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Groupe d'étude de
l'accès à l'information
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Accès à
l’information : comment mieux servir les Canadiens
Rapport du Groupe d’étude de l’accès
à l’information
Introduction
Notre point de vue
Lors du dépôt du projet de Loi sur l’accès
à l’information en 1981, ses nobles objectifs étaient
de permettre un dialogue plus éclairé entre les dirigeants
politiques et les citoyens, d’améliorer le processus décisionnel
du gouvernement et d’assurer une responsabilité plus grande
des institutions fédérales et du gouvernement.
En présentant le projet de loi à la Chambre des communes,
le secrétaire d’État, l’honorable Francis Fox,
a indiqué que le cadre législatif « représentera
pour nos institutions politiques une évolution sensible ».
Il y a maintenant plus de 20 ans que la Loi sur l’accès
à l’information a été promulguée
et plus de 15 ans depuis que le Parlement l’a examinée à
fond. Il est donc temps de prendre la pleine mesure de ce qui a été
réalisé en matière d’accès aux documents
du gouvernement fédéral par les Canadiennes et les Canadiens1
et de relever ce qui n’a pas marché et pourquoi, afin de
pouvoir déterminer comment nous pourrions faire mieux.
Le Groupe d’étude avait le mandat d’examiner tous
les éléments du cadre d’accès à l’information
au niveau fédéral et de présenter des recommandations
d’amélioration. Le Groupe d’étude a donc dû
examiner le contexte social et de gouvernance le plus large et les lois
comparables ailleurs au Canada et à l’étranger; comprendre
de quelle façon les usagers aussi bien que les responsables de
l’accès perçoivent la Loi et sa mise en œuvre;
évaluer la pertinence et l’adéquation des lois, règlements
et politiques en la matière; et se pencher sur l’interprétation
de l’application de la Loi au sein de l’administration fédérale.
Beaucoup de choses ont changé dans l’administration fédérale,
au Canada et dans le monde, depuis que la Loi a été adoptée.
Le développement fulgurant des technologies de l’information
est venu changer la façon dont l’information gouvernementale
est créée, entreposée, gérée et communiquée.
L’administration fédérale s’est restructurée
pour réduire les coûts et améliorer l’efficacité.
On a créé un certain nombre d’organisations de nature
publique et semi-publique ou d’organisations privées sans
but lucratif dont le mandat est d’assurer certains services qui
étaient auparavant la responsabilité directe de ministères
ou d’organismes gouvernementaux.
La mondialisation a accru l’interdépendance entre les nations
du monde. Ce qui veut dire que l’information sur un sujet donné
peut se trouver dans plusieurs pays.
Les événements tragiques du 11 septembre 2001 sont venus
souligner notre vulnérabilité et l’importance de peser
soigneusement les divers aspects de l’intérêt public
pour décider s’il y a lieu de protéger l’information
ou de la divulguer. Toutefois, ces événements nous ont également
sensibilisés encore plus au fait que la démocratie et la
transparence sont des valeurs fondamentales de la société
dans laquelle nous voulons vivre.
Malgré ces énormes changements aux niveaux local, national
et mondial, nous sommes d’avis que les concepts, l’architecture
et l’équilibre que l’on trouve dans la Loi sur
l’accès à l’information sont fondamentalement
valables.
Après 18 mois de recherche, de consultation et de réflexion,
le Groupe d’étude a conclu que les objectifs et principes
qui sous-tendent la Loi sont tout aussi pertinents et réalisables
aujourd’hui que lorsqu’ils ont été énoncés
il y a 20 ans.
Par ailleurs, nous sommes d’avis que certaines dispositions de
la Loi ont besoin d’être modernisées – et nous
soumettons des recommandations précises quant aux modifications
législatives nécessaires.
Nous sommes d’avis qu’il est tout aussi important d’apporter
des changements à certaines attitudes et pratiques administratives
au sein de l’administration fédérale – que ce
soit sur le plan de la création et la gestion des documents, de
la formation et la sensibilisation des fonctionnaires ou des divers moyens,
autre que ceux prévus par la Loi, par lesquels l’information
du gouvernement est communiquée aux Canadiens.
Ces mesures législatives et administratives ne suffiront pas,
à elles seules, à la réalisation des objectifs de
la Loi. Elles doivent être appuyées par une forte culture
« d’accès » au sein du gouvernement.
La création et le maintien de cette culture exigeront l’enracinement
des principes de l’accès à l’information dans
la culture organisationnelle de la fonction publique – la communication
de l’information aux Canadiens doit être reconnue comme un
aspect légitime, et même central, du travail quotidien de
chaque fonctionnaire. L’accès à l’information
doit être valorisé et reconnu et devenir objet de fierté
pour la fonction publique.
En fin de compte, nous sommes d’avis que tous les intervenants
doivent renouveler leur engagement envers les objectifs et les principes
de la Loi : les fonctionnaires qui créent les documents, les personnes
qui administrent la Loi, les ministres qui doivent rendre compte des activités
du gouvernement et qui doivent souvent en assumer les conséquences
et les Canadiens qui présentent des demandes d’accès.
Un renouvellement authentique et durable exigera un engagement envers
les trois dimensions de la réforme – législative,
administrative et culturelle. Il faudra y mettre du temps, du leadership
et des ressources. Il faudra également avoir une vision de la communication
de l’information aux Canadiens qui va bien au-delà de l’application
de la Loi sur l’accès à l’information.
Notre rapport se veut un projet de renouveau qui peut être raisonnablement
et durablement mis en œuvre.
Nous espérons aussi que nos recherches et nos consultations aideront
les Canadiens qui sollicitent l’information en vertu de la Loi
sur l’accès à l’information, ainsi que
les fonctionnaires qui l’administrent, à mieux comprendre
le fonctionnement du système actuel et ce qu’il faut améliorer
afin de favoriser la participation informée des citoyens du Canada
aux choix publics.
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Constatations et conclusions principales
Constatations
- Les Canadiens font une utilisation relativement modeste2
de la Loi sur l’accès à l’information,
mais cet usage croît de façon appréciable et est
de plus en plus averti. À l’avenir, de plus en plus de
Canadiens s’attendront à un accès aisé à
l’information du gouvernement et seront de plus en plus motivés
pour l’obtenir de diverses manières.
- Dans une société axée sur le savoir, l’information
est une ressource publique et elle est essentielle à l’apprentissage
collectif. Si le Canada veut prospérer et être compétitif,
l’information gouvernementale doit être communiquée
aussi généralement et facilement que possible, par différents
moyens. La technologie fournit des moyens puissants et économiques
de diffuser une grande partie de cette information. Le processus prévu
dans la Loi ne peut répondre à tous les besoins des Canadiens
en ce qui concerne l’information gouvernementale, et cela n’a
jamais été son but.
- Bien que la Loi soit entrée en vigueur il y a presque 20 ans,
elle n’est toujours pas bien comprise par le public, les usagers,
les tiers qui fournissent de l’information au gouvernement ou
même les fonctionnaires. Il y a un besoin urgent de mieux informer
les divers intervenants au sujet de l’accès à l’information.
- Il y a consensus à l’effet que les principes qui figurent
à la disposition d’objet de la Loi continuent à
être valables.
- De nombreux requérants estiment que dans son essence la Loi
est valable, mais que son application demeure irrégulière
et contrevient aux principes d’ouverture, de transparence et de
responsabilité qui en sont l’assise. Les retards, les droits
à payer et le manque d’uniformité constituent des
motifs importants de plaintes.
- Les fonctionnaires font état de leurs préoccupations
quant au travail et aux ressources nécessaires pour répondre
aux demandes d’accès de plus en plus volumineuses et complexes,
au manque de clarté des règles, ainsi qu’à
la conduite des enquêtes sur plainte.
- Pour sa part, le Commissaire à l’information critique
ce qu’il perçoit être une culture de secret fortement
enracinée dans les institutions fédérales, ainsi
qu’un manque d’engagement par rapport aux principes de la
Loi.
- L’utilisation de l’accès à l’information
par les journalistes a évolué depuis 1983, année
d’entrée en vigueur de la Loi. Le nombre de demandes a
augmenté, tout comme leur pertinence et leur précision.
La complexité de la manière dont l’information est
utilisée a aussi augmenté.
- La performance du régime fédéral d’accès
à l’information est généralement semblable
à celle des autres ressorts au Canada et à l’étranger.
La similarité des défis et des enjeux est frappante :
le respect des délais de réponse, la gestion de l’information,
la transparence des nouveaux organes de prestation de services publics,
la gestion de la croissance de la demande, l’attribution de ressources
suffisantes au programme d’accès, l’efficacité
des mécanismes de contrôle et de règlement des différends,
et le soutien continu de l’accès à l’information
par la fonction publique et les instances politiques.
- Les concepts, l’architecture et l’équilibre que
l’on trouve dans la Loi sont fondamentalement valables. Toutefois,
certaines des dispositions de la Loi doivent être modernisées
– par exemple en assujettissant à la Loi les documents
confidentiels du Cabinet – d’autres méritent clarification;
et finalement, il y a lieu de combler certaines lacunes.
- De façon générale, la portée de notre
Loi est moins étendue que celle des lois comparables dans les
provinces canadiennes et d’autres pays. Il n’existe aucun
critère pour assurer des décisions uniformes et rationnelles
en matière d’assujettissement de nouvelles institutions.
- Les droits payables ne sont pas conçus comme mécanisme
de recouvrement des coûts et ne devraient jamais être un
obstacle à une demande légitime. Ils servent à
favoriser des demandes ciblées et à protéger la
viabilité du système. Ces objectifs seraient mieux réalisés
par une grille tarifaire qui distinguerait les demandes commerciales
des demandes générales et qui fournirait un moyen de gérer
les coûts exceptionnels des demandes de très grande envergure.
- Le Commissariat à l’information est une institution
canadienne importante qui doit recevoir l’appui, les pouvoirs
et les ressources nécessaires pour continuer de réaliser
son rôle exigeant de surveillance à l’avenir.
- Le règlement de plaintes particulières par des solutions
négociées connaît un taux élevé de
succès. Il manque, cependant, de moyens efficaces pour s’occuper
des problèmes d’ordre systémique.
- La grande majorité des enquêtes sur plainte sont menées
de façon officieuse; toutefois, depuis quelques années
on voit augmenter sensiblement le nombre d’enquêtes officielles,
ce qui soulève de nouvelles questions de procédure qu’il
faut aborder.
- À chaque étape du processus d’accès –
de la réception de la demande à l’enquête
sur plainte – l’on ressent un besoin important de processus
plus rigoureux, de règles plus claires et mieux comprises et
de plus d’uniformité dans les résultats, à
la fois pour les usagers et pour les institutions fédérales.
- Il est nécessaire de passer d’une approche administrative
réactive à un concept plus actif de prestation du programme
d’accès à l’information. L’efficacité
de l’accès à l’information dépend fortement
de l’affectation de ressources suffisantes pour toutes ses composantes
(les services d’accès à l’information, les
secteurs des programmes qui détiennent l’information, les
agences centrales qui fournissent du soutien et le Commissariat à
l’information). L’affectation des ressources pour l’accès
à l’information devrait se faire selon les méthodes
utilisées pour l’administration de tous les autres programmes
du gouvernement du Canada.
- Les coordonnateurs responsables de l’accès à
l’information dans les institutions et leur personnel sont essentiels
à l’efficacité du régime d’accès.
Le gouvernement fait face à une crise imminente en matière
de recrutement et de rétention de ce personnel spécialisé.
Les fonctionnaires qui administrent la Loi ont aussi besoin de plus
de soutien, de formation, de planification de carrière, ainsi
que de technologies et d’outils de meilleure qualité pour
remplir leur rôle.
- L’accès à l’information ne peut être
amélioré sans une meilleure gestion de l’information.
Il y a un besoin urgent de leadership et de mesures pour l’ensemble
du gouvernement dans ce domaine.
- Il n’y a pas de solution magique aux insuffisances du système.
Pour atteindre les résultats voulus par le Parlement, tous les
éléments du système d’accès doivent
être présents et bien fonctionner : de bons systèmes
pour traiter les demandes, un personnel compétent, des gestionnaires
et ministres qui donnent leur appui, des ressources appropriées,
une bonne gestion de l’information, une bonne compréhension
des principes et des règles par tous y compris les tiers, et
des approches efficaces à la supervision de la Loi.
- Le coût administratif total de la Loi atteint actuellement
environ 30 millions de dollars par année3, soit moins
d’un dollar par Canadien par année.4 Ce coût
est peu élevé étant donné les importants
objectifs de politique publique mis de l’avant par la Loi : la
reddition de comptes et la transparence du gouvernement, un comportement
professionnel et éthique de la part des fonctionnaires, la participation
des Canadiens dans les choix d’orientations publiques et une société
mieux informée et plus compétitive.
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Orientations proposées
Notre rapport contient 139 recommandations visant le changement. Ces
recommandations se classent en thèmes généraux :
- renforcer la compréhension des principes d'accès à
l'information et adapter le droit d'accès au contexte de la mondialisation
(chapitre 1);
- moderniser le champ d'application de la Loi par l'adoption de critères
cohérents et rationnels pour décider de l'assujettissement
des institutions et appliquer ces critères pour étendre
le champ d'application à une gamme plus vaste d'institutions
fédérales (chapitre 2);
- clarifier quels documents sont couverts par la Loi (chapitre 3);
- moderniser les dispositions de la Loi en matière d'exemptions
et d'exclusions (p. ex. en assujettissant à la Loi les documents
confidentiels du Cabinet) pour faire en sorte que l'équilibre
prévu par la Loi ait pour résultat la plus grande divulgation
responsable possible, de pair avec la protection appropriée de
l'information de nature délicate lorsqu'il est dans l'intérêt
public de le faire (chapitre 4);
- assurer un meilleur fonctionnement des modalités de demande
officielle d'accès à l'information, afin que les Canadiens
aient accès à l'information d'une façon simple,
rapide et efficace tout en protégeant la viabilité du
système d'accès (chapitre 5);
- améliorer l'efficacité, l'équité et la
transparence de la procédure de plaintes; doter le Commissaire
à l'information des outils nécessaires à l'accomplissement
de son mandat; et considérer le remplacement du présent
modèle de la présente structure d'ombudsman par un organisme
doté de pouvoirs exécutoires (chapitre 6);
- voir à ce que les spécialistes de l'accès à
l'information dans les institutions aient les compétences, la
formation, les outils et les ressources dont ils ont besoin et profiter
de la technologie pour rendre l'accès plus aisé pour les
Canadiens (chapitre 7);
- mettre en place une stratégie globale de communication de l'information
gouvernementale aux Canadiens par différents moyens, le recours
à la Loi constituant un dernier ressort (chapitre 8);
- renforcer la gestion de l'information dans l'administration fédérale,
notamment par de la formation et du soutien pour tous les fonctionnaires
(chapitre 9);
- améliorer la mesure du rendement et la qualité des rapports
des institutions fédérales sur leurs activités
en matière d'accès pour appuyer l'amélioration
continue des opérations et permettre une meilleure surveillance
par le Parlement (chapitre 10);
- bâtir une culture d'accès à l'information dans
la fonction publique (chapitre 11);
- promouvoir un dialogue soutenu sur l'accès à l'information
et rehausser la surveillance par le Parlement (chapitre 12).

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1L'utilisation du masculin dans le reste du présent
document a pour seul but d'alléger le texte et s'applique sans
discrimination aux personnes des deux sexes.
2Se fondant sur la situation aux États-Unis, le gouvernement
du Canada s'attendait à recevoir 50 000 demandes en 1984, première
année de mise en œuvre de la Loi. En fait, à peine 2 229
furent reçues. La barre des 20 000 demandes a été
dépassée pour la première fois en 2000-2001. Pour
l'année fiscale 2000-2001, le taux combiné des demandes
d'accès à l'information et des demandes de renseignements
personnels au niveau fédéral s'établissait à
0,004 par habitant, soit environ la moitié de sa valeur au niveau
fédéral aux États-Unis (0,0079).
3Examen des frais d'administration reliés aux lois
sur l'accès à l'information et la protection des renseignements
personnels, Rapport de recherche 11. L'étude menée
par Conseils et Vérification Canada a conclu, sur la base des données
de 1998-1999, que le coût total (direct et indirect) pour les programmes
d'accès était d'environ 28,8 millions de dollars. Ce montant
est contesté par les institutions comme étant beaucoup trop
bas et par certains intervenants comme étant gonflé. Ce
montant a toutefois été avalisé en grande partie
par des travaux ultérieurs de Conseils et Vérification Canada
dans des institutions déterminées.
4Le coût par habitant au Canada est à peu près
le même qu'aux États-Unis qui, avec une population de 281
millions d'habitants, évaluent les coûts d'accès à
l'information pour toutes les agences fédérales à
253 millions de dollars pour l'année 2000.
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