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Groupe d'étude de
l'accès à l'information
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Rapport 5 - Groupe d'étude de l'accès à l'information
LA CONFIANCE AU SEIN DES ORGANISATIONS ET ENTRE CES DERNIÈRES DANS
LE CONTEXTE DE L'ACCÈS À L'INFORMATION
Érosion de la confiance
Tout comme les attentes et les attitudes positives réciproques
tendent à engager la confiance dans une spirale ascendante, lorsque
les attentes sont déçues et les sentiments sont négatifs,
la confiance s'engage dans une spirale descendante (Jones et George, 1998).
Lorsque les valeurs, les attitudes, les sentiments et les émotions
ne favorisent pas la confiance, celle-ci aura du mal à s'installer.
De même, lorsque la confiance est victime de violations par rapport
à des attentes mutuellement convenues, elle s'en trouve réduite
(Sitkin et Roth, 1993), et commence alors la spirale descendante. La méfiance
apparaît dès le moment où l'autre n'est plus considéré
comme digne de confiance (Jones et George, 1998).
Des facteurs d'érosion de la confiance figurent dans les derniers
rapports annuels du Commissaire à l'information ainsi que dans
les sommaires des consultations menées par le Groupe d'étude
de l'accès à l'information. Par exemple, lorsque les fonctionnaires
décident que leur loyauté envers le ministre a préséance
sur le respect de la loi, lorsqu'ils invoquent automatiquement les exemptions
plutôt que d'exercer leur discrétion et lorsqu'ils réagissent
de mauvais gré ou résistent aux recommandations du Commissaire
à l'information, la confiance en souffre. Lorsque les ministres
et sous-ministres sont convoqués et soumis à des interrogatoires
agressifs de la part du Commissaire à l'information, la confiance
est remise en question. Lorsqu'on recommande de nouveaux règlements,
règles, sanctions et mécanismes formels de direction, de
contrôle et d'imputabilité pour censément promouvoir
la confiance, on ne peut que conclure à plus d'un titre que les
institutions et leurs membres ne sont pas dignes de confiance. Enfin,
lorsqu'il y a manque de ressources, que les méthodes de gestion
de l'information laissent à désirer (ou sont inexistantes),
que les perceptions sont inexactes, que les objectifs, responsabilités
et charges de travail à travers les 140 institutions assujetties
à la Loi ne sont pas normalisés, que les règles
à appliquer sont constamment modifiées et que même
les fonctionnaires du Parlement ne sont pas d'accord quant à leur
interprétation, qu'il y a des divergences quant à la façon
d'atteindre les objectifs, que les enquêtes sont perçues
comme étant arbitraires et imprévisibles et qu'il y a absence
de soutien vis-à-vis des coordonnateurs de l'accès à
l'information et du personnel du programme, on peut affirmer que les possibilités
de conflit entre les groupes sont réelles et que la confiance mutuelle
s'est davantage érodée.
La confiance entre les intervenants de la collectivité de l'accès
à l'information, au niveau fédéral, apparaît
comme faible si l'on considère les derniers rapports du Commissaire
à l'information et les sommaires des consultations menées
par le Groupe d'étude de l'accès à l'information
comme des indicateurs fiables. Il y aurait des tensions entre le Commissariat
à l'information, le Cabinet du Premier ministre et les autres ministres
et sous-ministres dont les ministères ont reçu de "
mauvais bulletins ".
Le Commissaire à l'information doit assurer un équilibre
délicat entre la défense active du droit à l'information
du public et la collaboration suivie avec les différents ministres
et ministères. Les instruments dont se sert le Commissaire à
l'information pour maintenir cet équilibre et atteindre les objectifs
de l'accès à l'information comprennent des pouvoirs d'enquête
étendus, les rapports annuels au Parlement, la persuasion, la négociation
et la médiation. De l'avis du Commissaire à l'information,
le premier de ces instruments constitue un sérieux incitatif pour
ce qui est du respect de la Loi, mais il doit être utilisé
avec parcimonie, avec l'assentiment des autres intervenants et dans un
cadre coopératif afin de promouvoir la confiance mutuelle entre
la fonction publique et le Commissariat à l'information.
Les rapports annuels, qui suscitent l'intérêt des parlementaires
et génèrent de la publicité dans les médias,
ont pour objet d'attirer l'attention sur les lacunes du processus d'accès
à l'information afin d'en corriger les carences et en conséquence
susciter la confiance. Cependant, les derniers rapports annuels contenaient
des articles cinglants et des termes extrêmes pour critiquer le
gouvernement et ses ministères qui auraient tenté de faire
obstacle à l'accès. Au lieu d'engendrer la confiance, ce
ton de blâme est de nature à nuire à la réputation
de la fonction publique ainsi qu'aux relations de confiance existantes
entre les parties.
Restaurer la confiance
Il ressort de la recherche existante que la confiance une fois violée,
abusée ou trahie ne peut être restaurée entre les
parties que si chacune d'elles se montre disposée à renégocier
la relation ou si la partie offensée se résigne volontairement
à accepter les violations et réussit à restaurer
l'attitude positive initiale au sujet de l'autre partie. Lewicki et Bunker
(1996) se disent d'accord là-dessus et suggèrent que la
restauration de la confiance commence par un processus en quatre étapes
: premièrement, la violation de la confiance de l'autre doit être
reconnue et assumée; deuxièmement, la cause de la violation
doit être déterminée; troisièmement, la violation
doit être reconnue comme étant destructrice; et enfin, la
responsabilité concernant la violation de la confiance doit être
acceptée. Après avoir traversé ces quatre étapes,
le processus de restauration de la confiance peut commencer.
D'après Lewicki et Bunker, le processus de restauration, même
s'il apparaît comme étant empreint de sentimentalisme, exige
tout simplement que la victime demande, ou que la partie fautive propose
un genre d'excuse, de regret ou d'action destiné à corriger
la violation et à restaurer la confiance. En s'excusant, la partie
fautive propose d'entreprendre des actions destinées à restaurer
l'équilibre antérieurement négocié de droits,
obligations, devoirs et responsabilités. La victime est alors en
mesure d'indiquer si la confiance peut ou non être restaurée
et selon quelles conditions.
Dans le contexte de l'accès à l'information, des considérations
d'ordre politique et autres rendent peu probable l'identification d'une
victime et d'une partie fautive et ainsi la restauration des relations
de confiance qui ont été compromises. Dans ce cas, le processus
de restauration peut, par conséquent, se limiter à l'examen
et à la correction des facteurs qui sont censés avoir contribué
à l'érosion de la confiance mutuelle (voir « Érosion
de la confiance » plus haut) ainsi qu'aux efforts qui seront
consacrés à la génération de cette dernière.
Générer la confiance
La Commission de la fonction publique (1995a) dans son rapport établit
que la génération et le maintien de la confiance commencent
par la création d'une culture organisationnelle fondée sur
des valeurs crédibles et partagées. L'énoncé
formel des perspectives d'avenir, les mandats, les objectifs de l'organisation
et les missions peuvent être les symboles de la culture organisationnelle,
mais ils n'ont aucune signification à moins d'être clairement
mis en uvre. Plutôt que d'arrêter une stratégie
spécifique d'amélioration de la confiance par le biais de
séances de remue-méninges, on a davantage intérêt
à implanter la confiance dans la culture organisationnelle. En
d'autres termes, la génération de la confiance exige un
engagement institutionnel ou à partir du sommet vis-à-vis
des valeurs et un effort concerté en vue du maintien inébranlable
de ces dernières (Commission de la fonction publique, 1995b). Les
cinq principes qui sous-tendent la génération de la confiance
sont la participation au processus de prise de décision, l'autonomie,
la rétroaction, l'encouragement et des communications ouvertes
(Ibid.).
La confiance au sein des organisations et entre ces dernières présuppose
un certain nombre d'attentes, des obligations mutuelles et une combinaison
particulière de droits et de devoirs. Carnevale (1995) appuie les
principes mentionnés précédemment et renchérit
en suggérant que la confiance peut être renforcée
par la liberté d'expression, la possibilité de participer
effectivement à la prise de décisions, les protections constitutionnelles
exécutoires, les garanties contre les abus de pouvoirs, les attentes
quant à la gestion éthique des politiques et des conflits,
les possibilités sur le plan crucial de l'apprentissage autoréflectif
et l'autoperfectionnement individuel.
Le développement de la confiance peut varier d'une organisation
à l'autre. Cependant, et d'une manière générale,
il dépend d'une combinaison de similarités caractéristiques
et d'expériences relationnelles positives, fondée sur des
normes et des attentes sociétales générales (Creed
et Miles, 1996). Les programmes d'éducation visant à encourager
l'acceptation de la diversité, à réduire les barrières
de la dissimilarité et à encourager les expériences
relationnelles au sein des organisations et entre ces dernières
contribuent de façon efficace au développement de la confiance
(Ibid.).
Carnevale (1995) rappelle, cependant, que les personnes et les organisations
réagissent immédiatement et de façon directe face
au degré de confiance qui leur est manifesté, et il ajoute
que l'on ne peut ni commander ni improviser la confiance. Selon lui, on
ne s'accorde pas généralement le temps nécessaire
pour permettre aux projets de participation visant à renforcer
la confiance et la moralité de porter fruit. De plus, il se dit
d'avis que le secteur public s'empare souvent des idées à
la mode provenant du secteur privé, sans égard pour les
domaines opérationnels uniques et exigeants des institutions publiques.
La confiance est sacrifiée lorsqu'on investit dans des projets
douteux. Elle peut aussi souffrir par suite de l'attention limitée
accordée à ces idées « innovatrices »
ou de nature « participative ». La confiance est
une attitude volontaire que l'on manifeste aux autres après avoir
déterminé que les bénéficiaires méritent
cette considération. Elle est générée ou acquise
et non dictée ou orchestrée. On ne peut générer
la confiance sans faire preuve de leadership.
Le leadership est un facteur primordial pour générer les
conditions de la confiance au sein des organisations (Carnevale, 1995).
Les vrais leaders reconnaissent que la confiance est indispensable au
bien-être de leurs organisations, de leurs collaborateurs et des
personnes qu'ils desservent. Ils savent comment les individus font confiance
aux autres personnes, groupes ou organisations et comment cette confiance
peut évoluer. S'ils veulent instaurer un climat de confiance, les
leaders doivent respecter la parole donnée, honorer les ententes,
s'occuper de leurs subalternes, se préoccuper au sujet des citoyens,
avoir le courage de conseiller honnêtement les autorités
et adopter le même comportement qu'ils s'attendent à voir
chez les autres (Ibid.). Dans le contexte de l'accès à l'information,
les ministres et les hauts fonctionnaires doivent conjointement montrer
la voie pour ce qui est de la génération de la confiance
et l'instauration d'une culture caractérisée par la transparence
et la conformité. La génération de la confiance au
sein d'une collectivité coopérative comme celle qui sous-tend
la Loi sur l'accès à l'information est plus facilement
réalisable lorsqu'on fait appel à des méthodes moins
formelles, moins légalistes et moins contradictoires.
Incidence des valeurs sur la confiance
Comme on le souligne au chapitre 2 du rapport annuel 2000-2001 du Commissaire
à l'information, aucun des défis qui surviennent dans une
culture caractérisée par la transparence ne peut être
relevé à moins que les ministres, les cadres supérieurs
et les fonctionnaires ne commencent à considérer comme prioritaires
des valeurs comme l'honnêteté et la transparence dans la
conduite des opérations du gouvernement, notamment dans le contexte
de la Loi sur l'accès à l'information.
Les valeurs constituent des objectifs à atteindre (Olson et Zanna,
1993; Rokeach, 1973; Jones et George, 1998). À titre d'exemple,
les organisations, dont la culture place à un très haut
niveau l'honnêteté et la compétence, s'efforceront
naturellement d'atteindre ces objectifs dans leurs relations à
l'interne comme à l'externe. Chercheurs et théoriciens s'accordent
pour dire que les valeurs encouragent aussi la confiance mutuelle à
un haut degré, qu'elles contribuent à l'expérience
collective sur le plan de la confiance et qu'elles suscitent même
une propension à la confiance allant au-delà de situations
et de relations spécifiques (Mayer et autres, 1995; Jones et George,
1998).
Lorsque les valeurs sont partagées au sein des organisations ou
entre elles, la coopération et collaboration s'ensuivent. De plus,
le partage des valeurs aide à éviter les accusations d'inadéquation,
garantit que les connaissances et l'information seront mises au service
du bien général et présuppose que les autres agiront
de bonne foi et se conformeront aux normes mutuellement acceptées.
Il encourage les personnes à entretenir des relations communautaires
caractérisées par l'obligeance et la responsabilité
et contribue au développement de telles relations. Les relations
communautaires peuvent, à leur tour, encourager la coopération
interpersonnelle, le travail d'équipe et la confiance (Jones et
George, 1988). À l'inverse, en l'absence d'un partage des valeurs
ou lorsque les parties ne sont pas sûrs des valeurs de l'autre,
le libre-échange des connaissances et de l'information devient
improbable. Non seulement ne veut-on pas prendre le risque de savoir comment
elles seront exploitées mais la perception que leur possession
puisse constituer une source de pouvoir est un élément de
dissuasion (Fama et Jensen, 1983).
Vers la transparence
Les travaux de recherche démontrent qu'il existe une forte relation
entre les niveaux de confiance et la transparence (Gibb, 1964; Schein,
1969; McGregor, 1967). Lorsque les personnes et les organisations sentent
qu'elles ne feront pas l'objet de représailles, elles révèlent
ce qu'elles savent ou recherchent l'information dont elles ont besoin
pour répondre honnêtement à la réalité
qu'elles confrontent (Carnevale, 1995). La transparence génère
la confiance et la confiance encourage les personnes et les organisations
à faire preuve de franchise. Lorsque la transparence n'attire pas
de représailles et (ou) que les confidences ne sont pas trahies,
les organisations et leurs membres sont encouragés à demeurer
dans la voie de la transparence et même à faire davantage
preuve de franchise. Le cycle s'installe et se répète grâce
à la nature autoédifiante des relations de confiance (Ibid.).
La confiance se développe parallèlement à la transparence
(Carnevale, 1995). Cependant, la transparence a ses propres contraintes
et ses limites. Les fonctionnaires ont l'impression de vivre dans des
maisons en verre, constamment exposés aux regards du public et
craignent de dévoiler des renseignements délicats ou la
peur de prêter le flanc à la critique peut les empêcher
d'une façon qui est appropriée mais qui ne correspond pas
à l'image idéale qu'ils se sentent tenus de projeter. Par
conséquent, ils peuvent consacrer une grande partie de leur temps
à des activités symboliques ayant pour objet de donner une
bonne image de leur ministère et d'eux-mêmes (Graber, 1992).
La transparence a aussi tendance à décourager l'innovation,
car les politiciens, tout comme les bureaucrates, craignent d'être
pris en défaut. Ils n'ignorent pas que les propositions novatrices
ont toujours leurs détracteurs et qu'elles risquent d'être
discréditées par suite d'une révélation prématurée
au public (Ibid.).
Les fonctionnaires se montrent naturellement très prudents avec
les renseignements personnels qu'ils détiennent et ils hésitent
à divulguer de l'information, qui leur a été fournie
par d'autres paliers de gouvernement et des tiers sous le sceau de la
confiance et de la confidentialité. Ils s'inquiètent d'engager
la responsabilité du gouvernement et de compromettre irrémédiablement
les relations de confiance entretenues avec le fournisseur de l'information,
ce qui risque de mettre fin à une source de renseignements vitaux
pour le gouvernement.
De son côté, le Commissaire à l'information doit assurer
la confidentialité de l'information passée en revue et mener
ses enquêtes de façon privée. La Loi prévoit
aussi que personne n'a le droit d'accéder à des commentaires
faits par un tiers au Commissaire. Le Commissaire à l'information
doit veiller à maintenir l'équilibre d'un part entre ce
besoin de confidentialité et d'autre part le besoin d'agir avec
autant de transparence que possible dans ses enquêtes, de sorte
à éviter la méfiance et d'informer les utilisateurs
et fonctionnaires de son interprétation de la Loi.
Conclusion
La confiance est perçue comme le fondement même de la coopération
et comme base de la stabilité au sein des institutions. Elle est
un élément essentiel de la démocratie, de la gestion
effective du changement, d'une collaboration réussie et du succès
des organisations.
L'accès à l'information est indispensable à la santé
d'une démocratie. Ses opérations et ses processus font appel
à de nombreuses relations de confiance qui, selon diverses sources,
seraient actuellement en voie d'érosion. Malgré toute l'attention
accordée aux réformes relatives à la Loi sur l'accès
à l'information, un niveau équivalent d'attention est
nécessaire de la part des dirigeants et aux gestionnaires pour
saisir l'importance que revêt la confiance au sein des organisations
et entre elles au sein de la collectivité de l'accès à
l'information. Les dirigeants, gestionnaires et tous les autres intervenants,
qui oeuvrent dans le cadre du processus de l'accès à l'information,
doivent consacrer des ressources en vue de générer et de
maintenir la confiance au sein de leurs organisations et entre elles.
Un code de comportement plus rigoureux et la recherche active de conditions
susceptibles de générer la confiance devraient susciter
des normes de confiance plus élevées chez tous les intervenants,
condition sine qua non d'une meilleure performance.
La question de la confiance devrait être envisagée sous
tous les angles de la réforme de la l'accès à l'information.
Il faudra peut-être consacrer beaucoup de temps et d'efforts avant
de réussir à instaurer un niveau plus élevé
de confiance au sein des organisations et entre elles dans le contexte
du système de l'accès à l'information, mais l'investissement
consenti produira des dividendes incommensurables.
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