|
|
|||||||||||||||||||||||||||||||
|
Consultations externesCompte rendu - Table ronde sur l'accès à l'information (Ottawa) - 24 mai 2001Menée par le Forum des politiques publiquesAnimateur : David Zussman Ouverture de la séanceDavid Zussman, président du Forum des politiques publiques, ouvre la séance avec un bref aperçu de la Loi sur laccès à linformation, adoptée il y a 17 ans. Le World Wide Web na pas dix ans, note Dr. Zussman, mais des changements radicaux dans le domaine des communications et des paramètres de linformation gouvernementale en découlent. Il anticipe un débat constructif autour des recommandations qui seront proposées par les participants pour améliorer la Loi. Les participants se présentent en indiquant lorganisme quils représentent, ainsi que leur position quant à la Loi sur laccès à linformation. Un participant remarque quil aurait été intéressant de réunir des groupes multi-sectoriels dintervenants afin de déterminer sils sentendent sur les changements à apporter. Dr. Zussman répond que cette approche est valable, et quelle a été utilisée dans le passé, mais quon a choisi une approche différente pour cette série de tables rondes consultatives. Il ajoute quun rapport sera préparé après chaque table ronde, mais que les énoncés seront rapportés sans attribution. Les questions clés soulevées par les participants lors de leurs présentations comprennent la portée de la Loi, les exceptions à la Loi, les frais imposés lors dune requête, et le respect de la Loi. On note aussi que la Loi est souvent interprétée par des fonctionnaire de façon à empêcher que certains renseignements ne soient divulgués, parfois pour des raisons de nature politique. Daprès un participant, aucune pénalité nest imposée à un fonctionnaire responsable de laccès à linformation qui ne saquitte pas correctement de ses tâches. Les participants sont concernés par le fait quune croissance en imprtance des lois régissant la protection de la vie privée ne soit pas équilibrée par une croissance semblable du côté de la Loi sur laccès à linformation. Dautres problèmes, tels les délais, la censure des documents reçus, ainsi quune impression générale « dinterférence », sont mentionnés. Un participant a cessé dutiliser la Loi pour obtenir de linformation à cause des longs délais encourrus. De plus, le participant considère que la Loi sur la protection de la vie privée sert souvent de prétexte pour empêcher que certains documents ne soient divulgués. Il demande quel rôle le Commissaire à la protection de la vie privée souhaite jouer dans le processus daccès à linformation. Un autre participant remarque navoir pas pu « pénétrer la culture du secret qui règne au sein du gouvernement », et ajoute quune volonté politique est nécessaire à laffectation de changements à la Loi. Un participant exprime ses réserves quant à lutilisation du terme « transparence ». Le verre est transparent, dit-il, mais peut aussi être un obstacle. Le participant met lemphase sur le fait que la transparence et limputabilité sont des concepts distincts. Un autre participant note que la question de laccès à linformation va prendre une place important dans les discussions qui auront lieu lors dune prochaine rencontre internationale. Les frais, exceptions et délais sont mentionnés à plusieurs reprises. Un participant propose lidée dune clause dintérêt public, où linformation détenue par le gouvernement pourrait être considérée confidentielle seulement dans le cas où la rendre publique pourrait occasionner des préjudices. Après les présentations dusage, Nancy Averill, directrice de la Recherche et de la Méthodologie du Forum des politiques publiques, donne un aperçu des enjeux quont cernés les intervenants au regard de laccès à linformation. Il sagit notamment :
DébatContexteSoulignant que le rôle général du Groupe détude na pas été débattu, un participant propose que lassemblée aborde la question des délais et du caractère exécutoire des recommandations. La directrice du Groupe détude de laccès à linformation souligne que son équipe procède à une étude comparative des lois sur laccès à linformation en vigueur au Royaume-Uni, en Australie, en Irlande, voire en Suède ! Elle rappelle que le nombre dagents a augmenté au même titre que celui des demandes. Cependant, outre le nombre total de requêtes, il nexiste aucune donnée sur lenvergure ou la complexité des demandes. Or, ces dernières ne sont pas toutes équivalentes. Craignant que les services daccès à linformation soient devenus « un refuge pour qui na nulle part dautre où aller », un participant y voit peut-être un problème dans la mesure où les agents ne sacquittent pas correctement de leur tâche. Un autre précise que les fonctionnaires ministériels perçoivent souvent laccès à linformation comme une fonction qui, lorsque correctement exécutée, freine lavancement professionnel. Les participants échangent sur le besoin de modifier la culture du secret qui caractérise le gouvernement, afin que les responsables de laccès à linformation soient encouragés à voir laccès comme une priorité. PortéeAu sujet de la Loi proprement dite, un participant soutient que la décision de divulguer des renseignements devrait sappuyer sur la nature de linformation plutôt que sur les intérêts de linstance gouvernementale. Par exemple, on ne voit pas pourquoi NAVCANADA devrait être exclu. Rien ne justifie dexclure les renseignements détenus par une société privée ou une institution « quasi privée » qui exerce une fonction publique. Un autre participant exprime lavis que lexonération des sociétés privées qui exercent une fonction publique pourrait provoquer de nouveaux incidents semblables à celui de Walkerton. Par ailleurs, la Loi devrait sappliquer aux entrepreneurs commerciaux qui ne relèvent pas du secteur public, et ce, dès quils exercent une fonction publique. Dautres participants se rallient à lidée de lever lexonération des sociétés privées qui exercent une fonction publique. Même sil est confié à des sous-traitants, le travail relève toujours du secteur public, et il continue dêtre assujetti à la Loi. Un participant se plaint de ne plus pouvoir trouver de copies imprimées comme par le passé. Il admet cependant ignorer la définition de « document » en vertu de la Loi, ce à quoi lanimateur répond que cette définition comprend les courriels. Les documents produits par les institutions et organismes qui reçoivent un financement de lÉtat sont tous publics, et on doit pouvoir les consulter peu importe leur origine (source fédérale, provinciale ou municipale). Par ailleurs, la limite de temps relative à laccès aux renseignements devrait être ramenée de vingt à dix ans. Toute demande dexception devrait être traitée selon lesprit de la Loi, qui vise à donner accès aux renseignements. Un participant juge que, dans sa structure actuelle, la Loi perpétue une « culture du secret » ; à son avis, on ne devrait prévoit dexception que pour les documents qui risquent de porter préjudice, et il y aurait lieu de prévoir une règle de préséance fondée sur lintérêt public. Il importe de connaître en détail les motifs dexonération afin dévaluer facilement le bien-fondé des plaintes. À cet égard, un participant suggère doctroyer au Commissaire un pouvoir de préséance exécutoire. Aux yeux dun participant, le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international est « lun des pires », car il invoque les accords conclus avec des gouvernements étrangers comme motif dexonération. Pour obtenir certains renseignements, il vaut mieux faire appel aux services américains daccès à linformation quaux services canadiens ! Les intérêts des tiers et le respect de la confidentialité sont perçus comme des menaces à laccès à linformation. Selon un participant, la Loi sert ou pourrait servir à freiner la divulgation des renseignements ; en effet, il suffit de « trafiquer » artificiellement une note de service pour justifier une exonération en vertu de la Loi. Citons lexemple de la pratique qui exige, en vertu des règlements actuels, que lon supprime en entier tout paragraphe où lon nomme précisément une société privée. Selon un participant, au lieu de renforcer le pouvoir de discrétion, il vaudrait mieux multiplier le nombre de catégories de renseignements pouvant être systématiquement divulgués. Un autre propose dinscrire aux contrats une clause de divulgation obligatoire sachant que lÉtat consulte les entreprises concernées avant de divulguer linformation, et sachant que les entreprises sopposent presque toujours à pareille diffusion. Une entreprise qui ne veut pas que des renseignements soient divulgués devrait sabstenir de répondre aux appels doffres du gouvernement. Un participant souligne que les marchés publics comportent déjà de nombreuses clauses standard obligatoires ; une clause de divulgation de linformation pourrait donc facilement sy ajouter. Aux yeux dun participant, la culture actuelle traduit une volonté maladive de préserver le huis clos. Un autre juge que lapplication de la loi se prête à des exonérations abusives et quil y aurait lieu de tenter de limiter les exceptions prescrites. On cite lexemple dun incident à Vernon (C.-B.) où un individu a fait feu sur neuf personnes avant de senlever la vie. Dans ce cas, sous prétexte de protéger les renseignements personnels (de la victime, semble-t-il), la police a refusé de divulguer tout renseignement sur les antécédents de lindividu ou de confirmer sil détenait une autorisation dacquisition darmes à feu. On cite un autre exemple, aux États-Unis celui-là, qui met en cause un individu faisant lobjet de poursuites pour possession de matériel servant à fabriquer des bombes. Dans ce cas, les autorités américaines ont accepté de diffuser des renseignements reçus dhomologues canadiens qui avaient pourtant refusé de les divulguer plus tôt. Sans égard aux motifs (sans doute discutables) du geste posé par ladministration américaine, il nen demeure pas moins quelle a communiqué linformation demandée. En journalisme, il est bien connu que les dirigeants, les représentants du gouvernement et les citoyens en général sont plus « bavards » aux États-Unis quau Canada. La législation canadienne devrait-elle tenir compte des renseignements disponibles ailleurs, notamment aux États-Unis ? Un participant estime quil nest pas suffisant de vouloir simplement imiter ce que font nos voisins du Sud. Un autre croit quil serait utile de jeter un coup doeil à la loi américaine sur laccès à linformation, car elle ne semble pas avoir eu dincidences négatives. À lheure actuelle, aucun mécanisme ne protège les fonctionnaires qui fournissent de linformation, et il serait peut-être temps den établir un. De fait, des changements concrets simposent sur le plan des mesures incitatives législatives. Un participant sinterroge sur le rôle que jouent les bureaux de ministre au regard de la Loi. Disposent-ils dun droit de veto ? Ont-ils le pouvoir de retarder la divulgation de certains renseignements ? Peuvent-ils dicter la décision daccorder une exonération ou, au contraire, dautoriser la diffusion de linformation ? Le fait daviser régulièrement un ministre de la divulgation de certains renseignements équivaut-il à un droit de veto ? La directrice du Groupe détude de laccès à linformation confirme quen vertu de la Loi, il incombe au ministre de divulguer linformation ou de traiter les demandes connexes. Selon un participant, le Canada doit se doter dune loi qui protège les dénonciateurs. Déjà, la Grande-Bretagne dispose dune loi visant à protéger tout dénonciateur dont la carrière est « compromise ». À propos de cette intéressante question, lanimateur rappelle que de nombreux fonctionnaires se trouvent à jouer un tel rôle, et il sinterroge sur la place quoccupent, en cette matière, la formation et la culture prévalant au sein de lappareil gouvernemental. Il souligne également que le processus de rédaction des rapports a changé, notamment aux étapes qui vont de lanalyse préliminaire jusquà la production des documents du Cabinet. Daprès un participant, un ombudsman chargé de traiter les cas de harcèlement risque de détruire les dossiers une fois le problème résolu, à défaut dêtre tenu de conserver ces documents. Un autre souligne le mal que nous éprouvons à réécrire les lois en fonction dun monde soi-disant sans papier. Au sujet de la portée de la Loi, un participant croit que, contrairement à la situation actuelle, tout document qui ne relève pas dune liste dexceptions précises devrait être du domaine public. Un ministre ne devrait pouvoir intervenir que si la sécurité nationale est en jeu. Toute autre intervention devrait être vue comme une entrave. Aux yeux dun autre participant, la création dune liste des documents du domaine public aiderait les fonctionnaires à rendre une décision immédiate sur la divulgation de tel ou tel texte. À cet égard, Alisdair Roberts a déjà écrit que « les différends relatifs au droit à linformation devraient être réglés en fonction de lapport de ce droit à la protection des intérêts fondamentaux des citoyens, et non en fonction de la source de linformation litigieuse ou des attributs structurels de linstitution détentrice » [traduction]. Mise en oeuvreUn participant signale quaux États-Unis, le droit dauteur nest pas détenu par le gouvernement ; par conséquent, tout organisme qui a le mandat de recueillir des renseignements a le loisir de copier et de diffuser des documents de lÉtat. Au Canada, pareille pratique faciliterait laccès du public à linformation. Les citoyens nont pas recours à la fonction daccès à linformation en raison des délais et des obstacles afférents. Si un organisme était financièrement motivé à produire des documents gouvernementaux dans un but lucratif, ceux-ci seraient invariablement disponibles sur le marché. Le rapport actuel (vingt millions de dollars pour 18 000 demandes) nest pas reluisant ; cependant, la diffusion élargie des renseignements contribuerait à rentabiliser cet investissement. Comme le mentionne un observateur, de nombreux diffuseurs remanient linformation gouvernementale en y apportant une valeur ajoutée. Cependant, aucun diffuseur na le droit de réimprimer et de vendre un ouvrage produit par lÉtat. Aux dires dun participant, si lactuel projet dimputer des frais aux utilisateurs des sites Web se concrétise, alors les documents gouvernementaux pourraient être inclus. Par exemple, Statistique Canada vend les données dont elle dispose et prélève des frais additionnels si la même information est diffusée sur un site Web. Si les renseignements détenus par la Couronne ne sont pas protégés par droit dauteur, alors un autre organisme pourrait les vendre. Lenjeu serait alors de savoir qui parvient à fournir linformation au public à moindre coût. Qui sait, il sagit peut-être du gouvernement ! Un participant rappelle que 18 000 demandes dinformation ont été traitées au coût de vingt millions de dollars, dont 217 000 dollars ont été recouvrés. Le recouvrement des coûts nest pas de mise si lon admet que lobjet de la Loi est dinformer les citoyens. Cette mesure devrait être vue non pas comme un facteur dissuasif, mais bien comme une façon damortir les coûts encourus par lÉtat. Il serait ridicule pour un organisme qui dépense des millions de dollars de générer des recettes de 217 000 dollars. La gratuité du service ne provoquerait pas un afflux de demandes, car la plupart des citoyens se désintéressent de laccès à linformation. Dans le cas contraire, le gouvernement serait contraint dassurer lefficacité et la rentabilité de ses opérations. Il serait intéressant de savoir combien il en a coûté pour recouvrer les fameux 217 000 dollars. Un observateur souligne que, tels quelles apparaissent à lannexe du document de travail, les renonciations de frais reflètent sans doute des situations où, selon les coordonnateurs de linformation, il ne valait pas la peine dimposer des frais. Un autre observateur avance plutôt que les renonciations surviennent lorsquil est question de renseignements personnels. Un autre encore précise que le nombre de demandes personnelles a atteint environ 50 000. Un participant déclare que, du point de vue des médias, le coût ne constitue pas un enjeu majeur, ce à quoi un autre réplique que le coût constitue un important facteur dissuasif, car le processus contribue à prolonger les délais. Certes, les grands médias peuvent se permettre une telle dépense, mais celle-ci figure rarement au budget des programmes. En outre, aux dires dun participant, les sommes estimées sont souvent exagérées, ce qui constitue un facteur dissuasif. On cite lexemple dun dossier de 3 000 pages dont le coût avait été évalué à 3 000 dollars ; conscient de la possibilité que ce montant ait été gonflé à des fins de dissuasion, un journaliste a consulté les documents, disponibles en salle de lecture, et na repéré quune centaine de pages pertinentes. Selon un participant, de nombreux médias souffrent dun problème de financement, en particulier les petits médias locaux. Peu importe que le coût constitue ou non un facteur dissuasif, les médias devraient jouir du même accès à linformation, indépendamment de leur capacité de payer. En ce qui a trait aux frais dutilisation, les participants sentendent sur un principe essentiel : le maintien de laccès à linformation. Linformation est un droit fondamental qui stimule le débat public ; en conséquence, toute modification des frais aurait des répercussions sur le recours à la fonction daccès à linformation. Selon un participant, lélimination des frais imposés aux médias supposerait lélimination des frais imposés au public. À New York, le nombre de laissez-passer émis à lintention des membres de la presse est nettement supérieur au nombre réel de journalistes, car certaines gens préfèrent simproviser journalistes plutôt que davoir à débourser les frais dutilisation. À lheure dInternet, bon nombre dindividus seraient maintenant intéressés à obtenir des renseignements. Laccès à linformation devrait être gratuit pour tous, surtout quand on considère le montant ridicule des recouvrements actuels (217 000 dollars). Lors de lintroduction de Loi, on craignait notamment que le nombre de demandes à traiter soit trop élevé. Le gouvernement peut tirer des leçons des résultats concrets des efforts de recouvrement jusquà présent. Devrait-on traiter les demandes en toute transparence, comme cela se fait présentement au ministère de la Défense nationale ? Il serait utile de créer une base de données permettant de retracer les demandes traitées par le passé (sans nécessairement préciser lidentité du récipiendaire des documents, le cas échéant). Un participant signale que le Bureau des brevets dispose dune excellente base de données. Un autre mentionne quà défaut dêtre offerte en ligne, la liste des bases de données apparaît dans un livre qui se vend 49,95 dollars. Il y aurait lieu damender la Loi afin de permettre la diffusion électronique des listes. Un observateur précise que certaines institutions offrent un formulaire de demande en ligne, lenjeu étant de vérifier si le demandeur se trouve bel et bien au Canada. Aux dires dun participant, par crainte dun possible afflux de demandes, les autorités ont conçu un système qui décourage les intéressés de soumettre des demandes. Il serait bon doffrir gratuitement le service pendant un certain temps, de manière à évaluer le bien-fondé des frais dutilisation. Cette période devrait être suffisamment longue pour traiter un premier afflux de demandes éventuelles. Le fait de fixer une date limite de mise en oeuvre permettrait aux responsables de se préparer en vue dune possible augmentation du nombre de demandes. Un autre participant fait remarquer quil en coûte probablement plus de cinq dollars pour percevoir les frais dutilisation actuels (qui sélèvent à cinq dollars, justement). Un autre ajoute encore que les frais dutilisation et les longs délais entravent sérieusement laccès à linformation. Aux dires dun participant, les délais ne sont pas imputables aux coordonnateurs de linformation. Le processus actuel est lourd et fastidieux, car chaque demande doit passer par plusieurs intermédiaires avant que quelquun autorise enfin la diffusion du document recherché. Cependant, daffirmer un autre participant, certains délais visent manifestement à laisser à lÉtat le temps de prendre des décisions stratégiques. La rareté des effectifs na rien à y voir. En effet, les renseignements sont toujours divulgués le lendemain du jour où se prend la décision dautoriser la demande. Certains journalistes présentent des demandes générales, un peu à laveuglette ; dautres connaissent précisément lauteur et la date du document quils cherchent, ce qui accélère le traitement sans néanmoins éliminer tout à fait les délais. Les sondages sur lesquels sappuient les décisions budgétaires sont toujours publiés après ladoption du budget. Il ny a pas là exonération, mais bien manoeuvre dilatoire. Il est justifié de retarder la diffusion des conseils que formule un sous-ministre adjoint, par exemple, mais pas la diffusion des données sur lesquelles sont fondés ces conseils. Un autre participant croit quon devrait toujours faire connaître publiquement les résultats de sondages menés auprès des citoyens, étant donné la nature de ces renseignements. Selon un participant, à lépoque où la Loi a été rédigée, on supposait que lobligation de répondre dans un délai de trente jours sappliquait à la divulgation de linformation proprement dite. Or, linterprétation qui a été retenue applique ce délai à la production dun simple accusé de réception. De dire un autre participant, le délai de traitement des demandes est plus long aujourdhui quil y a cinq ans. La culture qui prévaut dans la fonction publique est telle que le gouvernement utilise la Loi comme bon lui semble. Aux yeux dun participant, les pénalités imposées aux ministères qui refusent de fournir des renseignements ne constituent pas un moyen dissuasif efficace, car elles sont défrayées à même les fonds publics. Un autre participant croit que le fait de faire connaître publiquement lamende ou la pénalité imposée à un ministère peu enclin à collaborer contribuerait à faire bouger dautres ministères. Une autre solution, croit-on, serait de verser le montant de lamende au demandeur. Un participant rappelle que le rapport annuel du Commissaire à linformation est souvent publié à 17 h un jour chargé, ce qui en minimise la visibilité. Un autre signale que Statistique Canada exploite un service dassistance sans frais à lintention des journalistes qui veulent sentretenir avec un agent des médias un système fort efficace. Voilà qui soulève la question de la cohérence. Certains ministères (p. ex., Transports Canada) emploient des agents daccès à linformation et des agents de relations avec les médias avec qui lon peut collaborer. De dire un participant, la nature de la formation que reçoivent de tels fonctionnaires constitue un enjeu. Au coeur du débat se trouve la question de ladoption, par tous les intervenants, dune échelle de valeurs communes. Le préambule de la Loi devrait aborder les droits fondamentaux et énoncer lobligation, pour la fonction daccès à linformation, daider les citoyens à obtenir les renseignements demandés. Aux dires dun participant, le système actuel ne prévoit aucune imputabilité. Un autre dénonce le manque de cohérence. Certains coordonnateurs sont très serviables, surtout à légard des personnes qui produisent de nombreuses demandes. Cependant, aucune règle ou norme ne semble exister en cette matière. Un participant croit que le débat devrait faire abstraction du fait que de nombreux renseignements sont délibérément dissimulés. La révision de la Loi néliminera pas le mauvais usage que lon en fait. RecoursÉtant donné que les recours surviennent après coup, cest-à-dire après la diffusion de renseignements « inutiles », la plupart des demandeurs abandonnent ou ne se donnent pas la peine dutiliser ces mécanismes. Aux dires dun participant, en ne divulguant pas linformation, le gouvernement parvient à ses fins, et cela constitue une pratique aussi dangereuse quinquiétante. Comment le public peut-il être informé sur des questions aussi fondamentales que lintervention en Somalie ou la sécurité de lapprovisionnement sanguin ? Par ailleurs, existe-t-il des statistiques sur le nombre de plaintes ? Sil détient certains pouvoirs, le Bureau du Commissaire cherche peut-être à traiter un trop grand nombre de dossiers. Daprès un participant, le Commissaire joue un rôle utile, mais travaille trop lentement. Par ailleurs, le mandat du Commissaire semble comporter certaines lacunes. Par exemple, les décisions relatives à la diffusion de lemploi du temps du premier ministre ne devraient pas relever de ce dernier. En outre, il est inacceptable que le Commissaire nait pas le droit de consulter les documents du Cabinet. Le Bureau du Commissaire à linformation devrait disposer de ressources suffisantes pour tenir des statistiques. Enfin, il serait bon de faire connaître publiquement le rendement des ministères en matière de traitement des demandes daccès à linformation et de pointer du doigt les ministères qui posent problème. Les participants jugent que le Commissaire à linformation devrait avoir le pouvoir démettre des ordonnances exécutoires à lintention des ministères. Par ailleurs, il est inacceptable que le Commissaire relève du ministre de la Justice. En posant des questions, lactuel Commissaire à linformation cherche à situer les limites de la Loi. De lavis dun participant, on ne devrait pas confondre accès à linformation et protection des renseignements personnels. La fonction daccès à linformation devrait mobiliser ses propres ressources. Déjà, le système actuel insiste trop sur la protection des renseignements personnels. Un autre participant fait valoir quen cas de fusion des bureaux du Commissaire à la protection de la vie privée et du Commissaire à linformation, la protection des renseignements personnels constituerait toujours la carte maîtresse. Les deux fonctions justifient la nomination de deux ressources, dont lune affichera toujours un certain parti pris. Un participant rappelle que le Québec a regroupé les deux fonctions, et que neuf fois sur dix cela se traduit par un renforcement de la protection des renseignements personnels. Sans égard aux sérieuses craintes qualimente cette question, lobjet du débat demeure le recours à la protection des renseignements personnels à des fins dobstruction, et non dans le but sincère de protéger la vie privée des citoyens. Un participant juge que, plutôt que revenir sur le passé, le débat sur laccès à linformation devrait se tourner vers les cinq à dix prochaines années. Citons lexemple du rapport de la Société royale du Canada sur le génie génétique. Parce quil traite de lautorisation des produits alimentaires, ce texte soulève la question du secret commercial. Par contre, sa diffusion est justifiée, car on y aborde des sujets liés à la « science » de la santé et de la sécurité. De telles considérations scientifiques se multiplieront à lavenir, et le processus de réglementation demeure très secret. À propos du secret ministériel, un participant mentionne que des motifs pratiques justifient la dissimulation de certains renseignements. Pourquoi ne pas conserver le secret tant quun gouvernement est en place, puis divulguer rapidement linformation à la suite dun prochain appel aux urnes, et ce, même en cas de réélection du parti au pouvoir ? Un autre participant croit que la limite de trente ans a été établie pour protéger les acteurs jusquà leur mort. Le délai devrait être soit raccourci, soit établi en fonction de la pertinence du maintien du secret (p. ex., remplacement du gouvernement ou moment de la prise de décision). Pendant que le processus décisionnel suit son cours, il serait utile davoir accès aux renseignements de fond. Cependant, daucuns jugent que le Cabinet a sincèrement besoin de protection. Néanmoins, bien que justifiés, les obstacles actuels ne devraient pas servir de prétexte à larrêt de la libre circulation de linformation. Selon un participant, lactuelle limite de trente ans est excessive. Certains chercheurs sérieux ont bénéficié dexonérations. Voilà maintenant plus de trente ans qua été adoptée la Loi sur les mesures de guerre de 1970, et aucun renseignement sensationnel na été divulgué à ce sujet. Une solution raisonnable serait de fixer un délai dun an ou de lier le délai à la durée de vie du gouvernement. Un participant juge que le gouvernement devrait dissocier laccès à linformation de sa volonté naturelle de tourner linformation à son avantage. La dénégation na pas sa place dans un plan de relations avec les médias. La divulgation des renseignements pourrait survenir dans les trente, soixante ou quatre-vingt dix jours suivant la date dune décision. Les participants reconnaissent limportance de connaître les facteurs qui influencent la décision, les critères utilisés par les décideurs, les données absentes du processus ainsi que les données qui sont délibérément ignorées. De fait, selon un participant, le véritable enjeu a trait à limputabilité à ne pas confondre avec la transparence. Le processus devrait promouvoir limputabilité, surtout dans un contexte où le public se montre fort cynique à légard de la politique. Un participant croit que linformation devrait dabord être diffusée aux députés, et non aux médias. Un autre rappelle que lAlliance canadienne alimente les journalistes en renseignements. Il y aurait lieu de prendre des mesures dissuasives afin de contrer la politisation de linformation. Le gouvernement pourrait se montrer réticent à partager des renseignements susceptibles de gonfler le pouvoir déjà considérable que possèdent les groupes de pression. Selon un participant, tout renseignement qui risque de compromettre la sécurité nationale devrait être traité à un autre niveau, ce qui pourrait justifier le maintien du secret au-delà de la période requise par lÉtat pour prendre une décision. Il incombe résolument au gouvernement de prouver que la divulgation de certains renseignements pourrait menacer la sécurité nationale. Par exemple, en matière dunité nationale, il est absurde dinterdire aux citoyens de connaître les projets du gouvernement. Éventuellement, la plupart des renseignements deviendront publics ; il sagit donc de savoir quand. Les citoyens ont le droit dêtre informés du processus décisionnel du gouvernement, car cest là un sujet qui concerne la nation. Un participant sinquiète de la méconnaissance des coûts que comporte la vie en société. Les membres dune société doivent nécessairement sacrifier une partie de leur vie privée un principe que devrait traduire la législation. La vie privée ne devrait pas être érigée en absolu. Dès quils vivent en groupe, les individus permettent aux autres dobtenir certains renseignements personnels à leur sujet. Létude de laccès à linformation devrait énoncer clairement ce concept fondamental et maintenir un certain équilibre dans le débat. De plus en plus, on tend à étendre la protection des renseignements personnels. En Ontario, ladoption de la législation actuelle a contribué à rendre privés certains renseignements autrefois publics. Pour ce qui du secret ministériel, il importe dexaminer toutes les exceptions dans le but de changer la culture. Aux yeux dun participant, on reproche souvent aux médias de ne pas respecter le droit à la vie privée. Pourtant, les lois en cette matière reconnaissent le besoin dinformer les citoyens. Les Canadiens et les Canadiennes ne comprennent peut-être pas le rôle que jouent les médias dans la diffusion de linformation. Sans aller jusquà proposer une exonération générale des journalistes, il y aurait lieu de prévoir une reconnaissance quelconque du rôle des médias. Laccès à linformation se distingue du respect de la vie privée, souligne un participant. Les exceptions fondées sur le respect de la vie privée sont trop fréquentes. Bien que de véritables problèmes se posent au regard de la protection des renseignements personnels, on sen sert comme prétexte pour contrer les lois sur laccès à linformation. Les médias ne savent pas nécessairement ce que le public veut. La soif dinformation des médias pourrait connaître une fin (a-t-on vraiment besoin de connaître chaque détail horrible ?). Un participant rappelle quil incombe à lÉtat de justifier toute exception. À lheure actuelle, les motifs invoqués sont génériques. Par exemple, aux dires dun participant, il nest pas utile de connaître tous les détails de lactuel débat sur lanalyse scientifique par les pairs. La surabondance de renseignements contribue à diviser les parties et à freiner la progression du dossier. Certaines réticences sont naturelles, car elles relèvent de la simple nature humaine. Un autre participant croit que lenjeu a trait au moment où la surabondance de renseignements commence à constituer un facteur de division. On hésite à diffuser linformation par crainte dune mauvaise image. Une limite de vingt à trente ans est tout à fait appropriée. Tous les membres du Cabinet sont des élus qui savent que leurs commentaires seront éventuellement du domaine public. Lactuel débat, rappelle un participant, porte essentiellement sur le moment où on les fera connaître publiquement. Revenant sur le principe voulant que les membres dune société sacrifient une partie de leur vie privée, un participant cite lexemple de louverture de lappareil judiciaire. Dans un jugement rendu au début du siècle, la Cour a refusé dacquiescer à la demande dun couple qui voulait que son divorce soit entendu à huis clos, car une telle pratique aurait nui à la confiance que porte le public à lappareil judiciaire. Pareille philosophie devrait sétendre à toutes les institutions publiques, histoire de cultiver la confiance du public à leur égard. Un participant croit que cette intervention souligne le devoir des médias de bien distinguer les intérêts publics et privés. Les médias ont à démystifier leur rôle, sachant que le public ne comprend pas toujours les enjeux. Pour ce qui est du secret ministériel, si les députés ont à rougir, cest en raison des décisions quils ont prises et non des délais écoulés entre-temps. Un participant voit là matière à favoriser une divulgation précoce de linformation. Nancy Averill résume le processus de production du compte rendu de la table ronde ainsi que le processus plus vaste dexamen de la législation. La séance est ensuite levée.
|
||||||||||||||||||||||||||||||
| Mise à jour: 2001-08-15 | |||||||||||||||||||||||||||||||