « salles de lecture électroniques » des sites Web des ministères
pourrait également réduire la pression au niveau des délais de réponse
aux demandes formelles.
14. La communication courante et la diffusion active des renseignements
doivent être des éléments clés de la solution au problème du non-respect des délais et du maintien à un niveau raisonnable des coûts du
régime d'AI.
15. L'élément fondamental du succès de la mise en œuvre d'un régime
d'AI, y compris le respect des délais de réponse, est l'appui politique
au processus et, dans les démocraties libérales occidentales, l'appui
des gouvernements en poste est presque inévitablement mitigé, étant
donné que leur premier réflexe consiste toujours à ne pas se porter à
l'aide de leurs critiques. Il incombe aux autres promoteurs de la
transparence et de la responsabilisation des gouvernements de veiller
à ce que le gouvernement s'acquitte de ses obligations en vertu de la Loi.
16. L'« approche » adoptée par les Commissaires à l'information est une
variable primordiale de l'efficacité d'un régime d'AI et du respect des
délais impartis. Le Commissaire à l'information modèle doit encourager
sans cesse ceux qui s'efforcent de faire fonctionner le système, et être
un « chien de garde » efficace qui ramène à l'ordre ceux qui
n'observent pas les règles.
J'ai entrepris en 1993 un mandat de six ans à titre de premier Commissaire à
l'information et à la protection de la vie privée de la Colombie-Britannique.
Mon expérience et celle des membres de mon personnel entre 1993 et 1999
ont inspiré le rapport qui suit. Si j'ai un préjugé en général, c'est que les
régimes d'accès à l'information dans les provinces et les territoires ont donné
de meilleurs résultats que le modèle fédéral, en partie parce que leurs
commissaires à l'information et à la protection de la vie privée ont le pouvoir
de rendre des ordonnances, et en partie en raison de l'engagement général
de respect de la Loi qui a été supérieur, surtout dans les dernières années.
J'ai aussi eu l'occasion dans les vingt-cinq dernières années d'observer les
divers styles et approches des quelques personnes qui ont exercé les
fonctions de commissaires à l'information et de commissaires à la protection
de la vie privée à l'échelon fédéral (et c'est la raison pour laquelle j'estime
que le style et l'approche adoptés sont essentiels au succès de la mise en
œuvre d'un régime d'AI). J'ai également appris à connaître le rôle des
coordonnateurs de l'accès à l'information et de la protection de la vie privée,
ainsi que le rôle central du Secrétariat du Conseil du Trésor. Dans le dernier
cas, je suis très heureux de souligner le rôle de mentor exercé par le regretté
Peter Gillis, qui était pleinement conscient de l'importance du rôle que devait
et que doit continuer d'exercer le Conseil du Trésor. Enfin, de 1984 à 1987,
j'ai agi à titre de consultant pour le Comité permanent de la justice et du
Solliciteur général dans le cadre de l'examen réglementaire de la Loi sur
l'accès à l'information et de la Loi sur la protection des renseignements
personnels. Ces expériences ont été formatrices.
J'ai l'intime conviction que l'instauration de lois garantissant l'accès à
l'information constitue un progrès fondamental au sein des sociétés
démocratiques évoluées et que, en cas de conflit, le besoin de transparence
éclipse habituellement le souci de protection des renseignements personnels.
Je crois également fermement dans la mise en œuvre de ces lois à un coût
abordable pour la société. Dans cette optique, il est essentiel que toutes les
parties fassent preuve de bonne volonté.
Même si le rapport qui suit est fondé sur des documents de la dernière
décennie, surtout au Canada, j'ai aussi tiré profit de ce que j'estime avoir
appris de mon expérience directe. J'ai tiré du dossier public des affaires
portant sur les délais et les retards. J'ai également interviewé certaines des
principales parties prenantes de l'administration de l'AI au pays, mais je ne
cite que des déclarations publiques. Le présent rapport constitue en réalité un
document historique sur les opinions et les problèmes relatifs au non-respect
des délais de réponse aux termes des lois sur l'AI à l'échelon fédéral au
Canada.
La création d'un sain régime d'accès à l'information (AI) est un enjeu de
gestion pour les diverses parties au processus. Il n'existe pas de
« solution-miracle » qui permettrait de répondre à tous les problèmes perçus
au chapitre du non-respect des délais impartis. J'ai donc essayé, dans le
recueil qui suit, y compris l'imposant contenu de l'annexe 1, de grouper les
problèmes et les approches qui peuvent être envisagées par le Groupe
d'étude de l'accès à l'information et les décideurs.
Je tiens à remercier particulièrement de leur aide, aux fins de la rédaction du
présent rapport, Guy Herriges, Arthur Kroeger, David Loukidelis, Tom
Mitchinson, Marilyn McNamara, John Reid, Alasdair Roberts, Robert Gellman,
Andrée Delagrave et Mary Anne Stevens. Évidemment, je me porte
entièrement garant du contenu du rapport.
1. Introduction et description du projet
Mis sur pied en août 2000, le Groupe d'étude de l'accès à l'information a été chargé
de se pencher sur la Loi sur l'accès à l'information et sur son application, afin
d'améliorer l'accès qu'ont les Canadiens aux renseignements détenus par le
gouvernement. De nombreuses ramifications juridiques, stratégiques et
administratives sont liées aux délais de traitement des demandes présentées aux
termes de la Loi, y compris les attentes grandissantes d'un traitement rapide, la
mondialisation et l'horizontalité accrues.
Le présent rapport se penche d'abord sur les délais prévus dans les lois provinciales
semblables et dans certaines autres administrations nationales, ainsi que sur les
différentes approches adoptées en matière de mise en œuvre dans ces
administrations. Mes recherches ont inclus un examen des données (présentées en
grande partie à l'annexe 1) recueillies par le Groupe d'étude, un examen de
renseignements généraux provenant de diverses sources, et des entrevues avec
plusieurs grandes parties prenantes aux échelons fédéral et provincial.
Le présent rapport a pour objet de définir et d'analyser les bienfaits et les défis liés
aux diverses options en ce qui a trait aux approches, en droit et en pratique,
concernant les délais de traitement des demandes présentées aux termes de la Loi
sur l'accès à l'information fédérale.
Le rapport a pour objet de fournir des renseignements sur le pour et le contre de
divers types de délais impartis et un point de vue très pragmatique de ce qu'il faut
envisager pour faire fonctionner le système. La dernière partie du rapport traite des
facteurs qui doivent être envisagés dans l'établissement des délais de traitement des
demandes d'accès à l'information et dans l'application de prorogations, ainsi que de
la question de l'application d'un délai au règlement de plaintes et celle des
conséquences éventuelles du non-respect des délais.
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