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Groupe d'étude de l'accès à l'information

 

Rapport 5 - Groupe d'étude de l'accès à l'information

LA CONFIANCE AU SEIN DES ORGANISATIONS ET ENTRE CES DERNIÈRES DANS LE CONTEXTE DE L'ACCÈS À L'INFORMATION

Publie: janvier 2002

Guy M. Corriveau

Table des Matières

  1. Généralités
  2. Cerner la confiance
  3. Différents types de confiance
  4. Les niveaux de confiance
  5. La dynamique de la confiance
  6. Érosion de la confiance
  7. Restaurer la confiance
  8. Générer la confiance
  9. Incidence des valeurs sure la confiance
  10. Vers la transparence
  11. Conclusion
  12. Références

Généralités

Dans le contexte de la Loi sur l'accès à l'information, la confiance est un élément primordial du concept du gouvernement " transparent " qui, selon le Livre vert de 1977 qui a précédé la Loi, constitue la base de toute démocratie. Historiquement, dans le régime politique canadien, qui repose sur le Cabinet et le Parlement, tout comme dans les autres régimes politiques du type de Westminster, il existe une longue tradition visant à protéger l'information en fonction du principe de la solidarité ministérielle, de la neutralité et de l'anonymat de la fonction publique et du fait que les partis politiques sont des adversaires. Même si certains documents étaient disponibles sur demande avant l'adoption de la Loi sur l'accès à l'information en 1982, il n'existait aucune protection législative du droit d'accès à l'information du gouvernement.

Malgré les changements d'ordre administratif et législatif intervenus au cours des dix-huit dernières années, ayant pour objet d'élargir l'accès à l'information du gouvernement, les notions de « transparence » et de « droit de savoir » prêtent toujours à controverse et ne sont pas encore mises entièrement en pratique. Dans ses rapports annuels, le Commissaire à l'information, qui est un haut fonctionnaire du Parlement, fait allusion à une « culture du secret », cependant que les autres critiques se plaignent du fait que la procédure de traitement des demandes en matière d'accès à l'information demeure toujours compliquée, lourde et moins que satisfaisante quant à la protection du droit de savoir. Malgré la disposition de la Loi selon laquelle les citoyens canadiens « ont droit à l'accès aux documents relevant d'une institution fédérale et peuvent se les faire communiquer sur demande » (L .R. 1985), les ministres ainsi que les fonctionnaires continuent apparemment à faire preuve de prudence sur le plan des procédures, des habitudes et des attitudes lorsqu'il s'agit de fournir de l'information. On a l'impression que le gouvernement fait semblant d'adhérer aux mesures législatives de « transparence » et cela donne une mauvaise impression de la capacité du gouvernement de gérer ses affaires de façon honnête et dans l'intérêt du public.

Que ces critiques et inquiétudes soient ou non justifiées, le fait demeure qu'elles sont reprises dans les médias et qu'elles viennent renforcer la perception selon laquelle les gouvernements et la bureaucratie ne sont pas disposés à rendre publique l'information. Parallèlement à une foule d'autres événements, cette perception d'une administration fermée et secrète contribue à l'érosion de la confiance. La façon même dont les nouvelles sont communiquées affecte la confiance du public vis-à-vis des personnes ou des organisations. Les reportages qui soulignent les thèmes de perdants et de gagnants et l'intérêt personnel qu'on rattache, et qui mettent en relief des traits négatifs comme le mensonge, la simulation, la flatterie ou le positionnement en vue d'obtenir de l'avancement, tendent à renforcer davantage la méfiance et le cynisme que les reportages plus neutres et axés sur les grandes questions (Capella et Jamieson, 1997). Plus l'écart est grand entre les attentes du public et la capacité perçue chez le gouvernement ou la bureaucratie de les satisfaire, et plus la confiance du public risque de diminuer.

Une autre dimension de la confiance, soit la confiance au sein des organisations et entre elles, a également une incidence significative sur la capacité d'assurer avec succès l'accès à l'information. D'après les rapports annuels antérieurs du Commissaire à l'information et les récents mémoires présentés au Groupe d'étude de l'accès à l'information et les consultations qu'il a menées, la question de la confiance au sein des organisations pertinentes et entre ces dernières constitue une source de sérieuses préoccupations. La bonne ou mauvaise interprétation et application de la Loi sur l'accès à l'information dans la pratique, reflète et influence la confiance entre les principaux intervenants de la collectivité qui sous-tend l'accès à l'information. Cette collectivité est composée de ministres, de sous-ministres, de coordonnateurs de l'accès à l'information et autres employés ministériels, ainsi que du Secrétariat du Conseil du Trésor, du ministère de la Justice, du Commissariat à l'information et d'autres personnes. Même si ces intervenants et institutions ont des mandats différents en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, la confiance mutuelle et la collaboration seraient de nature à contribuer à une meilleure application de la Loi.

Le présent document a pour objet de mieux faire comprendre les questions et préoccupations relatives à la confiance dans le contexte de l'accès à l'information en passant en revue la plus récente recherche sur la notion de confiance : ce qu'est la confiance, sa dynamique au sein des organisations et entre ces dernières, comment elle peut s'éroder, être restaurée ou développée et comment les valeurs influent sur elle.

Cerner la confiance

La confiance est une notion difficile à saisir (Ennis et Manus, 1985). De fait, on peut trouver de nombreuses définitions dans la recherche selon les disciplines. Cependant, on considère généralement que la confiance fait appel à la foi ou à la croyance en des personnes ou organisations - foi dans le fait que leurs motivations, capacités et actions concernant les droits et intérêts des autres seront éthiques, justes et non menaçantes. On s'entend aussi dans les travaux théoriques et la recherche sur les qualités personnelles qui permettent aux individus de montrer de la confiance et d'en mériter. À titre d'exemple, la confiance exige des qualités telles que l'honnêteté, l'intégrité, l'altruisme et même la bienveillance. Pour mériter la confiance, il faut faire preuve de discrétion, de fiabilité, de transparence et de constance. La confiance fait appel à l'interdépendance et présuppose, par conséquent, de la vulnérabilité et du risque. La confiance est primordiale au succès des transactions; elle engendre l'apprentissage, l'enrichissement personnel, la coopération et la collaboration. Enfin, la confiance comporte sa propre dynamique; elle peut changer de caractère et fluctuer dans le temps.

Différents types de confiance

On distingue différents types de confiance fondés sur le milieu, les relations ou les transactions (Rousseau, 1998; Lewicki et Bunker, 1996; Shappiro et autres, 1992; Dasgupta, 1988). La confiance fondée sur la dissuasion, par exemple, relie la volonté de faire confiance à l'existence d'une vraisemblable menace de punition en l'absence de coopération. Dans ce genre de situation, les relations entre les parties sont limitées ou superficielles et tendent généralement à encourager la conformité à une règle. La confiance fondée sur la vérification ou sur la connaissance repose sur la réputation et la constance de celui qui se voit accorder la confiance, en vertu d'attestations ou de références. Dans ce cas, on « fait confiance mais on vérifie », et la volonté de faire confiance se limite généralement à quelques échanges. D'autre part, la confiance relationnelle ou fondée sur l'identification intervient lorsque les parties considèrent les besoins et les préférences des autres comme étant leurs objectifs personnels et agissent en visant des avantages réciproques. Ce genre de confiance découle d'interactions se répétant dans le temps entre les parties. La fiabilité et la constance lors des interactions antérieures donnent lieu à des attentes positives quant aux intentions des parties. D'une manière générale, les gestionnaires d'efforcent d'instaurer ce genre de confiance afin de diminuer les risques.

On trouve la confiance réciproque dans des situations où chaque partie met de l'avant les intérêts de l'autre pour des raisons reliées au devoir, à l'amour ou à l'intérêt personnel bien compris. Dans ce genre de relations, la promotion des intérêts individuels est un sous-produit de l'attachement au bien commun. D'autre part, la confiance représentative est la forme la plus courante de la confiance accordée aux autres. Dans ce cas, on accorde sa confiance à une organisation en espérant qu'elle ne sera pas déçue. Celui qui reçoit la confiance fait honneur en protégeant les intérêts de celui qui la lui donne.

Dans les cas de confiance conditionnelle, les parties ont des attentes stables les unes vis-à-vis des autres et leurs interactions sont routinières, constantes et fiables. Les parties sont disposés à entretenir des relations, à condition que chacun se comporte de manière appropriée, qu'il se réfère à un schème d'interprétation similaire pour définir la situation et qu'il comprenne le rôle de l'autre. Les relations fondées sur la confiance conditionnelle suffisent généralement à faciliter les transactions et elles sont les plus fréquentes à l'intérieur des organisations. Les parties à des ententes fondées sur la confiance conditionnelle définissent généralement leurs rôles en fonction des comportements professionnels et des tâches affectées. Elles s'abstiennent généralement de demander de l'aide, car elles ne veulent pas que les autres puissent penser qu'elles sont inadéquates, elles ne veulent pas être redevables aux autres et (ou) elles ne veulent pas se sentir menacées parce qu'elles dépendent de quelqu'un d'autre (Brehm, 1966; Greenberg, 1980; Nadler, 1991; Walster et autres, 1978). Dans les relations fondées sur la confiance conditionnelle, la réalisation des objectifs communs et la coopération exigent très peu d'efforts ou de sacrifices personnels; l'assurance de valeurs communes susceptibles d'orienter les parties vers l'avenir est inexistante, tout comme les sentiments positifs nécessaires à l'égard de l'autre et à l'épanouissement des relations est absent. La confiance conditionnelle encourage le partage des connaissances en vue de l'accomplissement des fonctions courantes, à l'exclusion de toute autre considération (Williamson, 1985).

D'autre part, la confiance inconditionnelle se caractérise par un sens de l'identification mutuelle, un sens poussé de la confiance mutuelle et une adhésion mutuelle à des valeurs communes, renforcés par l'évidence empirique qui découle de comportements constants. Le développement de capacités spécifiques menant à la compréhension tacite est un produit de la confiance inconditionnelle.

Les parties au sein des organisations et entre ces dernières qui entretiennent des relations basées sur la confiance inconditionnelle définissent plus largement leurs rôles. Elles ont davantage tendance à chercher de l'aide en cas de besoin et sont plus disposées à coopérer et à agir pour le bien commun. Elles partagent des valeurs et des attentes communes, ont tendance à investir dans la relation et sont davantage tournées vers l'avenir qu'ancrées dans le présent sur le plan du comportement. Il s'ensuit que la confiance inconditionnelle encourage le travail en équipe ou une interaction collégiale et constitue la situation idéale vers laquelle les grandes institutions sociales devraient tendre.

La confiance politique est définie comme étant l'orientation évaluative fondamentale vis-à-vis du gouvernement et de ses institutions et se fonde sur la façon dont le fonctionnement du gouvernement répond aux attentes normatives du public (Heatherington, 1998; Stokes, 1962; Miller, 1974).

La confiance institutionnelle a trait à la confiance accordée aux processus d'un système qui ont pour objet d'écarter tout comportement opportuniste et de promouvoir la coopération. Elle a également trait aux mécanismes juridiques, organismes de réglementation, réseaux sociaux et normes sociales à l'intérieur d'une organisation spécifique. La confiance au sein de la plupart des organisations et entre les organisations se caractérise par une compréhension mutuelle des attentes et des responsabilités et se développe généralement dans le temps à la suite d'un comportement constant (Commission de la fonction publique, 1995a). Par la génération d'attentes communes, les bureaucraties réussissent à renforcer la confiance institutionnelle.

Dans tous les cas, et dans le contexte de l'accès à l'information, l'interaction des valeurs, attitudes, sentiments et émotions, les attentes fondées sur l'expérience historique, empirique ou anecdotique, la nature des relations et le succès des transactions détermineront collectivement si la confiance existe ainsi que le type de confiance qui caractérise le plus souvent les relations. Le lecteur familiarisé avec le contexte de l'accès à l'information devrait être en mesure de reconnaître les différents types de confiance prévalant parmi l'éventail des intervenants dans les processus d'accès.

Indépendamment du type de confiance, elle est institutionnalisée dans la structure hiérarchique, les règlements, les rôles et les relations à l'intérieur d'une organisation (Fox, 1974). Elle est enchâssée dans tout ce qu'une organisation entreprend ou essaie d'entreprendre. Elle est à la fois explicite et implicite. Elle est dans l'atmosphère et dans la culture. On la retrouve dans toutes les rencontres d'ordre interpersonnel, interorganisationnel et intraorganisationnel, ainsi qu'à toutes les réunions. Elle imprègne les organisations (Carnevale, 1995).

Les niveaux de confiance

Fox (1974) suggère que toute organisation qui fonctionne bien repose sur une fondation qui incorpore non seulement différents types de confiance mais encore la confiance à différents niveaux. Plus précisément, la confiance latérale doit exister entre les pairs ou les égaux, la confiance verticale entre un superviseur et ses subalternes et la confiance extérieure entre une organisation et ses clients.

Dans le contexte de l'accès à l'information, en raison de la variété des intervenants, les questions de confiance doivent être résolues à divers niveaux d'interaction. À titre d'exemple, la confiance latérale mutuelle est nécessaire entre les coordonnateurs de l'information et les membres du ministère où ils accomplissent leurs tâches, entre les enquêteurs du Commissariat à l'information et les fonctionnaires, ainsi qu'entre le Commissaire à l'information, le Parlement, les tribunaux et la fonction publique. La confiance verticale mutuelle est nécessaire entre les fonctionnaires et les cadres supérieurs et ministres dont ils relèvent, entre les cadres supérieurs et les ministres, entre les sous-ministres et leurs coordonnateurs de l'information, ainsi qu'entre la bureaucratie, les ministres et le Parlement. De même, la confiance extérieure mutuelle est nécessaire entre le public qui demande de l'information et les institutions gouvernementales qui la fournissent. La confiance extérieure est également nécessaire entre toute tierce partie et tout gouvernement national et les institutions gouvernementales auxquelles ils confient leurs renseignements.

L'absence de confiance dans ces réseaux qui sous-tendent l'accès à l'information donnera lieu à des comportements plus formels, de confrontation et même dysfonctionnels et litigieux, du fait que les différentes institutions et les individus essaieront de protéger leurs mandats, rôles et intérêts étroits respectifs. À l'inverse, des relations de confiance plus solides à tous les niveaux donneront lieu à une approche moins formelle, plus coopérative et constructive, qui permettra d'équilibrer le droit de savoir et le degré de confidentialité approprié et contriburait à un gouvernement efficace et efficient.

La dynamique de la confiance

Selon Kramer et Tyler (1996) le fait de comprendre la dynamique de la confiance constitue un facteur clé, indispensable à l'analyse et au développement de cette dernière. Sans une bonne compréhension de la dynamique de la confiance, les individus, les dirigeants et les organisations ne peuvent bâtir cette confiance, l'entretenir et la restaurer le cas échéant (Peterson, s.d.). Et ce n'est que lorsque les conditions d'honnêteté, de transparence, d'intégrité et de respect sont présentes, et que l'on a fait la preuve de sa capacité de tenir les promesses, que la confiance se développera sans effort et de façon intuitive (Ibid.).

Dès que le climat de confiance s'installe, les organisations et leurs membres sont plus à même d'optimiser la situation, de procéder à des compromis et de parvenir rapidement à une entente (Ibid.). Des niveaux de confiance élevés entre organisations et au sein de celles-ci produisent généralement de meilleurs résultats, réduisent les coûts inhérents à la résolution des conflits et assurent une plus grande durabilité à toute entente. D'autre part, lorsque les niveaux de confiance sont bas ou, pire encore, lorsque la confiance disparaît, les négociations dégénèrent invariablement et aboutissent à des résultats de niveau sous-optimal (Ibid.). Ceux qui considèrent qu'il y a absence de confiance dans un environnement déterminé adopteront une attitude défensive pour se protéger contre des attaques (Carnevale, 1995).

Les organisations dont l'environnement est caractérisé par un bas niveau de confiance sont généralement assujetties à de sérieuses conditions de stress, leurs membres consacrent une bonne partie de leur temps à regarder derrière eux, à justifier leurs décisions passées et à trouver des boucs émissaires lorsque les choses vont de travers. Les membres des organisations caractérisées par un bas niveau de confiance sont obligés de fonctionner sur la base d'informations incomplètes, et leurs suggestions sont souvent accueillies avec scepticisme. La crainte des représailles ou du ridicule les empêche d'envisager de nouvelles approches pour ce qui est de la résolution des problèmes et de l'accomplissement de leurs fonctions assignées. En résumé, un environnement caractérisé par un bas niveau de confiance fragilise le processus de prise de décisions, décourage l'innovation, réduit la capacité à la fois des employés et des dirigeants de se concentrer sur leur travail et se révèle incontestablement contre-productif (Sonnenburg, 1994).

La structure et les processus de l'organisation affectent la nature même de la confiance et déterminent si cette dernière sera encouragée ou minée. À titre d'exemple, la bureaucratie, en raison de sa fermeture face à toute critique, de son recours aux formulaires et de ses procédures mesquines, est carrément réfractaire à toute idée de confiance (Carnevale, 1995). Les organisations qui comptent exagérément sur des ententes bureaucratiques dépassées risquent d'emprisonner et d'étouffer leur personnel, d'encourager des comportements défensifs, de créer des entraves au progrès, de compromettre l'apprentissage et de miner la confiance. Là où prévalent la hiérarchie ainsi qu'un ordre et des contrôles rigoureux, on peut attendre longtemps avant de voir la confiance s'installer. À l'inverse, dans les organisations plus souples, avec une structure horizontale, la confiance s'installe plus rapidement (Kramer et Tyler, 1996). D'une manière générale, les organisations ayant un type de structure plus horizontale présupposent la confiance sans avoir aucune des sources traditionnelles de la confiance (Ibid.). Kramer avertit, cependant, que la confiance dans ce cas peut exiger une certaine « contre-partie » si l'on veut réduire les risques de déloyauté.

La philosophie de la gestion, c'est-à-dire les croyances des dirigeants, peuvent elles aussi affecter la confiance au sein et parmi les organisations; les attitudes et les actions ont immanquablement une incidence sur la confiance. Dans le contexte de la Loi sur l'accès à l'information, ces philosophies de gestion peuvent être reliées aux philosophies qu'épousent les ministres et les fonctionnaires occupant des postes de leadership ou de gestion. Les choix concernant les systèmes de récompense, les possibilités et la facilité sur le plan des échanges d'information au sein des organisations, unités et niveaux, ainsi que parmi ces derniers, de même que l'instauration et le renforcement des différences entre ces niveaux peuvent encourager ou miner la confiance. Dans ce même ordre d'idées, la confiance est entretenue ou minée par les suppositions des gestionnaires au sujet des personnes avec lesquelles ils traitent (par ex., des suppositions au sujet de leur fiabilité et leur compétence), et cela vient s'enchâsser dans les processus opérationnels et les systèmes de gouvernance institutionnalisés en fonction de ces suppositions (Carnevale, 1995). Les gestionnaires animés par des motifs de pouvoir personnel (McClelland, 1975) montrent une préférence marquée pour le contrôle, font appel à des méthodes d'influence afin de tourner les situations à leur avantage (même au détriment des autres et des intérêts à long terme de leur organisation), manifestent leur pouvoir par des moyens qui les mettent en valeur, manipulent les personnes, valorisent la loyauté personnelle et font preuve d'agressivité impulsive (Carnevale, 1995), tous des facteurs susceptibles de détruire la confiance.

La philosophie de gestion peuvent être adaptées si l'on veut promouvoir la confiance, en focalisant les attentes de l'organisation, en exerçant une influence positive sur la nature des interactions, de même que par les possibilités de réciprocité, l'adoption de normes et des décisions institutionnalisées sur le plan des aptitudes et des valeurs (Reed et Miles, 1996). Ces philosophies, doivent être ajustées aux préjugés cognitifs (Good, 1988), et doivent refléter le climat idéologique du moment (Bendix, 1956; Miles et Creed, 1995). Elles doivent évoluer dans le temps pour s'aligner sur les courants idéologiques (besoin de rationalisation de l'autorité et de son usage par les gestionnaires), sur les exigences opérationnelles (incidence sur le comportement des gestionnaires par suite de l'adoption de nouvelles stratégies et de divers types d'organisation) et sur les forces socioculturelles (pression exercée sur les gestionnaires par les grands mouvements et changements au niveau de la société). De plus, elles doivent découler des hypothèses de base au sujet des membres de l'organisation, c'est-à-dire sur leur fiabilité, leurs compétences et leur potentiel à s'autodiriger et à s'autocontrôler (Kramer et Tyler, 1996).

Certains suggèrent que la confiance (de quelque nature que ce soit) n'est pas nécessaire pour certaines activités de l'organisation comme la gestion des ressources, alors que d'autres sont d'avis que la confiance peut entièrement remplacer les mécanismes de contrôle hiérarchiques. Dans une perspective plus équilibrée, on considère que la confiance et les mécanismes de contrôle sont des processus complémentaires susceptibles de promouvoir l'innovation et l'efficience au sein des organisations et qu'ils ne sont pas mutuellement exclusifs (Warah, 2001). Par exemple, la confiance agit comme élément facilitateur entre les mécanismes de contrôle et le contrôle lui-même. En d'autres termes, lorsque la confiance est présente, les mécanismes de contrôle sont effectifs et le véritable contrôle s'exerce, car les personnes ainsi que les organisations sont davantage motivées à vivre en vertu d'un " contrat " mutuellement accepté et même à se rendre plus loin (Ibid.). Par eux-mêmes, les contrats formels ne sont pas de nature à optimiser les résultats au sein des organisations. Ils peuvent assurer la conformité mais non l'engagement (Das et Teng, 1998). Lorsque les intérêts des parties coïncident, les possibilités sont plus grandes d'instaurer et d'entretenir la confiance, par opposition aux situations où les intérêts divergent. Comme régulatrice des actions à court terme, la pseudo-confiance relative aux intérêts personnels alignés peut présenter une certaine utilité temporaire, mais comme base de gains interdépendants et à long terme elle n'a pas grand chose à offrir (Peterson, s.d.).

L'ampleur et la qualité de la confiance au sein des organisations et entre les organisations dépendent du degré de confiance et de la foi des membres en la capacité de leurs gestionnaires et dirigeants de prendre des décisions éclairées, de rapporter honnêtement les événements, d'agir dans les meilleurs intérêts du bien commun et d'assurer la cohérence entre leurs déclarations et leurs actions. Lorsque la confiance s'installe au sein des organisations et entre elles, toutes les parties sont motivées à la développer et à l'entretenir (Kramer et Tyler, 1996).

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Mise à jour: 2002-01-11
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